Nous quittons l'enceinte illusoirement protectrice de la maison, et nous aventurons dans la grande allée, armes aux poings. Nous nous accroupissons, observant les restants de bâtisses.
- Bon. Laquelle te semble la plus propice ?
Je pointe du doigt celle à l'opposée de nous, plus intacte que les autres.
- Elle, allons voir.
Nous nous dépêchons, Taehyung guidant la marche tandis que je la ferme, les sens aux aguets. La cinquantaine de mètre qu'il nous faut traverser me semble infinie, les maisons qui nous entourent nous implorent, certaines auraient pu s'écrouler à n'importe quel moment.
Nous atteignons la palissade principale et ouvrons le portillon pour nous faufiler à l'abri. Les deux battants de la portes principles nous jaugent, du haut des petites marches de béton. Sans trop de peine nous pénétrons dans la bâtisse. Accueillis par un hall au plafond immensément haut et au carrelage fissuré, nous restons silencieux, à l'écoute de cette absence de bruits. D'un signe de main, nous décidons de nous séparer afin de vérifier les pièces, afin de nous assurer qu'aucunes présences indésirables ne rôde avec nous.Je rentre dans le salon, aux canapés d'un velours bleu ciel très usé et aux chandeliers rouillés. Les ornements sur les murs sont raffinés, des cadres photos poussiéreux s'accrochent désespérément à leur clou, comme s'ils étaient la seule preuve d'un passé glorieux, heureux. De mon doigt je viens en retirer l'épaisse couche de saleté. Quatre radieux visages apparaissent, parmi des dunes de plages et les calmes vagues dans le lointain fond, presque sans fin. De par cette photo, leur existence est éternelle, n'étant peut-être qu'un vague souvenir ou une vision floue. Leurs mains agrippant tendrement les épaules des uns et des autres, dans une étreinte chaleureuse, scellant leur irréversible sort dans une tendresse immortelle.
Je laisse mon regard vagabonder parmi le bazar, fouillant les tiroirs au contenu inintéressant. Je change de pièce, inspectant avec lenteur et une curiosité sans limites. Je me stoppe devant une porte en bois plus épaisse que les autres. Je la tire avec peine, et reste bouche bée face à un long couloir entouré de hautes vitres. En son bout trône une large porte. La végétation est entrée de toutes parts, investissant les lieux.
Je rejoins Taehyung, resté dans la cuisine.
- Tu as trouvé quelque chose ?
- R.A.S. Et toi ?
Il lève la tête vers moi, un sourire radieux aux lèvres.
- Des couteaux et un aiguiseur ! Donc on a de quoi faire face à un corps à corps.
Je souris face à son enthousiasme.
- On change de maison ?
Je secoue la tête ;
- Non on a pas tout regardé, j'ai trouvé une porte qui mène à un corridor de vitre.
- Et ça mène à quoi ?
- Je n'ai vu au fond qu'une porte, rien de plus. Ça avait l'air luxueux, on devrait aller jeter un coup d'œil.
Il acquiesce et nous nous dirigeons vers la fameuse porte. Je l'entrouvre et regarde le couloir avec intrigue. Taehyung tire d'avantage sur la porte, empressé de voir le passage. Je l'entends dans mon dos s'exclamer dans un murmure :
- Mon dieu, ça devait être si beau. Ils avaient de la chance les Anciens...
Je laisse mon pied glisser sur le sol du couloir, avec hésitation. La porte au fond nous appelle. Notre cadence lente, nos yeux se posant de partout trahissent notre émerveillement, malgré l'état du lieu. L'architecture devait être sublime.
Je pose ma main sur la poignet, sans oser mettre la force nécessaire pour l'abaisser. Un lourd silence plane entre nous, l'atmosphère devient intensément pénible à supporter. Mes mains deviennent moites.
J'enclenche la poignet.
Les battants s'ouvrent avec une lenteur insolente, comme si une offense venait d'être faite, nous avions profané un lieu sacré.
Un kiosque aux colonnes de pierre entravé par le lierre se dresse devant nous. Sa circularité parfaite ornée de carrelage et de différentes statues offre une dimension irréelle au lieu.
Nous avançons, caressant de nos doigts les murs et les statues. La lumière extérieur plonge l'endroit dans une symbiose déboussolante, mêlant l'art humain à la Nature. Des fleurs poussent de toutes parts.
En son centre, lui même entouré de petits piliers, règne un lit, au cadre de ferre forgé.
Dans un mouvement soudain, nos mains se rangent. Nos poils s'hérissent, et notre souffle se coupe.
Reposant dans ces draps une fusion de deux corps, entrelacé dans une ivresse d'amour, n'est désormais plus que os et parure. Les mains et leurs doigts entremêlés, leurs corps entrelacés d'une grâce semblable à celle du lierre épousant les poutres de pierres. Le kiosque abrite en son centre, un amour mort, pourtant toujours visible. Une larme roule, aussi lourde que mon coeur, sur ma joue. Ma gorge se noue, m'empêchant de prononcer quelque chose, entravant ma respiration. Mes doigts tremblent. Il me semble horrible de parvenir à l'idée que cette scène est d'un sublime bouleversant. J'ose me questionner sur les raisons de leurs décès, comment ? Ou sont les deux enfants ? Pourquoi...
Alors je m'avance, et attrape de mes doigts une rose, enlevant les épines. Surplombant les deux amoureux, je dépose sur eux cette fleur.
Mes yeux se posent sur Taehyung. Ses trait sont tirés, quelques gouttes perlent sur son doux visage. Je me positionne face à lui, nos yeux s'embrasent, ma main glisse sur son bras, enlaçant son poing serré. Je le tire doucement, sortant de la nécropole. Laissant la mort reposer dans l'éternité du temple.
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☪︎ L'enfant de la Lune ᵛᴹᴵᴺ ☪︎
Action« - On n'est pas obligé de faire ça ! On.. on a juste à s'échapper. - Jimin... on n'a pas le choix... Prend ton arme, on va y arriver. -Taehyung, je veux en finir. On n'est plus humain. Tue moi. Je t'en prie, tue moi.... » ✎En cours ✎ Début : 29.0...