Aali s'ennuyait, mais ce n'était pas nouveau. Voilà près de dix-neuf ans qu'il était coincé, pour ainsi dire, là.
Là, ici, ou cet endroit, comme son père l'appelait. Il n'était pas malheureux, et avait deux ou trois amis, mais savait pertinemment que sa vie n'était pas normale. Ici, la faune, la flore, les bâtiments, les gens n'étaient pas normaux. Par « normaux », il entendait « ce que les mortels ne croient pas possible ». Et pourtant, tout ce qui existait à cet endroit provenait directement d'eux. Des mortels. Ils l'avaient créé, de leur imagination. L'irréel, l'improbable, les rêves fantastiques, tout cela n'existait qu'ici. Pourquoi, Aali n'en savait rien, mais il savait simplement que tout ce qui était incroyable n'existait pas autre part.
Son père en était le gardien. Pas exactement le gardien de cet endroit, mais le gardien de l'imagination des mortels. Tout ce qui était nouveau et encore irréalisable, son père le pêchait. Pêcher était un mot à prendre au sens littéral : lorsqu'un rêve nouveau apparaissait dans un esprit, il s'empressait de le recueillir et de le gardienner jusqu'à ce qu'il se réalise — et il faisait tout en son pouvoir pour qu'il se réalise. Parfois, il ne se réalisait pas : des machines volantes, des dragons ou même des personnes restaient ici pour l'éternité. Lorsqu'un mortel mourrait sans achever son souhait, le rêve devenait un Mithy. Un personnage ou un objet mythique, en somme.
Le père d'Aali s'était épris d'une Mithy particulièrement puissante : même si son créateur était mort, beaucoup de mortels avaient continué à y croire. Elle n'était pas particulièrement une légende, mais avait marqué le cœur du peuple la connaissant : il s'agissait d'un personnage d'histoires, des Mille et Une Nuits plus précisément. Morphée était très amoureux de Schéhérazade, et ils avaient fini par concevoir un enfant.
Aali.
Le jeune homme était à moitié dieu et Mithy. Morphée n'avait pas voulu d'enfant, mais Schéhérazade, se pensant seule malgré tous ses semblables, l'avait supplié. Ainsi, le dieu des songes avait imaginé un fils à leur image à tous les deux. Aali était né sur la plus haute montagne de cet endroit, au milieu de satyres, de nymphes et d'autres êtres remontants à la création du monde. Schéhérazade l'aimait plus que tout et le chérissait depuis qu'il était tout petit.
Aali n'était jamais allé dans le monde des mortels. Il savait qu'il lui suffisait de penser à un endroit pour s'y transporter immédiatement, mais puisqu'il ne connaissait pas du tout la Terre, il ne pouvait pas s'y rendre. Il aurait suffi que quelqu'un lui transmette des images de ce monde, mais personne ne l'avait encore fait. Enfin, de toute façon, il avait bien assez de compagnie. Mais même s'il avait des amis et une mère aimante, Aali voulait absolument découvrir ce monde plein de nouvelles idées. Il y avait tant de technologie, d'inventions qui valaient le coup d'être réalisées !
Le jeune homme s'amusait souvent à voler les nouveaux rêves avant que son père ne puisse les examiner. Il avait ainsi acquis des téléphones portables de haute technologie, une sorte de maison creusée dans une colline — comme dans ce film, Le Hobbit —, un objet montrant des hologrammes, et une sorte de boussole à objets perdus. Lui qui était très distrait, ce rêve-là lui était très utile, et ne risquait pas de devenir réalité avant un bout de temps. Il ne s'ennuyait pas de nouveautés, mais de son environnement.
Aussi, lorsqu'un jour, alors qu'il s'amusait avec un Ægipan et Krotos, un tremblement secoua cet endroit. Il n'avait jamais vécu pareille chose, mais savait ce que cela signifiait grâce à Schéhérazade.
Des divinités du Panthéon venaient d'arriver.
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LE PHŒNIX
Paranormal[TERMINÉ] TOME 1 : L'Appel du Phœnix Il y a bien longtemps, alors que les humains n'existaient pas, que les nymphes et les elfes peuplaient la Terre et que la magie existait, une plume de Phœnix tomba sur un fleuve. Magie. Déesse. Prophétie. Terre...
