Chapitre Quarante-Cinq - Évidence

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Si elle ne s'était pas trompée, Aali, Narcée et elle se trouvaient devant la demeure du fêtard qui avait organisé la soirée l'autre jour.

Enfin, il n'y avait aucune chance pour qu'elle se soit trompée : des rires et des cris provenaient de l'intérieur de la maison en face d'elle. Il n'y avait pas énormément de lumière, mais on devinait facilement qu'une fête était donnée ici-même. La maison, en soit, n'était pas très m'as-tu-vu, mais elle n'était pas isolée non plus. Le jardin était grand : il couvrait certainement deux mille mètres carrés, ce qui n'était pas rien. En son centre, on pouvait voir deux étages et un toit plat, car il n'y avait pas de lourdes tombées de neiges en Grèce. C'était sur le toit que la plupart des invités du fêtard s'étaient rassemblés. Certains d'entre eux avaient allumé un feu dans le jardin et y faisaient griller des saucisses industrielles en buvant des bières. Il y avait déjà quelques bouteilles qui traînaient par terre et qui luisaient à la lumière du feu, dans la pénombre.

Léane fit signe aux deux autres de la suivre.

Iris avait hoqueté de surprise en la voyant « transformée ». En effet, le changement avait été radical, ou presque : Léane avait ébouriffé ses cheveux courts, vêtu un tee-shirt noir et un short en jean large. Elle avait également mis des baskets noires et des chaussettes de sport blanches. Par dessus tout, elle avait une veste de jogging sur les épaules, qu'elle n'avait pas fermée. Ce n'était pas spécialement un style d'homme, mais Léane paraissait être du sexe opposé.

Aali et Narcée avaient eu la même réaction : ils s'étaient demandé comme la jeune fille avait pu se transformer à ce point. Était-ce le maquillage ? Elle n'en portait d'habitude presque pas, juste un petit trait d'eyeliner et un léger rouge à lèvre rose. Ou alors, était-ce les habits qu'elle portait ? Les hauts et les pantalons qu'elle portait habituellement moulaient peut-être plus son corps ?

Il fallait se rendre à l'évidence : Léane avait un corps parfaitement androgyne.

Lorsqu'ils entrèrent dans la maison, la jeune fille activa son pouvoir, donnant de surcroît les dons d'Hadès à Narcée. Iris n'était pas venue, car c'était une soirée « entre mecs », mais il avait été convenu que si la Chercheuse trouvait quelque chose, Aali irait la chercher. Aali qui, pour la seconde fois de sa vie, portait des vêtements adéquats à la situation : Narcée lui avait donné un tee-shirt brun, un jean et sa seule autre paire de chaussures, des baskets dans lesquelles Aali avait beaucoup de mal à marcher sans trébucher. Le descendant du roi des Enfers portait à peu-près les mêmes habits, sauf que son propre haut était vert foncé.

— Hey, les accosta un des jeunes hommes invités à la fête, ποιος είσαι?

Aali posa un doigt sur la nuque de Léane pour qu'elle comprenne ce qu'il dise.

— Des amis de... Dimitri ? fit-elle, hasardeuse.

— Ah, vous l'accompagnez aussi. J'vais finir par croire qu'j'ai pas d'amis.

« Ben, on se connait même pas », pensa la jeune fille.

— Sinon, Mik est là-bas, si vous l'cherchiez, reprit le grec. Il attend ses cadeaux avec impatience.

— Quelle modestie, tenta de blaguer Léane.

— J'te l'fais pas dire. Moi-même, j'suis venu que pour la bière et la bouffe.

Le jeune homme s'éloigna, bouteille de Heineken à la main. Il laissa dans son sillage une odeur d'alcool peu ragoûtante. Léane déglutit difficilement et avança dans la direction qu'il leur avait montrée. Pour l'instant, personne ne lui avait donné la vision, et elle commençait à perdre espoir, mais elle continuait bravement... ou simplement parce qu'elle avait envie d'en finir au plus vite.

Les trois jeunes gens arrivèrent dans le salon, spécialement dégagé de tout meuble pouvant être détérioré pour en faire un endroit où des jeunes grecs fumaient, buvaient et riaient en chantant faux. Il y avait des pizzas par terre, et rien n'était vraiment propre : des bouts de bouteilles cassées, des cigarettes et des pétards écrasés, des chips, des tranches de pizza et des pics à brochettes jonchaient le sol et parfois, les murs.

« Un vrai foutoir »... aurait pu être la première pensée de Léane, au même titre que Narcée et Aali.

Toutefois, elle n'eut le temps de penser à rien car, aussitôt qu'elle posa les yeux sur le visage basané d'un jeune homme aux cheveux noirs riant aux éclats, la vision lui apparut.

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