Berlin, novembre 1943.Le temps était gris et morne. Il ne devait être à peine six heures. Le soleil absent, il n'y avait qu'un lampadaire qui illuminait les quais. J'étais assise sur un banc, autour de moi, une vingtaine de filles. Je regardais le train dans lequel j'allais monter pour partir. Je montais rarement dans les trains. Quand c'était le cas, c'était pour aller chez ma grand-mère pour Noël. Elle habitait un petit village dans le sud-est. Je fixais le train, car je ne voulais point m'attrister. Toutes les autres filles étaient venues avec leur mère ou pour les chanceuses, avec leur père qui n'était pas encore parti. Je voyais des mères serrer dans leur bras leur fille tandis que d'autre pleurait et embrassait. Mais la tristesse m'avait tout de même eus. Je serrais contre moi ma valise qui était sur mes genoux. J'avais honte, car j'étais venue seule. Ni ma mère, ni ma sœur n'avaient pu m'accompagner ou peut-être qu'elles n'avaient tout simplement pas envie. Peut-être qu'elles avaient des choses plus importantes de prévues que de m'accompagner. Oui, c'était cela. Sinon, elles m'auraient bien accompagnée...
Une jeune femme, accompagnée de deux soldats s'approcha de moi, pendant que j'étais plongée dans mes pensées. Elle était pulpeuse, grande, les yeux noisettes et les cheveux ébènes bouclés jusqu'aux épaules... Je me sentis soudainement moins seule. Au final, je n'étais pas invisible, j'existais bien...
- Bonjour Fräulein, ton nom et ta date de naissance s'il te plaît.
- Hilda Flügge, et je suis née le 25 décembre 1926. Elle me sourit et consulta le dossier qu'elle avait dans ses mains. Mais elle fronça ses sourcils. Je commençai à avoir soudainement peur.
- C'est étrange, tu n'es pas dans la liste.
- Je devais partir le 30 mars 1944, mais il y a eu un changement. Elle continua à chercher dans le dossier. Les deux hommes derrière elle, me regardaient froidement. Ils avaient l'air d'être très fatigués.
- C'est bon. Répondit-elle en faisant une croix près de mon nom qui était tout en bas de la liste. Tu peux monter. Je pris alors ma valise et me dirigeai vers le train. Un soldat vérifia mes papiers, puis m'aida à monter dans le train. Des filles se trouvaient déjà à l'intérieur. Je m'assis près de la fenêtre. Une dizaine de minutes de plus tard, le train était prêt à partir. Je fus soulagée lorsque je vis Marthe arriver. Elle s'assit à côté de moi, et me salua. Avant même que le train ne démarre, elle s'endormit. Ma tête appuyée contre la fenêtre, je contemplais les paysages qui défilaient sous mes yeux. Le brouillard avait enveloppé les champs nus. Je ne savais pas quel genre de travail m'était destiné, mais peu importe, j'étais contente. J'espérais rester le plus longtemps possible là-bas. Je voulais tout, sauf rentrer à la maison. Mais la durée de notre service pouvait varier. Logiquement, la durée de celui-ci était de six mois, mais avec les efforts de la guerre... Tout pouvait changer à tout moment, y comprit notre date de convocation. J'étais fière de faire mon service plus tôt. Car cela signifiait que ma patrie avait besoin de moi. Et nous devions tous être à son service. Car notre devoir était cela. Servir la nation et la communauté. Au bout de quelques heures, le train s'arrêta. La moitié des filles descendirent après qu'elles furent appelées. Cependant, nous, avions encore beaucoup de route à faire. Dans le train, régnait un silence de mort. Les frères, les pères, les fiancés... Étaient tous partis au front, ou n'allaient pas tarder à y aller. Henrieke me manquait déjà. J'aurais tellement voulu qu'elle soit avec moi...
Nous arrivâmes à notre destination en début d'après-midi. J'avais mal aux jambes, elles étaient engourdies. Et puis surtout, j'avais faim. Je n'avais rien mangé ce matin, et la veille...
La veille ma mère m'avait donné qu'une soupe aux betteraves avec un petit morceau de pain noir sec. Elle m'avait dit que de toute façon j'allais bien manger là-bas. Alors autant garder la viande pour elle et ma sœur. Mon ventre avait gargouillé et Erika l'avait entendu. Elle m'a alors longuement fixé, puis s'est levée pour vider son assiette dans la poubelle. Car elle savait que si elle aurait laissé la viande, je l'aurai mangé au moment de faire la vaisselle. Ma mère n'a pas réagit, pourtant cette scène s'est déroulée sous ses yeux. Mais maman était trop fatiguée je pense, c'est pour cela qu'elle n'a rien dit.
Quand je rentrerai à la maison après mon service, tout ira mieux...
Nous étions arrivées au terminus. L'endroit était désert. Il n' avait pas de doutes, c'était la campagne. Nous sortîmes de la gare et devant celle-ci, deux soldats de la Wehrmacht nous attendaient devant un camion. Ils nous aidèrent une par une à monter dans l'arrière de celui-ci. Puis nous roulâmes encore et encore. Marthe et moi n'osions pas parler, puisque personne ne le faisait. On était toutes fatiguées pour cela. Je regardai Anneliese qui avait les bras croisés et les yeux fermés. Cette fille était vraiment énigmatique. Nous étions sept filles. Au bout d'une quarantaine de minutes, le camion s'arrêta et nous descendîmes. Nous étions arrivées dans un village. Il y avait une femme qui nous attendait devant une grande maison qui était entourée de baraquements.
La Führerin. Nous devions nous mettre en ligne. Elle passa devant nous, en nous examinant de haut en bas. Je levai alors ma tête, et regardai fièrement.- Bienvenues meine Damen. (Mesdemoiselles.) Dit-elle. Le vent soufflait si fort que j'eus dû fermer les yeux. Quand nous pénétrâmes dans le foyer, une chaleur réchauffa notre corps et une odeur épicée d'orange et de cannelle monta à nos narines. Nous rentrâmes dans une pièce où nous devions enlever nos vêtements civils, pour notre nouvel uniforme. Un chapeau, un tailleur, une jupe et un manteau de couleur brune, un chemiser et une paire de chaussette blancs, et enfin, une paire de brodequin noire. Notre valise et notre trousseau contenant tout le reste de nos nouveaux vêtements dans nos mains, nous montâmes à l'étage. Toutes les filles qui étaient déjà présentes au foyer, s'étaient mises en ligne devant leur chambre. On me plaça avec Marthe et Anneliese dans une chambre qui se situait tout au fond du couloir. J'étais très contente d'être avec mon amie. Cependant, nous étions que trois, or dans les autres chambrées les filles étaient sept. Néanmoins, cela n'était plus mal au final, puisque nous avions une grande chambre pour nous trois. Nous avions reçu l'ordre de ranger nos affaires et de descendre sans perdre plus de temps. Nous devions être si rapides, que nous eûmes même pas le temps de discuter, ni d'observer notre nouvelle « maison ». Je pensais que nous allions manger mais ce n'était pas le cas. Toutes les filles étaient dehors en cercle autour de la Führerin. Nous étions environ une vingtaine de jeunes filles. La Führerin, Frau Eckert, nous expliqua notre routine quotidienne et la discipline qui allait nous accompagner durant notre long séjour. J'écoutais pas vraiment pas ce qu'elle disait, j'avais si froid que je ne pensais qu'à rentrer. Mes jambes tremblaient de froid. Cette journée m'avait épuisée. Je ne rêvais que de deux choses. Manger et dormir. Je regardai Marthe. La blonde était si concentrée sur ce qu'elle faisait, qu'elle n'avait même pas croisé mon regard. Elle soufflait et regardait les buées qui sortaient de sa bouche. Elle avait l'air si idiote, que j'avais très envie de rire, mais je ne devais surtout pas le faire. Je devais rester sérieuse. Je n'arrivais plus à respirer. J'avais les larmes aux yeux. Ne ris surtout pas. Je regardai alors Frau Eckert, et tout de suite, mon envie de rire s'envola. Elle était grande, aux yeux verts et au visage sévère. Sa chevelure auburn qui était remontée en chignon tressé, me flattait. Je ne fixais que sa coiffure. Il y avait d'autre Führerin, mais Frau Eckert semblait être la supérieure. A la fin de son discours très long et agaçant, nous pouvions enfin rentrer, enfin manger.
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Bonsoir à tous ! J'espère que vous avez aimé ce chapitre. N'hésitez pas à me donner votre avis, car votre avis compte beaucoup pour moi. Jusqu'à là, mes chapitres étaient courts. Vous préférez quand ils sont courts comme ça, ou plus longs ? ❤️
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L'Ange de l'Enfer
Ficción históricaC'est l'histoire d'une adolescente dont la naïveté la condamnera à vivre les horreurs de la guerre, et de l'après-guerre. Contrainte d'abord de donner des enfants au Reich par sa pureté raciale, elle découvrira les terreurs d'une maternité, celles...