i cry but you like that

313 13 5
                                        



Mardi 28 novembre
17 : 56

J'avais envi que tout ça ne soit qu'une terrible invention de mes rêves, un cauchemar qui s'éteindrait lorsque j'ouvrirai mes yeux. C'était réel. On m'avait véritablement donné à marier à un homme que je ne connaissais pas plus que ça, qui peut-être n'était même pas pieux. Je voulais pleurer, mais les larmes ne sortaient pas, parce que je savais qu'il était inutile de se battre. Ma grand-mère avait rendu le verdict. Dans les prochains mois, je serais la femme de quelqu'un officiellement.

Autour de moi, mes sœurs ne disaient aucun mot, elles attendaient que je réagisse, pour soit me réconforter et me soutenir, soit sauter de joie. La femme de mon oncle avait directement vu que je n'allais pas bien, que cette nouvelle n'était pas une bonne nouvelle pour moi, que ce que je vivais était horrible et effrayant, elle m'avait fait un câlin et m'avait souri tristement parce qu'elle non plus, n'y pouvait rien.

Je fixais Aslan qui jouait avec les enfants de ma cousine, priant silencieusement pour revenir à cet âge-là où mes parents étaient présents. Ce niveau d'insouciance et cette légèreté de la vie, je voulais la redécouvrir. Pourquoi étions-nous obligée d'assouvir les besoins et les désirs des autres ? Ce n'était pas moi qui voulait me marier.

Aujourd'hui plus que jamais, j'avais ressenti le manque de mes géniteurs. Mon père n'aurait jamais permis un mariage dont je ne souhaitais pas. Ma mère se serait plainte à ses frères et à son père, et ils seraient tous allés convaincre ma grand-mère paternelle de me laisser vivre et choisir celui que je voulais vraiment. Mais, mes parents n'étaient plus. Mes oncles, s'ils pouvaient faire quelque chose, n'étaient en capacité que de critiquer et juger ce choix, ou de me rappeler qu'ils sont là pour moi, sans pour autant m'aider.

J'aimais ma grand-mère de tout mon cœur, les maintes fois où je l'avais vu durant les vacances d'été, je l'avais trouvé fière, pieuse et franche, elle n'était pas ce genre de personne à se laisser marcher dessus. Elle me racontait des histoires lorsque j'étais petite, sur la déportation qu'elle avait vécu, sur les guerres infâmes qui y avait succédé, sur la volonté du peuple tchétchène de rester indépendant. Ma grand-mère n'était pas une mauvaise personne, loin de là, elle ne permettait pas l'injustice de pénétrer les murs de sa maison, faisait toutes ses prières à l'heure malgré son âge avancé.

Je trouvais sa décision cruelle, parce que je savais que mon cœur appartenait à quelqu'un d'autre, mais en réalité, ma grand-mère n'était pas en tort non plus. Se marier jeune était une Sunna. Elle avait patienté longtemps, mais elle avait ses limites, et malheureusement, j'étais victime de son impatience, mais également de mon immaturité. J'attendais quelqu'un qui ne reviendrait peut-être pas. Et c'était mon erreur.

Mais même en sachant cela, je continuais d'espérer qu'il revienne me prendre avec lui. J'étais bête, peut-être même idiote, mais cette erreur je ne la regrettais pas, pire encore, je comptais continuer d'attendre encore.

20 : 47

On était tous restés un bon moment encore, le temps que les hommes se parlent entre eux. La chambre des femmes n'avait jamais été aussi silencieuse, et mon oncle, en me faisant cette remarque, m'avait embrassé le front pour me rappeler que j'étais sa nièce préférée. J'aurais aimé lui répondre de la même manière, mais je sentais que si j'ouvrais mes lèvres, mes larmes suivraient.

Askhab nous avait ramené avec la voiture de Hassan. Farida tenait Aslan dans ses bras, il s'était endormi, et Faiza s'étirait près d'Amir qui l'avait frappé à la tête. Est-ce que mes deux frères savaient ? J'avais l'impression qu'ils ne savaient pas. Ils se comportaient normalement alors, ils n'étaient sûrement pas au courant.

TCHETCHENE : MakkaDes histoires addictives. Découvrez maintenant