Mardi 20 novembre
10 : 27
J'étais allée au travail très tôt. Mes frères n'étaient pas rentrés durant la nuit, et ils ne répondaient pas au téléphone. J'étais inquiète et je savais qu'ils se passaient quelque chose de mauvais, j'avais peur qu'il leur soit arrivé un malheur.
Fatima avait décidé de faire son boulot à la maison, pour être là au cas où ils rentreraient. Faiza et Farida ne comprenaient pas ce qu'il se passait, et j'évitais de leur révéler la situation, je ne voulais pas les mêler à cette histoire. Mais elles avaient beaucoup insisté, surtout Faiza qui me boudait parce que je refusais de dire quoique ce soit. Elles n'avaient même pas essayé de soutirer des infos à Fatima, car elles savaient que celle-ci ne dirait jamais un seul mot.
Bref, j'avais hâte de terminer mon job pour retourner chez moi, et m'assurer qu'ils étaient bien à la maison et en sécurité. En attendant, Rassima me racontait que son mari était sorti de prison et qu'elle était trop heureuse que son fils retrouve son père. Je la félicitais très sincèrement, même si je n'avais pas la tête à me réjouir, et lui fis un câlin, car je la sentais vraiment émue d'être à nouveau près de celui qu'elle aime.
En la voyant, j'aurais bien aimé moi aussi être ainsi. Avoir un mari, des enfants, une petite vie tranquille en famille, mais ça ne me dérangeait pas tant que ça en fin de compte de vivre avec mes frères et sœurs, je les aimais après tout. Et ils étaient ma famille. Fatima n'arrivait pas à le comprendre. Je pense qu'elle a simplement peur que je ne me sente mal avec eux, mais il n'y a pas forcément besoin d'un mari pour être heureuse, n'est-ce pas ?
Mon téléphone vibra soudain, et je me permis de jeter un œil.
Fatima sœur :
ils sont rentrés cbon
ils vont bien
Je soupirai soulagée.
17 : 55
J'arrivais enfin chez moi, après mille arrêts de tram et de bus, trajet qui m'avait paru interminable.
Je montais les escaliers, et sur qui je tombais ? Ahmad et Khalid.
Je les évitais comme la peste et les ignorant, je me collais au mur pour garder le plus de distance possible et rentrer chez moi sans avoir à me dire qu'il y a eu contact. J'ouvrai la porte de mon appartement et entrai en saluant très fort pour que tout le monde m'entende et me réponde afin que je détermine qui est là et qui ne l'est pas.
Je reçus la réponse de toutes mes sœurs et celle de Amir. Par instinct, je me rendis dans sa chambre et le trouvai couché sur son lit, son portable entre les mains. Lorsqu'il me vit, il ne daigna pas se lever, se contentant d'un rapide coup d'œil. Je m'assied alors sur son lit, à côté de lui.
Moi : Vous êtes allés où hier ?
Amir : Nul part.
Moi : Dis-moi. Je suis ta grande sœur, j'ai besoin de savoir.
Amir : Exactement. T'es ma sœur, pas ma mère et pas ma femme, je n'ai pas de compte à te rendre. Si tu veux savoir quelque chose, t'as qu'à demander à Askhab, moi je te dirais rien.
C'était quoi ça ? Pourquoi avait-il une réaction si méchante ? Qu'est-ce que je lui avais fait ? D'abord Fatima, et maintenant Amir ? Pourquoi s'éloignaient-ils tous de moi ? Il ne voulait plus de moi ? Pourquoi ? Pourquoi ne voulait-il plus de moi ? Mon frère essayait de se débarrasser de moi. J'étais si désagréable que ça ? J'en demandais peut-être trop. Peut-être qu'il n'aimait pas que je m'incruste dans sa vie ou bien, il ne voulait pas m'y inclure. Mais pourquoi maintenant ? Avant, il n'hésitait jamais à me dire tout ce qu'il avait sur le cœur. Pourquoi aujourd'hui, tout changeait ?
VOUS LISEZ
TCHETCHENE : Makka
RomanceC'est une simple orpheline du voisinage quand elle est repérée par une femme tchétchène. Il n'y a plus d'autre issues alors pour la jeune fille que se marier afin de satisfaire les désirs de sa famille ainsi que ceux de sa belle-famille. Mais à for...
