look smile and repeat

276 13 7
                                        



Vendredi 7 décembre
18 : 36

Dans la maison, tout le monde était au courant pour mon futur mariage, et on évitait de parler de ça, c'était devenu naturellement tabou. Mon frère Askhab avait mal réagi, il ne voulait pas que j'épouse Ahmad parce qu'il ne le trouvait pas bien, mais je l'avais convaincu de laisser tomber. Je ne voulais pas qu'il se dispute avec la famille pour ça.

Depuis la petite sortie avec Ahmad, je ne l'avais plus revu, et je ne m'en tenais que mieux. Nos familles respectives en Tchétchénie avaient décidé de nous marier rapidement. La date était fixée pour le mois de janvier. Me préparer à tout ça était compliqué. Ma tête ne voulait qu'exploser. Je pensais à trop de trucs en même temps.

Les papiers à remplir, les tantes qui voulaient tout savoir, les grand-mères qui s'assuraient que je ne ferais pas de bêtises, ou encore toutes les courses de la semaine puisque Fatima avait dû s'absenter quelques jours avec Askhab pour son travail. Celui-ci cherchait un travail, étant donné que je ne serais plus là pour les revenus, il souhaitait me remplacer. Fatima avait trouvé un poste libre dans son office. Je ne sais pas en quoi il consistait exactement mais la situation semblait plaire à mon frère.

Amir ne rentrait plus à la maison. Je ne le voyais plus du tout. Il passait ses journées en cours, puis il traînait quelque part, sûrement dans des quartiers plus éloignés. Je n'ose pas lui demander, et préfère le laisser se reprendre seul.

Farida est celle qui accepte le mieux mon mariage. Elle me montre des photos de robes blanches, de bouquets, de voiles qu'elle trouve sur Instagram. Son enthousiasme est ce qui me remplit de bonheur pendant quelques secondes et quand elle disparaît, mes peurs refont surface.

Je ne sais pas qui est cet homme : Ahmad. Que pense-t-il vraiment de moi d'ailleurs ? Est-ce que je lui plais ? Je sais que s'il ne m'aime pas, tout ne sera que plus dur, et je sais qu'il ne m'aime pas. Il a une attitude naturellement sociable qui me laisse entendre qu'il me désire vraiment, mais je suis certaine que ce n'est qu'une carapace, qu'une coquille qui cache sa véritable identité. Et je ne veux pas imaginer quelle est cette identité, parce que je suis si angoissée que je ne m'imagine que le pire.

En rentrant du travail, j'étais directement partie chercher mes premiers colis. Comme je dois refaire ma garde-robe neuve, avec mes sœurs, nous avons déjà commandé plusieurs articles sur des sites différents.

Alors que je sortais de la poste, je croisais tata Hanifa. Elle me sourit et s'approche de moi, je lui rends la pareille. Elle commence à discuter avec moi, me racontant tout ce qui lui passe par la tête et j'écoute sans broncher.

Hanifa : Nom de Dieu ! Mais que fais-tu habillée comme une tsigane ?

Je fronce les sourcils et jette un coup d'œil à ma tenue : une jupe évasée et une doudoune noire.

Hanifa : Tu vas te marier, tu dois faire plus attention ! Et si mon fils passait par ici ? Astaghrfirullah !

Bref, on parle encore quelques minutes et l'un de ses fils, le plus vieux, passe la chercher. On se dit au revoir et je refuse son offre de rentrer avec eux.

19 : 51

Je monte les escaliers, un sac à la main quand évidemment, au palier de l'étage numéro neuf, je crois mon futur époux, accompagné de deux hommes. Leurs regards se ruent sur moi alors que je les contourne pour retrouver enfin mon appartement. La porte n'est pas fermée à clé et j'entre, déposant mon colis dans le salon. Farida est dans la cuisine avec Faida. Elles mangent, Askhab jouant avec sa purée. Mes sœurs le filment en rigolant.

Je vais dans ma chambre. Soudain, je ressens quelque chose qui bloque ma gorge, mes yeux me font mal. Pourquoi ai-je tout d'un coup l'envie de pleurer ? Je me retiens et souffle.

Mon téléphone vibre et je décroche. C'est Amir qui me prévient de ne pas oublier d'acheter ses nutriments pour le sport. Je me frappe mentalement.

Je me revête de mes chaussures. Farida retourne dans le salon.

Farida : Tu vas où encore ?

Moi : J'ai oublié les trucs pour Amir.

Faida : Eh ! Tes colis sont arrivés ! Je les ouvres.

Je souris et sors. En descendant les escaliers, la honte me brûle la nuque alors que je passe une énième fois devant Ahmad et ses deux potes, me fixant à nouveau alors que je disparais de leur champ de vision. Durant un centième de seconde, j'ai croisé son regard bleu. Et je n'y ai vu transparaître qu'une colère noire.

Je secoue la tête pour me vider l'esprit et marche jusqu'au magasin en question et saisit ce dont Amir a besoin avant de rentrer. Ahmad n'est plus à son palier. Alhamdoulilah.

Je jette un coup d'œil à l'heure sur mon portable qui affiche les vingt heures passées quand je reçois un message d'un numéro inconnu.

+7 53 1* ** ** :

Mauvaise habitude

Pendant que j'enlève mes chaussures, j'ai un petit temps de non-réaction pendant lequel je fixe mes yeux sur l'écran qui s'éteint, me réveillant de ma paralysie en même temps. Je laisse en suspens cet inconnu que je présume déjà être Ahmad.

Pendant notre rendez-vous, il m'avait prévenu qu'il n'accepterait pas les sorties nocturnes. Si j'ajoute cet argument au fait qu'il m'a vu deux fois passer devant lui à une heure aussi tardive, les chances qu'il s'agisse de lui augmentent considérablement alors qu'ils atteignaient déjà les quatre-vingt-dix pour cent sans.

Je m'affale dans mon lit, j'entends vaguement mes sœurs commenter les habits que j'ai reçus quand une nouvelle fois, mon téléphone vibre. Devrais-je l'éteindre ?

+7 53 1* ** ** :

Tu as bloqué mon numéro la dernière fois
Donc j'ai pris un nouveau
Essaye de rebloquer celui-là

Menace ?

Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait sourire. C'est bien Ahmad. Je vais dans les contacts et bloque son numéro, puis ferme les yeux en me demandant ce qu'il compte faire de moi maintenant. J'aime à m'imaginer qu'il dise à sa mère que je suis trop agaçante. Ce serait le rêve !

24.07.20

TCHETCHENE : MakkaDes histoires addictives. Découvrez maintenant