one life one chance

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Samedi 8 décembre
17 : 24

Aujourd'hui, comme je rentre plus tôt, j'en profite pour acheter un cadeau à Amir. Depuis l'annonce de mon mariage, il évite de me parler et évite ma présence en général. Vous avouerez que c'est agaçant de voir quelqu'un changer de pièce dès la seconde où vous y avez mis les pieds et justement, parce que vous y avez mis les pieds. Je ne supporte plus le poids qu'il m'oblige à porter.

Je sais qu'il est un grand amateur de sport, pas différent de tous les tchétchènes allez vous me répondre. Chez Amir, la lutte et tous les autres trucs qu'il fait à côté, c'est vital pour sa soif de virilité. En clair, il ne se sent pas bien s'il perd de la masse musculaire. Sachant que ses altères ont malencontreusement atterri sur le sol dans un fracas incroyable l'autre jour, je suis décidée à lui en prendre de nouvelles.

Je ne sais pas quelle marque il lui faut, mais j'imagine que ça n'a que peu d'importance tant que le poids de l'objet est le bon.

J'imaginais mal.

Amir m'a si mal regardé que j'ai failli en pleurer, mon côté sensible qui ressort. En fait, il a sa marque de prédilection, mais en plus, un magasin en particulier, il m'a expliqué à contre cœur pourquoi je n'aurais pas dû acheter ses altères - que j'ai trimballé dans toute la ville d'ailleurs -, et je n'ai rien retenu. Ça m'importe peu le pourquoi je me suis trompée, c'était sa réaction qui m'intéressait. Et il m'avait clairement fait comprendre que ça n'avait servi à rien.

Dimanche 23 décembre
12 : 23

Les jours qui suivirent furent les mêmes. Je répétais inlassablement le même schéma. Avec le travail, la maison et les paperasses des uns et des autres, je n'avais même plus le temps de penser au mariage, prévu pour dans le courant janvier-février. La mère de Ahmad était très pressée et je le ressentais à chaque fois que l'on se croisait dans les couloirs ou qu'elle venait chez nous prendre le thé. Fatima ne l'aimait pas. Elle avait l'impression qu'elle imitait notre défunte mère. Il était vrai qu'elle se comportait étrangement, mais je ne trouvais pas ça irrespectueux ou méchant. Au contraire, elle essayait de m'intégrer à sa famille en s'intégrant à la mienne et je l'en remerciais.

Le mois de décembre s'écoula dans cette ambiance constamment étouffante. Je n'avais pas une minute à moi-même. Lorsque je réglais un soucis, un nouveau s'emparait de mon âme et j'étais sans cesse obnubilée par quelque chose, souvent des détails. Comme ce fameux jour du 23 décembre. Je venais de rendre ma démission au magasin le matin et étais rentrée chez moi à la hâte parce que ma future belle-mère passait à midi. Fatima avait cuisiné des galnash et quand j'étais arrivée à la maison, Hanifa était déjà à table avec ma sœur.

On avait encore beaucoup parlé. Le soir, je l'avais accompagné à la sortie. En descendant les poubelles, j'avais malencontreusement été la malheureuse témoin d'une discussion qui ne me regardait pas. Rabia, la sœur d'Ahmad, était en train de s'entretenir avec quelqu'un lorsque j'entendis mon nom. Je m'arrêtais dans les escaliers pour écouter.

Rabia : Makka est même pas au courant qu'elle est revenue.

inconnue : Tu vas pas lui dire ?

Rabia : Mam me tuera si je lui en parle. Franchement, je la plains cette pekar. Ma mère ne la lâchera plus maintenant qu'elle a trouvé l'âme-sœur de mon frère.

inconnue : L'âme-soeur c'est vite dit. Faudrait déjà qu'ils ne divorcent pas au bout de deux semaines.

Rabia : Avec Madine dans les parages, crois-moi, ils tiendront pas la semaine. Mais c'est quoi cette clé ? Pourquoi elle rentre pas ?

TCHETCHENE : MakkaDes histoires addictives. Découvrez maintenant