Chapitre 6

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Fantine


— Ah, ces Français, toujours à se la raconter, entends-je marmonner derrière moi.

Je me retourne vivement.

— Ouais, bah, ces Français, comme vous dites, ces Anglais, ces Espagnols, si nous n'étions pas venus faire un petit tour en bateau par chez vous, vous n'existeriez même pas, alors...hein, camembert d'abord !

Je ne peux pas m'empêcher de répliquer.

Mais zut à la fin ! Quoi ? Je n'ai pas raison ?

Sauf qu'il va vraiment falloir que j'apprenne que, même quand on a raison, il faut se taire.

Voilà, voilà, après une fouille au corps par machin chose, une exploration poussée à l'extrême de mes bagages, où j'ai pu constater que Sinok savait sourire quand il a eu Bob le Gode dans les mains, un contrôle de mes papiers sous toutes les coutures, je suis enfin dans la file d'attente des taxis.

J'ai été sauvée de l'interrogatoire quand j'ai répondu Non à la question « Êtes-vous venue pour provoquer un attentat? ».

Je me suis mordue la langue pour ne pas dire de connerie, genre, « Bah si en fait, Bob le Gode est une bombe ». J'ai résisté. Je suis fière de moi.

La ronde incessante des voitures jaunes reconnaissables entre toutes est impressionnante. C'est mon tour. Un grand noir chauve à moustache prend mes bagages, je lui donne mon adresse de destination et c'est parti ! C'est un taiseux. Le trajet s'effectue avec la radio en fond sonore. Du jazz. Un saxophone. Je ferme les yeux. J'y suis. Le taxi driver doit s'appeler Joe.

L'appartement où je vais passer les prochaines semaines est bien situé. Une bouche de métro pas loin, des commerces, des restaurants, ça bouge, ça vit, c'est coloré, ça pue, j'adore. Mes colocataires sont, ni plus, ni moins que la fameuse Zoe, l'amie de Soïzic, et son pote Daniel qui travaille au rayon vêtements de luxe de J&J's. On a déjà fait connaissance par webcam interposée, donc je ne suis pas surprise de leur accueil chaleureux. Ils sont tous les deux grands, blonds aux yeux verts. On pourrait les prendre pour frère et sœur. Ils me font visiter, c'est cosy, pratique et j'ai ma propre chambre meublée de tout le nécessaire. Les murs sont blancs. Les rideaux aux fenêtres cachent la vue sur l'immeuble d'en face. Une seule salle de bain avec baignoire à se partager, compliqué mais avec un peu d'organisation, ça va le faire. Mes valises posées dans mon nouveau repaire, on s'installe dans le canapé moelleux pour faire plus ample connaissance, avec All We Do de Oh Wonder en fond sonore.

— Alors, la petite Frenchy ? Ton voyage s'est bien passé ? me demande Daniel.

— Oui, c'est plutôt le passage de la douane qui a été compliqué, dis-je en grimaçant.

— Ah ! T'es tombée sur des cowboys. Heureusement, tous les Américains ne sont pas comme ça, me dit-il avec un clin d'œil.

— Arrête de flirter avec elle, Dan ! s'esclaffe Zoe.

— Impossible ma beauté, tu sais bien que je suis de l'autre bord !

— Houlà, on est en plein cliché là !

— Comment ça ?

— Ben oui, tu sais, New-York, la bonne copine, le pote gay, la coloc'... Brrr, ça fait froid dans le dos, marmonné-je en simulant un frisson.

Ils éclatent de rire.

La glace est définitivement brisée à la troisième bière. Ils me préparent pour mon premier jour, me donnent les noms de ceux que je vais rencontrer et de ceux avec qui je vais travailler. Ils me parlent même du vigile du troisième étage qu'il faut éviter comme la peste car c'est le roi du pelotage par inadvertance .

J'en apprends plus sur l'organisation, la cantine sur place, la rigidité des chefs et surtout de celui qui a la responsabilité du rez-de-chaussée. Monsieur Johnston serait très dur avec ses employés ?

Que du bonheur.



À suivre...

Un Ange en CadeauOù les histoires vivent. Découvrez maintenant