Les 30 jours qui se sont écoulés depuis le Grand Prix de Singapour a vu de nombreux événements se dérouler.
Malgré les révélations qui ont été faites et qui ont généré une ambiance assez tendue, la relation qu'entretiennent Emmy et Pierre s'est considérablement améliorée, les rendant plus proches et plus complices que jamais. Concernant le Championnat de Formule 1, deux autres manches se sont jouées en Russie et au Japon dont le vainqueur n'est autre que Lewis Hamilton. De son côté, la jeune Française a pu retirer l'attelle qui ornait son nez depuis plus de 6 semaines et ses journées sont rythmées par son travail à l'auto-école ainsi qu'au Paddock Garage... Pourtant, la monitrice n'est pas préparée aux évènements qui vont frapper sa région.
En ce dimanche 14 octobre, Emmy, Thaïs et leurs collègues secouristes débriefent du poste de secours pour le Rugby XIII qui venait de se terminer. Ils sont installés autour d'une table en extérieur, profitant de la température plutôt chaude pour la saison.
— Bon les gars !
— Hum hum.
— Et le chat noir.
— Mais arrêtez avec ça !, râle une jeune femme vêtue de son uniforme bleu et orange. C'est pas vrai. On n'a pas fait d'évac SAMU !
— Emmy, souffle le chef de poste. Sur les trois victimes qu'on a prises en charge aujourd'hui, je te rappelle que les trois sont partis avec les pompiers !
— Gna gna gna.
— Bon qu'est-ce que j'allais dire... Ah oui, donc qu'est-ce qu'on pourrait améliorer pour le prochain poste ?
— Je pense que quand on a des gabarits imposants, on devrait plutôt faire un pont amélioré plutôt qu'un pont simple.
— Je suis d'accord avec Emmy, intervient Thaïs. En plus, pour ceux qui font un relevage et qui ont un petit gabarit comme le mien, ce sera bien.
— Okay... Autre chose ?, demande le chef. Non ? Bon, avant de partir, une alerte météo a été déclenchée pour notre département pour pluies/inondations. Je sais c'est difficile à croire vu le grand soleil qu'on a mais bon, je vous conseille de dormir avec la tenue à vos côtés.
Le groupe de secouristes se sépare après s'être salués. Il ne reste plus qu'Emmy et Thaïs qui terminent de réarmer les sacs d'intervention comme après chaque poste de secours.
— Du coup, vu qu'on est en alerte, tu veux dormir à la maison ?
— Si tu veux.
— Comme ça si on est appelées, on s'y rend ensemble.
— FEU !
Les deux amies montent dans la voiture de la monitrice et prennent la route en direction de la maison de cette dernière. A peine la porte ouverte et dans une synchronisation parfaite, Emmy et Thaïs retirent leurs Rangers dans un râle de soulagement puis se dirigent vers les chambres où elles troquent leur uniforme pour des vêtements beaucoup plus confortables. L'hôte de la maison récupère les tenues oranges et bleues avant de les enfermer dans la machine à laver et de lancer une lessive. Les deux brunes préparent également quelques affaires en vue d'un départ précipité si la réquisition est demandée. Une fois leurs sacs faits, et leurs uniformes en train de sécher dans le sèche-linge, les deux femmes tombent de fatigue dans le canapé.
— Ça aura été quelque chose ce poste quand même !, rigole Thaïs.
— Oh que oui ! Je ne m'attendais pas à le voir descendre du camion.
— Tu m'étonnes ! En même temps, on a pas fait le tour de la caserne pour voir qui y était.
— C'est pas faux !
— Non mais tu aurais dû voir la façon dont il te regardait ! Comme Pierre en fait !
— Qu'est-ce que tu racontes !! Et qu'est-ce que Pierre fait dans l'histoire !
— Emmy s'il te plait ! Ne me dis pas que tu n'as pas remarqué la façon dont il te regarde quand même !
— Qui ça ?!
— Non mais tu te moques de moi là !, râle la brune aux yeux bleu intense.
— Ben non !
— Emmy, ça se voit que Pierre est amoureux de toi ! Tout comme Mathieu d'ailleurs.
— Je pense que tu as dû avoir une insolation avec ce soleil. Pierre est juste un très bon ami. Et puis, avec Mathieu on ne se parle que très peu.
— Un très bon ami à qui tu piques les T-shirt ?, dit Thaïs en levant un sourcil tout en désignant le haut que la monitrice porte.
— Ok. Tu veux t'aventurer sur ce sujet ? Et si on parlait de toi et de Mister Chile ?
— Oui, Carlos est sympa mais il ne se passe strictement rien entre lui et moi.
— Et c'est pour ça que tu portes son T-shirt ?
— Okay, c'est bon. On commande des sushis ?
Et c'est ainsi que les deux jeunes femmes se retrouvent assises en tailleur sur le canapé, vêtues d'un short noir et du polo noir et jaune Renault appartenant à Carlos pour Thaïs, tandis qu'Emmy porte celui de ToroRosso du numéro 10. Elles dégustent leurs sushis tout en regardant un de leurs Marvel favori : "Captain America : Civil War". Cependant, elles ne tardent pas à rejoindre Morphée, ne dormant que d'une seule oreille pour ne pas manquer le coup de fil qui annoncerait leur départ pour une situation qu'elles n'ont jamais vécues.
Cet appel, elles vont le recevoir le lendemain matin, à 7h30 précise. Leurs heures de sommeil sont relativement faibles puisqu'elles peuvent les compter sur les doigts d'une seule main. Elles en sont donc à leur 3ème café quand le générique de la F1 se fait entendre. Emmy décroche en voyant le nom de son chef apparaître sur l'écran et elle met en haut-parleur.
— Salut Chat Noir !
— Le bonjour à toi aussi Laurent.
— On est en réquisition préfectorale. Thaïs et toi, vous avez 30 minutes pour rejoindre le local.
— On arrive Chef !!
Les deux jeunes femmes se précipitent vers la salle de bain pour se préparer le plus rapidement possible. Elles domptent leurs crinières en réalisant un chignon militaire très strict et dix minutes plus tard, elles quittent la salle d'eau revêtue de leur uniforme bleu et orange. Sacs sur l'épaule, rangers aux pieds, Emmy et Thaïs quittent la maison de la monitrice pour sauter dans la voiture de cette dernière, direction la délégation locale de l'association. Comme à l'heure habitude, elles sont les premières sur place et en profitent pour charger les sacs d'intervention dans l'ambulance et procéder aux vérifications habituelles des véhicules. Le chef et le reste de l'équipe arrivent quelques minutes plus tard. Avant de grimper dans les différents moyens de locomotions présents sur site, les équipes font un rapide débriefing.
— Ok. Donc on part pour la préfecture. On a rendez-vous à Grazailles pour y monter le centre d'hébergement. Arrivés là-bas, on monte les lits. Chat noir, tu prends une radio. Thaïs tu fais équipe avec elle. On doit rester en permanence en contact. Les filles, vous prenez la VL, vous pouvez partir dès maintenant. Dès que vous êtes arrivées, vous établissez un contact avec les personnes déjà sur place. Nous, on vous suit avec le VPS. On vous rejoint directement là-bas. C'est bon ?
L'ensemble des secouristes approuve d'un signe de tête et grimpe dans les véhicules qui leur ont été indiqué. Emmy s'installe derrière le volant, Thaïs en passager. Alors que la monitrice démarre la VL et prend la tête du cortège, l'étudiante enclenche les gyrophares ainsi que la sirène qui résonne dans les rues de la ville. Un quart d'heure plus tard, les deux jeunes femmes arrivent à destination et font un premier point de situation avec leurs collègues venus en renfort.
— On parie combien qu'ils vont repartir dans pas longtemps ?, lance discrètement Emmy à Thaïs.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Thaïs, leur antenne est située sur le littoral et l'eau elle s'évacue où ? Dans la mer.
— Oh p*tain, j'avais pas pensé à ça ! Alors là, ils ont fait fort.
Emmy passe son bilan à la radio avant de remonter dans le véhicule avec Thaïs pour aller faire des repérages dans la ville pendant que leurs coéquipiers finissent de monter le matériel au centre d'hébergement. Les jeunes femmes sillonnent les rues de la ville dans un silence quasi religieux, les yeux écarquillés et le cœur lourd en voyant les dégâts provoqués par la crue du fleuve et du canal. Elles retournent au centre d'hébergement où les premiers sinistrés arrivent et sont pris en charge rapidement. Les deux amies sont à l'écoute, passant du temps avec chaque victime, les rassurant du mieux qu'elles le peuvent tout en leur faisant comprendre qu'ils ne sont pas seuls dans cette difficile épreuve.
— Chat Noir, Thaïs, vous prenez la VL, il faut ramener du matos au siège, ils en ont oublié la moitié.
— Qu'est-ce que je te disais ?, sourit Emmy.
Le chef ainsi que les deux brunes chargent rapidement la VL du matériel manquant, puis la monitrice reprennent leurs places respectives dans l'habitacle. La voiture quitte le parking et l'étudiante enclenche tous les éléments qui la font devenir un véhicule à priorité de passage. Ce dernier file rapidement en direction de l'autoroute où la gendarmerie est présente pour leur ouvrir la barrière. Un militaire les interpelle et après de brèves explications, il les laisse repartir tout en saisissant sa radio pour faire passer le message. Emmy le remercie d'un signe de main accompagné d'un sourire avant d'appuyer sur l'accélérateur et de disparaître au premier virage, prenant la bretelle d'insertion de l'A61. Alors qu'elle se faufile entre deux voitures pour se mettre sur la voie de gauche et dépasser la file de véhicule qui roule à allure réduite, le téléphone de la jeune femme se met à sonner. Elle tâtonne de sa main droite la poche latérale de son pantalon puis en sort son portable pour le donner à sa meilleure amie qui décroche immédiatement.
— EMMY TU N'AS RIEN ?! On s'inquiète avec Max et Daniel !
— Salut les gars !
— Thaïs ?! Est-ce qu'Emmy va bien ? Et c'est quoi ce bruit ?!
— Pierre calme toi ! On va bien, je réponds parce qu'Emmy pilote, regarde.
La jeune femme tourne la caméra vers la brune dont le regard est fixé sur l'horizon, les deux mains sur le volant avec la concentration à son paroxysme.
— Salut les gars ! Désolée pour le bruit, mais c'est les deux tons, on ne peut pas les enlever.
— Mais vous inquiétez pas, on gère !, lance Thaïs.
— Si jamais il se passe quelque chose, vous nous appelez !
— Ne t'inquiète pas Pierre, sourit la passagère.
— Thaïs, tu peux me dire à combien elle roule ? J'ai l'impression que le paysage défile un peu plus vite que ce qu'il ne devrait.
— 180 !, répond Emmy qui avait entendu la question de Pierre. Je fais doucement car la chaussée est un peu humide.
— Elle vient vraiment de dire que 180 sur chaussée humide c'est doucement ?
— Et oui Pier...
— P*TAIN MAIS TU L'ENTENDS PAS LE DEUX TONS ?! MAIS BOUGE-LA TA CAISSE ! TU VOIS PAS QU'IL Y A URGENCE LÀ !, s'égosille la conductrice en pestant.
— Je crois que je vais vous laisser. On se capte plus tard. Bisous les filles.
La conversation se coupe et Thaïs se tourne vers sa meilleure amie qui pilote sereinement le véhicule léger de secours avec un immense sourire sur le visage. Emmy, sentant le regard de l'étudiante sur elle, se risque à une léger coup d'œil envers elle avant de froncer les sourcils.
— Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?! Tu sais que tu fais vraiment peur avec ce sourire.
— Et là, tu vas me faire croire que Pierre ne ressent que de l'amitié envers toi.
— Ben oui, c'est juste un ami inquiet.
— Gertrude, il n'y a que toi qui compte pour lui. Il était complètement paniqué et il a demandé de tes nouvelles, pourtant c'est moi qui ait décroché.
— N'importe quoi, rigole nerveusement la monitrice. Bon on est arrivées.
— QUOI DÉJA ?!, s'exclame l'étudiante en jetant un coup d'œil à sa montre, les yeux exorbités.
— On a quand même mis 20 minutes.
— Euh Emmy, tu sais qu'on est censé en mettre 45 de base quand ça roule bien.
— Oh ça va, j'ai juste eu le pied un peu lourd.
Les coéquipières rigolent puis quittent le véhicule pour en ouvrir le coffre et en enlever le contenu qu'elles rangent à leur place dans le hangar prévu à cet effet. Un quart d'heure plus tard, elles remontent dans la voiture pour reprendre le chemin inverse et parviennent à rejoindre le centre d'hébergement en seulement vingt-cinq minutes, gyrophares allumés et toutes sirènes hurlantes.
Lorsque la VL se stationne sur le parking du complexe sportif transformé pour l'occasion, le Chef d'équipe manque de s'étouffer avec son café en les voyant sortir de l'habitacle. Il jette un coup d'œil à sa montre et soupire en constatant qu'elles ont fait l'aller-retour en à peine une heure.
— Ne me dis pas qu'on va recevoir un P.V pour excès de vitesse, souffle Laurent inquiet par la rapidité des deux jeunes femmes.
— Non, nous avons vu avec la Gendarmerie, répond la monitrice.
— Comment ça ?
— Ils étaient aux péages et nous leur avons expliqué l'urgence de la situation. On ne s'est pas fait flashé non plus.
Le Chef rassuré, les coéquipières s'autorisent deux minutes de pause pour reprendre des forces, la journée étant loin d'être finie. Les sinistrés sont de plus en plus nombreux à venir trouver du réconfort au centre d'hébergement. Les tours de garde se succèdent, laissant ainsi une équipe au repos et une équipe en service, prête à répondre aux besoins des victimes de ces fortes intempéries. Emmy ne parvient pas à fermer l'œil ne serait-ce que quelques instants, l'adrénaline coulant dans ses veines. Elle se décide alors de sortir à l'extérieur du grand gymnase afin de fumer une cigarette et alors qu'elle allume le bâton toxique, son téléphone sonne, indiquant la réception d'un message. Elle échange ainsi quelques sms avec ses amis pilotes, qui pour la plupart sont déjà aux USA pour le prochain Grand Prix.
C'est sur les coups de deux heures du matin que les secouristes peuvent rentrer chez eux, tous les sinistrés présents ayant trouvé un toit pour passer la nuit. Les deux brunes tombent rapidement de fatigue dans leurs lits, chez la monitrice. Elles profitent de quelques heures de sommeil méritées après cette journée riche en émotion, tout en sachant pertinemment que ce ne sera pas un sommeil réparateur, mais ce peu de répit est primordial pour recharger un minimum les batteries.
La nuit fut de courte durée pour les deux secouristes. Elles se préparent, le cœur serré, redoutant ce qu'elles vont découvrir au cours de cette journée. Les cloches de l'Abbaye sonnent les huit coups quand le groupement de véhicules franchit le panneau d'entrée du village ravagé par cette soudaine montée des eaux. Tous les secouristes descendent des habitacles, puis se réunissent pour un rapide briefing.
— C'est bon vous êtes tous là ?, demande le chef. Des renforts d'autres départements sont attendus dans la journée. Avec votre binôme, vous allez arpenter les rues et vous relevez les adresses où nous enverrons des équipes pour le nettoyage. Est-ce que c'est bon pour tout le monde ? Vous avez de quoi noter ?
Après un café rapidement ingurgité, les binômes se séparent et commencent les repérages dans les secteurs qui leur ont été attribués. Les visages sont fermés, un silence pesant règne sur le village d'un peu moins de huit cent âmes. Les deux amies commencent leur exploration sur la rive droite de la rivière. Cependant, leur mission tourne court lorsque la radio à la taille de la monitrice se met à grésiller. Les coéquipières suspendent leur progression pour écouter le message de Laurent qui est émit par le micro accroché au col de l'aînée.
— De P.C pour Alpha.
— De Alpha pour P.C, transmettez.
— Retour immédiat au poste de commandement.
— Reçu fort et clair, on arrive.
— Terminer.
Thaïs range son bloc-notes dans la poche latérale de son pantalon puis rebroussent chemin. Elles regagnent le poste de commandement dans un pas rapide et saluent les quelques sapeurs présents et se dirigent vers la seule autre personne en bleu et orange.
— On est là chef, indique la cadette.
— Ah les filles ! Alors, je vous ai fait revenir pour que vous puissiez assurer la cellule Socio-Psychologique. Celles qui devaient s'en occuper sont coincées sur le littoral. Et d'après ce que j'ai compris, il y a beaucoup d'étrangers ici, et si je ne m'abuse, Emmy tu es la seule qui parle Anglais et Thaïs, l'Espagnol. Je ne me suis pas trompé Mathieu ?, demande le chef à un pompier, dos à eux.
À l'entente de ce prénom, Emmy ouvre grand les yeux sous le sourire moqueur de sa meilleure amie puis se tourne sur sa gauche pour voir le sapeur qui se retourne avant d'acquiescer d'un signe de tête.
— On vous a mis ce coin à votre disposition, indique Laurent en montrant une table ronde autour de laquelle sont disposées plusieurs chaises. Les filles, vous gardez votre radio allumée. N'oubliez pas de prendre des notes pour remplir les prises en charges par la suite. Si vous avez besoin de quelque chose, vous le demandez aux pompiers. Je prends votre place sur le terrain.
— Merci Chef.
— Et surtout n'hésitez pas à parler entre vous, c'est très important. Vous avez un rôle important, n'hésitez pas à vous aérer l'esprit.
— Ne t'inquiète pas Laurent, on les surveille de près tes petites protégées avec Bastien et Mathieu, sourit un Sergent-Chef en posant son avant-bras sur l'épaule de Thaïs.
Les deux jeunes femmes prennent place en compagnie du dénommé Bastien et du Sergent-Chef autour de ce qui va devenir leur bureau pour la journée. L'étudiante sort son carnet de notes et son stylo, alors que la monitrice décroche la radio de sa taille et le pose sur le pupitre devant elle. Mathieu, le dernier sapeur, arrive avec un plateau remplit de gobelets fumants et de quelques gâteaux. Il le pose au centre de la table et s'assied à la gauche d'Emmy qui le remercie chaleureusement. Ils discutent, balayant tous les sujets d'actualités, tout en reprenant des forces pour faire face à cette journée qui risque d'être lourde psychologiquement.
— Bon, c'est pas que je vous aime pas mais je vous abandonne, je vais fumer une clope, sourit Emmy en se levant et en remettant sa radio à sa taille.
— Attends, je te l'offre.
— Tu sais que j'en ai.
— Oui, mais ça me fait plaisir.
Emmy hausse les épaules et sort du Poste de Commandement en compagnie de Mathieu. De leur côté, Bastien, Julien et Thaïs se retiennent de rigoler en voyant leurs amis respectifs agir de la sorte.
— Qu'un canard celui-là ! Non mais tu l'as vu faire !, rigole Bastien.
— C'est clair ! "Attends je te l'offre, ça me fait plaisir", imite le Sergent-Chef.
— Dans tous les cas, s'il la veut, il a intérêt de se sortir les doigts de là où je pense, parce que j'en connais un autre sur le coup, lâche Thaïs.
— Comment ça ?!, demande Julien soudain intéressé par les révélations de l'étudiante.
— Il s'appelle Pierre, ils discutent tous les jours et ils sont très proches. Lui il est raide d'elle mais bien sûr elle ne voit rien. Un peu comme avec Mathieu.
— Ah ouais ?
— Ouais et je te parie que dans pas longtemps, il va l'appeler. Ils s'appellent tous les jours. Tu aurais dû voir comment il était inquiet pour elle quand il a su qu'on était inondé.
Les deux pompiers et la secouriste se taisent subitement quand Emmy et Mathieu rentrent à nouveau dans la cantine de l'école, transformée en Poste de Commandement pour l'occasion..
— Tu sais que j'aime pas quand tu souris comme ça !, lance Emmy en voyant son amie avec un grand sourire innocent sur le visage.
— Mais j'ai le droit de sourire.
— Je dis pas le contraire, mais il est trop innocent pour qu'il n'y ait rien derrière.
La brune retire une nouvelle fois la radio de sa taille avant de s'asseoir sur sa chaise. Elle termine son gobelet de café quand une femme d'une quarantaine d'année arrive en compagnie d'un jeune garçon. Ils se dirigent vers les sapeurs et les deux secouristes l'accueille avec le sourire.
— Je m'excuse de vous déranger Messieurs Dames, mais ce jeune homme n'ose pas venir vous voir, sourit la femme en montrant discrètement l'enfant qui se tient à ses côtés.
— Mais n'aie pas peur. Tu sais, c'est pas parce qu'ils sont costauds qu'ils sont méchants. Ce sont de vrais nounours !
Le jeune garçon s'approche doucement de la monitrice qui lui tend la main, et Mathieu se décale d'une chaise pour permettre au garçon de venir s'asseoir entre lui et la jeune femme.
— Alors mon grand ça va ?, demande Emmy d'une voix douce.
— Oui oui.
— Tu veux boire quelque chose ?
— Tu crois qu'il y a du chocolat chaud ?
— Je m'en occupe, sourit Bastien en se levant.
Il revient quelques minutes plus tard avec un gobelet de chocolat chaud et quelques paquets de gâteaux qu'il pose devant le jeune garçon qui le remercie poliment. Emmy sourit en voyant que cet enfant n'a pas l'air traumatisé par ce qu'il venait de vivre, mais elle reste néanmoins sur ses gardes, car il n'a peut-être pas réalisé ce qu'il s'était passé.
— Et tu sais, je suis content de pas avoir écouté mon papa, lance le garçon en croquant dans son gâteau.
— Ah bon et pourquoi ça ?, demande la jeune femme intriguée par les propos du jeune homme.
— Ben tu sais, ça fait deux semaines que papa il me grondait pour que je range la bouée, et je l'ai toujours pas fait. Et grâce à ça, il a pu sauver la madame qui a failli se noyer devant lui.
Thaïs, prenant des notes depuis le début, lâche son stylo en entendant les propos de cet enfant seulement âgé d'une dizaine d'années. Le groupe de secouristes perd le sourire et regarde le jeune homme qui continue de boire son chocolat chaud, les yeux écarquillés.
— Et tu sais, je te connais, dit naturellement le petit homme en souriant à Emmy.
— Ah bon ?, répond la brune surprise.
— Oui, tu sais je regarde la Formule 1 avec mon papa et je te vois souvent avec les pilotes. D'ailleurs c'est lequel ton amoureux ?
À cette question, le Caporal Mathieu, qui était en train de siroter son café, s'étouffe et recrache immédiatement sa gorgée sur la table.
— Ça va Mathieu ?, demande Emmy, inquiète.
— Oui, oui, je me suis juste brûlé la langue. Il est très chaud ce café.
Thaïs, Julien et Bastien lui lancent un regard qui veut dire "Mais bien sûr" pendant que la monitrice lui donne un rouleau de sopalin qui se trouvait juste derrière elle avant de reporter son attention sur le jeune garçon.
— Je n'en ai pas.
— C'est dommage, je trouve que tu irais bien avec Max ou Pierre.
— Il est intelligent ce petit, lance Thaïs.
— Aucun commentaire toi !, réplique Emmy. C'est qui ton pilote préféré ?
— J'aime bien Pierre, Charles et Max.
— C'est vrai ? Et est-ce que tu aimerais leur faire un petit coucou ?
Le garçon hoche la tête frénétiquement, excité par la proposition de la jeune femme qui sort son téléphone pour y composer le numéro d'un de ses amis. Au bout de quelques sonneries, l'écran affiche un homme aux yeux d'un bleu profond.
— Emmy ! Tu vas bien ?
— Oui merci Pierre. Je ne te dérange pas au moins.
— Tu sais très bien que tu ne me dérange jamais ma belle.
Le sapeur tique à l'entente de ce surnom et lève les yeux au ciel tout en esquissant une grimace qui n'échappe pas à ses amis, assis en face de lui.
— J'ai avec moi un petit garçon qui aimerait te voir, est-ce que c'est possible ?
— Evidemment.
— Et je vais t'embêter, est-ce que tu as Charles et Max sous la main ?
— Tu as de la chance, on est tous en train de prendre le petit déjeuner. CHARLES ! MAX ! EMMY AU TÉLÉPHONE !!
— Je te serai reconnaissante si tu pouvais éviter de crier près du téléphone. Je n'ai plus de tympan.
Les deux autres pilotes apparaissent à l'écran quelques secondes plus tard. et Emmy tend son téléphone au jeune garçon. Il le saisit délicatement et un énorme sourire illumine son visage. Emmy sait qu'elle vient de faire un heureux et elle ne peut s'empêcher de sourire à son tour.
La conversation se coupe quelques minutes et le jeune garçon saute dans les bras de la secouriste pour la remercier. Le petit homme s'éloigne dès que son papa l'appelle.
— Papa ! C'est Emmy !! Tu sais celle qui a son amoureux en F1 !, s'exclame le petit garçon en montrant la jeune femme du doigt.
— Je t'ai déjà dit qu'on ne montrait pas les gens du doigt.
— Tu sais, elle a été très gentille, elle m'a offert un chocolat chaud et j'ai même parlé avec Pierre, Max et Charles !
— Ah bon ?!, demande le père étonné.
— Et oui Monsieur, vous avez un fils très courageux, sourit la brune. Tout comme vous. Ça n'a pas dû être évident pour vous. Si jamais vous voulez en parler, nous sommes là, à votre écoute.
— C'est très gentil de votre part, Mademoiselle. Merci d'avoir redonner le sourire à mon fils. Et puis, vous savez, je n'ai fait que ce que j'avais à faire.
— Mais ce n'est pas rien !
— C'était soit je me sauvais et je voyais cette pauvre femme mourir devant mes yeux, soit j'y aller au risque de ma vie.
— Et vous y êtes allé ! Vous avez eu de la chance.
Un "ding" se fait entendre et Emmy dégaine son téléphone. Elle sourit en lisant le message envoyé par son ami, à l'autre bout du globe.
— Monsieur, au risque de paraître indiscrète, puis-je prendre votre adresse ?
— Oui pourquoi ?
— Et bien, disons que votre garçon a beaucoup touché les pilotes et ils veulent vous remercier pour votre sauvetage, alors ils souhaitent vous envoyer deux pass exclusifs pour le Grand Prix de France 2019.
— Pardon ? Si c'est une blague, elle n'est pas drôle.
— Je m'en doutais que vous alliez réagir comme ça, et eux aussi. Alors, ils m'ont également envoyé ceci.
La brune tend son téléphone sur lequel une petite vidéo se joue. On peut y voir les pilotes francophones ainsi que le Président de la FIA remercier ce papa qui sauvé cette jeune femme au risque de mourir également, et l'invitant ainsi à assister au prochain Grand Prix de France.
— Merci Mademoiselle, sourit le père les larmes aux yeux.
— Avec plaisir, si jamais vous avez besoin, on est là. Vous n'avez qu'à demander Emmy, et on m'appellera.
— Pas de soucis. Merci encore.
Le père et le fils repartent main dans la main, heureux dans leur malheur. Les secouristes ainsi que les pompiers les regardent partir en souriant.
A partir de ce moment-là, le défilé des sinistrés s'enchaîne, Thaïs, Emmy et les trois pompiers les écoutant attentivement. En fin de journée, vers les 17h30, les deux jeunes femmes décident d'aller se dégourdir les jambes. Elles passent sur le grand pont qui enjambe la rivière qui est sortie de son lit deux jours plus tôt. Elles s'appuient contre la barrière et soufflent un bon coup tout en regardant le paysage, modifié par les énormes vagues qui ont frappé le village.
— Regarde cette terrasse, commence Emmy. Elle va pas tarder à s'effondrer tu vas voir.
— Arrête de dire des conneries. Allez, on rentre au PC, je crois qu'on va pas tarder à partir.
Les deux jeunes femmes rebroussent chemin et retournent au poste de commandement, où elles retrouvent leurs collègues secouristes et pompiers. Ils discutent, libérant ainsi leurs esprits, et soulageant la tension qui règne depuis la veille.
— Excusez-moi, est-ce qu'il y a parmi vous ceux de la cellule socio-psy ?, demande une femme d'un certain âge.
— Oui, nous sommes ici !, dit Emmy en levant la main.
— Merci, je vais vous envoyer un couple qui est sous le choc, leur terrasse vient de s'effondrer, sous leurs yeux et ceux du Commandant des pompiers.
A la suite de cette déclaration, Emmy se décompose et déglutit difficilement. Elle jette un regard à son amie qui réagit de la même façon.
— Thaïs, je te jure que la prochaine fois, fais-moi fermer ma gueule.
— Oui pas de soucis.
— Les filles on part, lance le chef.
— Euh, pour nous ça ne va pas être possible. On va recevoir les propriétaires de la maison où la terrasse s'est effondrée.
— Ah d'accord. Et pour rentrer ? On doit prendre la VL.
— Ne t'inquiète pas Laurent, on s'en occupe, elles vont rentrer avec nous, sourit le Sergent-Chef...
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| THE DRIVERS & THE DRIVING INSTRUCTOR |
Fanfiction- Dans le cadre du Grand Prix de France, nous allons piéger une de nos fans..., sourit le pilote néerlandais en fixant la caméra devant lui. - Emmy suit la Formule 1 depuis sa plus tendre enfance et n'oublie jamais de regarder un Grand Prix, continu...
