Le vrombissement des moteurs résonne à travers la pit-lane. Ce bruit fait frissonner la brune dont le sourire ne cesse de grandir. Les yeux rivés sur les écrans, le cœur battant, l'adrénaline circulant dans les veines, Emmy vit à fond cette deuxième séance d'essai. Les tours s'enchaînent, le ballet des monoplaces dans la pit-lane est réglé comme du papier à musique et la partition se joue à la perfection. Les 90 minutes des Free Practice sont bientôt écoulées quand la monoplace de Brendon Hartley fait des siennes. Un début d'incendie sur la monoplace du Néo-zélandais se déclare, ce qui n'échappe pas à la brune dont les yeux sont rivés sur les écrans. À la vue des flammes, la jeune femme se raidit immédiatement, sa respiration se fait rapide mais ne voulant pas alerter tout le monde, elle tente de se calmer seule, ne laissant ainsi rien paraître.
Seulement, non loin de là, dans un des box de l'écurie Sauber, de l'agitation se fait entendre autour du jeune pilote monégasque.
— Mais laissez-moi passer ! C'est urgent !!!
— Charles reste calme s'il te plaît.
— Non il faut que je sorte d'ici. C'est très important et très urgent !!! Bordel !!!
Après quelques secondes de débat, les membres de l'équipe laissent passer le pilote qui court le long de la pit-lane, en tenue de course complète. Alors qu'il arrive non loin de la monitrice, cette dernière a les yeux toujours rivés sur les écrans, le visage pâle, le corps tétanisé. Christian se retourne, alerté par des cris, et découvre plusieurs membres RedBull qui essayent d'empêcher le Monégasque d'avancer un peu plus vers eux. Le numéro 16 arrive tant bien que mal à s'extirper des mécaniciens RedBull et prend immédiatement Emmy contre lui. A l'impact de son buste contre le dos de la monitrice, cette dernière vient buter contre la tablette, la faisant sortir de sa transe.
— Charles ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?, demande Emmy en se retournant.
— Shhh, ça va aller...
— Emmy ?, demande le numéro 3 qui vient d'arriver en courant avec le numéro 33 à ses côtés. Pourquoi tu es là Charles ? Pourquoi tu pleures Emmy ?
L'Australien a soudainement son visage très fermé, ses yeux passent de la brune à son concurrent, ne comprenant toujours pas ce qu'il fait là. Emmy sèche hâtivement les larmes qui ont tracé des sillons le long de ses joues, les bras du pilote monégasque toujours autour d'elle. Silencieux, le Néerlandais porte un peu plus d'attention aux réactions de la jeune femme puis porte son regard sur les écrans. Après quelques secondes de réflexion, le lien se crée et tout semble s'éclairer pour lui.
— Le feu. Elle a la phobie du feu.
— Qu'est-ce que tu racontes ?, demande Daniel en se tournant vers Max, un sourcil relevé.
— Regarde, dit Max en pointant les écrans du doigt. On voit la voiture d'Hartley avec des flammes. Et je sais que Charles et Emmy ont passé du temps ensemble à discuter cette après-midi. Elle a dû le lui dire et quand il a vu les flammes, il s'en est souvenu et il a de suite accouru pour la réconforter.
Pour toute réponse, Charles hoche la tête, la brune toujours entre ses bras qui se remet petit à petit de ses émotions. Christian, qui ne s'attendait pas à ses révélations, passe la main dans le dos de la monitrice.
— Écoutez les garçons, je reste avec Emmy pendant que vous allez vous changer. On fait comme ça ?
Les pilotes s'éloignent tout en jetant des coups d'œil derrière eux pour s'assurer que leur invitée va bien. Christian continue de passer sa main dans le dos de la jeune fille qui est maintenant assise, penchée en avant, les coudes posés sur ses cuisses, la tête entre ses mains. Elle reprend sa respiration tout en fixant le sol, sa crise d'angoisse s'éloignant au fur et à mesure des longues et profondes respirations qu'elle se force à prendre.
— Je suis désolée, finit par dire Emmy.
— Tu n'as pas à t'excuser, sourit le Team Principal de RedBull.
— Si, je sais que j'ai foutu le bordel dans le paddock. Alors je m'en excuse sincèrement.
— On ne pouvait pas savoir que tu avais la phobie du feu, tout comme on ne pouvait pas savoir que la voiture d'Hartley allait prendre feu. Ce n'est pas grave, ça arrive juste. Ce sont les aléas de la course. Tiens, tes gardes du corps arrivent, sourit Christian en montrant du doigt les garçons qui arrivent.
En effet, alignés à la perfection, Daniel, Pierre, Max et Charles arrivent d'un pas décidé vers le pit-wall, en habits civils ainsi qu'avec le polo de leurs équipes respectives. Emmy sourit difficilement, honteuse de la scène qui s'est déroulée devant les yeux de ses idoles.
— Aller viens avec nous, on va prendre l'air, sourit tendrement Pierre en tendant sa main à la brune qui la prend doucement.
Il l'aide à descendre du tabouret puis la soutient en passant un bras autour de ses épaules, Max récupère son sac avant qu'ils reprennent tous ensemble le chemin des paddocks. Alors qu'ils se dirigent vers les hospitalités situées derrière les garages, ils croisent le chemin d'autres concurrents.
— Apparemment, s'être tapé Verstappen le soir de son arrivée n'a pas suffi. Il a fallu faire une scène pour avoir l'attention des autres...
Seuls Pierre, Charles et Emmy ont compris ce qui venait d'être dit. Max s'est juste retourné à l'entente de son nom. La jeune femme voit noir et fait volte-face pour s'arrêter à quelques centimètres du pilote francophone.
— On t'a jamais appris à fermer ta gueule quand tu ne sais pas de quoi tu parles ?! Tu portes bien ton nom Ocon !!
La monitrice n'attend pas de réponse et rejoint le groupe de pilotes avec qui elle était quelques secondes auparavant. Ils poursuivent leur chemin vers le paddock, laissant en plan le pilote français de Force India Mercedes. Pierre, le bras autour des épaules de la brune, resserre son emprise tout en grognant.
— Je vais me le faire.... Je vais me le faire.
— Non tu ne feras rien du tout. Et aucun d'entre vous d'ailleurs. Il est hors de question que vous régliez vos comptes avec lui sur le circuit. Me suis-je bien fait comprendre ?
En voyant l'air sérieux d'Emmy, les quatre garçons opinent d'un même mouvement de tête. Ils sortent de l'enceinte du circuit pour prendre la direction de l'hôtel où tout le monde est logé. Le petit groupe se dirige vers le bar et s'installe dans des canapés. Ils commandent chacun leur boisson et Emmy opte pour une boisson chaude pour se remettre des émotions qu'elle vient de vivre. Le petit groupe est rejoint par le pilote espagnol de l'écurie Renault qui prend place aux côtés de la brune qui le salue. A la gauche de cette dernière, on retrouve le pilote français de Toro Rosso, puis sur le canapé en face d'eux, les deux pilotes de RedBull sont correctement installés. Entre les deux canapés, Charles est assis sur le fauteuil présent. Les pilotes et la monitrice sont en pleine discussion quand la musique du générique de la F1 se fait clairement entendre. Le jeune femme rougit en dégainant son téléphone et jette un coup d'œil à l'écran. Une photo de sa meilleure amie apparaît avec pour intitulé de contact : « JEANINE ».
— Carlos ? Ça t'ennuierait de répondre ? C'est ma meilleure amie... et tu es son pilote préféré.
— Avec plaisir, sourit ce dernier.
Le numéro 55 saisit le téléphone de la brune pour ensuite décrocher. L'image d'une femme aux cheveux bouclés bruns et une paire de prunelles bleue apparaît, l'air totalement paniqué apparaît.
— GERTRUDE ! DIS-MOI QUE TOUT VA BIEN ! J'AI VU LES IMAGES ET JE SAVAIS QUE TU ALLAIS MAL RÉAGIR MAIS...., débite la dénommée « Jeanine » sans s'apercevoir que ce n'est pas sa meilleure amie de l'autre côté de l'écran. GERTRUDE ! Tu es pas drôle d'avoir mis une photo de Baby Sainz devant l'appareil.
Emmy se retient péniblement de rigoler tout comme les pilotes numéro 10 et 16 qui comprennent parfaitement la conversation. Carlos réagit enfin quand il entend le surnom donné par la meilleure amie de la brune qui ne tarde pas à se faire entendre à nouveau.
— AAAAAAAAHHHHH, IL A TOURNÉ LA TÊTE ! Attends, tend, tend, si Carlos a bougé la tête c'est que c'est le vrai.... GERTRUDE !! RÉCUPÈRE DE SUITE CE TÉLÉPHONE !
Emmy finit par exploser de rire tout en récupérant son téléphone des mains imposantes de l'Espagnol avant de se remettre dans sa position initiale. Elle entraîne avec elle Pierre et Charles qui comprenaient la conversation depuis le début. Ces derniers expliquent la situation aux autres pilotes présents qui regardent la jeune femme avec un sourcil relevé.
— Non mais tu es sérieuse toi ??? Je me fais un sang d'encre pour toi, tandis que tu fais l'imbécile avec les pilotes.
— Désolée Thaïs, mais c'était vraiment trop tentant. J'avais Carlos sous la main. C'était le moment où jamais.
— Merci, maintenant il doit me prendre pour une folle.
— C'est pas ce que tu es déjà ?, rigole Emmy.
— J'imagine qu'il n'y a pas que Carlos avec toi.
— Non regarde. Les gars dites bonjour à Thaïs !
Pour toute réponse, les pilotes font un signe de la main vers Emmy qui avait changé la caméra de côté. Elle bascule à nouveau cette dernière vers l'avant. La brune remarque la grimace esquissée par sa meilleure amie et fronce à son tour les sourcils.
— Quelque chose ne va pas ?
— Donc tu es tranquillement en train de boire un chocolat chaud avec des pilotes... ok... Tu es en compagnie de Carlos, Max Daniel et Charles... mais tu peux me dire sur qui tu es appuyée ? Je vois qu'une partie de son épaule. C'est sûr que c'est pas une meuf, son épaule est trop carré pour que c'en soit une...
Emmy, qui n'avait pas porté attention à sa position, se relève immédiatement. Elle lance un regard désolé tout en rougissant légèrement au pilote qui lui sourit tendrement.
— Tu sais que tu peux rester, ça ne me gêne pas, avoue le français en la regardant droit dans les yeux.
— Tu es sur ?
— Bien sûr puisque je te le dis. Aller viens la, dit le brun en la tirant vers lui pour qu'elle se replace contre lui.
— NON MAIS J'Y CROIS PAS !! C'EST PIERRE GASLY !!! Mais ça va là, en fait tu te mets bien toi. Tu passes trois jours de rêve au Grand Prix de France, tu es entourée de pilotes et en plus tu te fais câliner par....
Sachant parfaitement ce que sa meilleure amie allait dire, la jeune femme serre son téléphone contre son corps pour éviter que les autres pilotes entendent les révélations de la brune aux yeux bleus. Elle relève l'écran vers elle en faisant de gros yeux pour faire comprendre à sa meilleure amie qu'elle devait se taire.
— Bon, je vais te laisser profiter. On s'appelle bientôt Gertrude et ne bave pas trop devant tu sais qui.
— Oui aller c'est ça Jeanine ! A la prochaine. Bisous !
Emmy raccroche puis souffle un bon coup avant de faire face aux cinq paires d'yeux qui la fixent. Elle rougit instantanément et c'est Charles qui coupe le malaise.
— Gertrude ? Vraiment ?
— C'est pas glorieux c'est sûr mais ce sont les surnoms que l'on se donne depuis que l'on se connaît. Mais je pense que tu es pas le mieux placé pour en parler... n'est-ce pas Perceval, sourit malicieusement Emmy en faisant danser ses sourcils.
— Ok, je capitule, rigole le pilote Sauber en levant les mains.
— Du coup, Jeanine est ta meilleure amie ?, demande Carlos.
— Thaïs, son vrai prénom c'est Thaïs. Et oui, c'est ma meilleure amie depuis quelques années maintenant et c'est moi qui lui ai fait découvrir la F1.
— C'est cool ça, sourit Carlos.
— Tu t'es remise de tes émotions ?, questionne Max en détaillant Emmy du regard.
— Oui, merci beaucoup, sourit timidement la monitrice en terminant sa boisson.
— Oh j'ai une idée !, s'exclame Charles.
— On t'écoute Lord Perceval, lance la brune en le regardant avec un sourire taquin.
Il lui lance un regard amusé avant de reprendre la parole en se relevant de son fauteuil.
— Et si on faisait découvrir à Emmy le paddock, maintenant qu'il n'y a personne de l'extérieur.
— Ouais bonne idée !, s'exclame Daniel en se levant à son tour.
L'ensemble du petit groupe rebrousse donc chemin et rentre à nouveau dans l'enceinte du circuit maintenant vide de tout spectateur. Ils vagabondent de stand en stand, saluant les autres pilotes présents avant de s'arrêter devant le stand Pirelli.
— Emmy, ça te tente un pit-stop ?, lance Charles en lui faisant un clin d'œil.
— Comment ça ?
— Regardes, ici tu prends la place d'un des mécanos, explique le Monégasque en lui tendant le pistolet.
La monitrice voit très bien où ce dernier veut en venir alors elle pose son sac aux pieds des pilotes avant de saisir le pistolet et de se mettre à genoux devant le véhicule qui se trouve devant elle.
— Non mais vous pensez vraiment qu'elle va réussir ? C'est une fille, elle va s'envoler quand elle va appuyer sur la gâchette, lance une voix qu'Emmy commence à avoir du mal à supporter.
Alors que Pierre ouvre la bouche pour pouvoir répliquer, la monitrice lui attrape la main et lui lance un regard qu'il comprend de suite. Il la referme instantanément tandis que les deux pilotes RedBull se placent aux côtés de la brune qui les regarde avec incompréhension.
— Ben quoi ? On t'aide à faire un pit-stop digne de son nom, rigole Max en saisissant le pneu présent sur le côté.
— Ok, Charles tu chronomètres ?, demande Emmy.
— Pas de soucis, vous êtes prêts ? Attention 3, 2, 1 c'est parti !
La jeune femme lève le pistolet et vise l'écrou central pour y enclencher la douille. Elle appuie sur la gâchette qui vient dévisser ce dernier, Daniel enlève le pneumatique tandis que Max le remplace par celui qu'il tenait dans ses mains. Emmy replace le pistolet pour revisser l'écrou avant de le lever en l'air, signe que le pneu est fixé. Le Monégasque arrête le chrono avant d'écarter les yeux en voyant le temps affiché : 2.9. La brune se relève, pistolet en main avant de s'avancer vers le pilote portant le numéro 31.
— Ne me sous-estime jamais. Je suis mécanicienne à mes heures perdues, sourit-elle en lui collant le pistolet contre son torse
La jeune femme quitte les lieux la tête haute et sans se retourner en compagnie du petit groupe de pilotes.
— Comment tu lui as fait fermer son clapet ! Oh je t'aime toi !, se réjouit Pierre en embrassant la joue d'Emmy.
— Ce que je vous ai dit tout à l'heure est toujours valable. S'il a un problème avec moi, c'est à moi de le régler. Pas à vous, c'est clair ??, dit-elle en regardant Pierre et Max d'un air sévère.
— OUI CHEF !, s'exclament les deux pilotes en cœur.
— Bon, je veux pas faire mon vieux, mais on devrait peut-être rejoindre les autres pour manger et se coucher. Il y a les qualifications demain.
— T'inquiète Carlos. Et puis tu n'es pas vieux, je te rappelle qu'on a le même âge.
— Tu es de 94 toi aussi ?
— Et oui ! L'année prochaine, on fait le quart de siècle !, rigole la brune.
— M'en parle pas, je suis pas prêt psychologiquement.
Le petit groupe reprend la direction de l'hôtel pour la dernière fois de la journée. Ils se dirigent vers la salle de restauration où ils y retrouvent une partie des autres pilotes. Emmy se retrouve face à Daniel, entourée par Sebastian Vettel à sa gauche et Romain Grosjean à sa droite.
— Ne te prive pas, choisis vraiment ce que tu veux, sourit Daniel en voyant la monitrice regarder sa carte.
— Je vais prendre une Salade Caesar s'il vous plaît, dit Emmy en donnant la carte au serveur. Je sais Daniel, vous me le répétez assez depuis que je suis ici. Si tu savais depuis combien de temps je rêve d'en manger une !
— Tu es sûre que tu ne veux pas des escargots ou des cuisses de grenouille ?, rigole Sebastian.
— C'est le meilleur moyen de me faire vomir. Beurk, avoue la jeune femme en esquissant une grimace qui fait rire les trois hommes qui l'entourent. Il faut vraiment arrêter avec les clichés sur les Français, n'est-ce pas Romain ?
— Enfin quelqu'un qui pense comme moi !
Quelques minutes plus tard, les plats sont servis et tout le monde commence à manger après s'être souhaité un bon appétit. Emmy déguste silencieusement sa salade, se délectant de chaque bouchée.
— Tu veux de l'eau ?, demande l'Australien en montrant la bouteille qu'il tient dans sa main.
— J'ai vu qu'il y avait de la San Pellegrino, j'en prendrais bien un verre s'il te plaît, demande la brune poliment.
— Pas de soucis. Pierre ! Est-ce que tu peux me faire passer la San Pel' s'il te plaît. C'est pour la Miss.
— Oui pas de soucis, dit le pilote français en saisissant la bouteille verte. Donne ton verre, je vais te servir.
— Merci beaucoup Pierre, remercie la brune en tendant son verre.
— De rien ma belle, répond à son tour le pilote en faisant un clin d'œil.
La jeune monitrice rougit discrètement tout en buvant un peu de son eau. Le repas se poursuit et Romain ainsi que Sebastian font de plus en plus connaissance avec la brune. Emmy ne cesse de remercier le pilote allemand pour le polo dédicacé.
— Mais Emmy, c'est normal. Tu n'as pas besoin de me remercier autant !
— Je sais, pour toi ce n'est pas grand-chose mais pour moi et pour lui tu ne peux pas savoir comme c'est important. Tu es une légende dans ma famille. Du bist ein Weltmaster !
— Tu parles allemand ?, s'étonne le numéro 5.
— J'en ai fait pendant huit ans. Mais je pense l'avoir perdu faute de le pratiquer.
— Mais c'est génial ! Allez, viens là !, sourit l'Allemand en ouvrant ses bras.
Le pilote Ferrari réconforte la brune pendant quelques instants avant de reprendre la dégustation de leurs plats qu'ils terminent peu de temps après. Les serveurs reviennent avec d'autres cartes contenant les desserts.
— Tu te laisses tenter par quoi ?, demande Romain à Emmy, cette dernière concentrée sur la lecture de la carte.
— Beaucoup de choses, rigole la monitrice. Mais je vais prendre une Panna Cotta aux fruits rouges. Et toi ?
— La même chose, tu veux de la San Pel' ?
— Avec plaisir. Je dois t'avouer que c'est mon péché mignon.
— De quoi ? La panna cotta ou la San Pellegrino ?
— La San Pel' c'est vraiment un truc que je boirais tout le temps, rigole Emmy.
— Je sais quoi t'amener si tu as soif. Ah ça fait du bien d'avoir une présence féminine avec nous et qui parle français, souffle le pilote français.
— Mais il n'y a pas que moi comme nana ! Il y a des femmes pourtant dans les écuries, et puis il y a les femmes des autres pilotes.
— Elles ne sont pas comme toi ou comme Marion, la plupart je ne les apprécie pas énormément.
— Ben pourquoi ?, s'étonne la brune.
— Parce que les autres ont pris la grosse tête et que toi tu es très simple, intervient une voix qui fait sursauter les deux français.
— Putain Charles ! Les gars, faut vraiment arrêter de me faire peur comme ça ! Je vais finir par mourir avant l'heure avec vous, souffle Emmy en mettant la main sur son cœur.
— Désolé ma belle. Je voulais pas te faire peur, s'excuse le Monégasque en se mettant accroupi pour être à hauteur d'Emmy. Je venais juste pour savoir si demain tu venais voir les essais de mon box ?
— Oui avec grand plaisir !
— Nickel ! Du coup tiens !, sourit grandement Charles en lui tendant un polo de son écurie.
— Merci beaucoup Charles !, remercie la brune en enlaçant le Monégasque.
— Bon du coup je vous laisse finir.
— Merci.
Charles se relève pour rejoindre sa place. Emmy enferme le polo de l'écurie Sauber dans son sac avant de se retourner et de finir de déguster son dessert.
— Et bien, c'est que tu fais des ravages auprès des pilotes!, rigole le pilote Haas.
— Mais de quoi tu parles ?
— Regarde, Charles qui vient te proposer de suivre les essais de son box, Pierre qui te fait des clins d'œil...
— Qu'est-ce que tu peux dire comme conneries, rigole la brune.
— Tu veux que je continue ? Ok... alors on en parle du saut de Charles lors des essais et tout ça pour venir te voir ?
— Mais...
— Oui Emmy, on l'a tous vu. Il était à la limite de se battre juste pour venir te voir.
— Mais...
— On a quoi d'autre ..., sourit malicieusement Romain en se grattant le menton comme s'il réfléchissait. Ah oui et les deux pilotes RedBull qui cherchent à savoir en permanence où tu trouves.
— Comment tu sais ça toi ?
— Je suis passé quand ils en parlaient. Et puis ils sont pas discrets, ils ne cessent de te regarder.
— N'importe quoi !!!
— On en reparle bientôt ? Je parie tout ce que tu veux que tu auras des nouvelles d'eux dès lundi. Je sais que vous allez rester en contact après ce week-end.
— Mouais.
— Excusez-moi Mademoiselle, mais désirez-vous un café ?, demande le serveur qui vient d'interrompre leur conversation.
— Il n'y a pas de mal, c'est possible d'avoir un thé à la place s'il vous plaît ?
— Bien sûr ! Qu'est-ce que vous souhaitez ?
— Si vous avez à la menthe ce sera parfait !
— Je vous amène ça de suite.
— Merci beaucoup Monsieur.
Non loin de là, à quelques places des deux français, deux hommes aux yeux clairs discutent également entre eux, le regard faisant des allers-retours entre leur assiette et la jeune femme.
— Je suis content qu'elle s'entende bien avec les autres, dit l'homme à l'accent néerlandais en prenant une bouchée de son dessert.
— Moi aussi, ce qui m'inquiète c'est le comportement d'Ocon envers elle.
— On va garder un œil sur elle.
— Oui. Mais par contre, tu as bien entendu, elle nous a formellement interdit de régler nos comptes sur le circuit.
— Et je pense qu'on va le respecter, je n'aimerais pas subir ses foudres.
— Tu m'étonnes, rigole le Français.
Du mouvement se fait sentir autour de la table et les pilotes se lèvent un par un pour rejoindre les chambres. Chacun se salue, sans oublier de venir dire au revoir à la seule présence féminine parmi eux.
— Bon et bien à demain, sourit le Monégasque en enlaçant la brune. Je suis sûr que le polo Sauber t'ira beaucoup mieux que celui de RedBull.
— On verra ça demain, rigole Emmy. Passe une bonne nuit Charles.
— Bonne nuit Emmy, et si ça ne va pas, tu m'envoies un message.
— Charles, je n'ai pas ton numéro...
— Tu regarderas un peu mieux le polo alors, dit le pilote Sauber en embrassant la joue de la monitrice suivi d'un clin d'œil avant de partir vers les ascenseurs.
— Bonne nuit Emmy !, s'exclame Carlos en l'enlaçant à son tour. Tu as des nouvelles de ta meilleure amie ? Elle a survécu à l'appel en visio ?
— Je pense qu'elle doit encore être en PLS, rigole la brune en serrant le pilote Renault à son tour. Bonne nuit Carlos !
Les pilotes des écuries RedBull et ToroRosso prennent la direction de l'ascenseur afin de rejoindre leur étage, et Emmy leur emboîte le pas. Ils se séparent sur le seuil des portes des chambres. Le premier à quitter le groupe est Hartley qui doit se remettre de ses émotions après son incident lors des FP2, suivi de près par Gasly qui enlace la brune. Le numéro 33 rejoint également sa chambre, laissant ainsi Daniel et Emmy qui se souhaitent à leur tour une bonne nuit. La jeune femme, une fois dans sa chambre, pose son sac sur son lit pour en sortir le polo offert par le numéro 16 un peu plus tôt dans la soirée. Elle le déplie et une carte en tombe. Elle rigole en pensant aux paroles de Charles, puis récupère le morceau de papier épais pour le lire et sourit en voyant que le numéro de téléphone du pilote y est inscrit. Elle le pose sur sa table de chevet avec son téléphone qu'elle met en charge avant de se diriger vers la salle de bain où elle en profite pour prendre une douche. Elle en sort quelques minutes plus tard, simplement vêtue d'une serviette autour de son corps et une autre maintenant ses cheveux humides. Elle se sèche rapidement avant d'enfiler un short noir ainsi que son t-shirt RedBull.
Emmy se faufile sous les couvertures et saisit son téléphone ainsi que la carte. Elle échange quelques messages avec le pilote monégasque avant de tomber de fatigue.
Dans une des chambres voisines, un pilote est sur son téléphone quand il perçoit de l'agitation dans la chambre de la monitrice. Il se précipite vers cette dernière, remarque que la porte est mal fermée puis rentre dans la pièce. Il constate que la jeune femme dort mais surtout qu'elle est plongée dans un cauchemar. Elle se débat contre elle-même et essaie de crier sans qu'aucun son ne franchisse ses lèvres. Le pilote contourne le lit pour y monter dessus, il parvient tant bien que mal à la prendre dans ses bras et à la serrer contre lui, la berçant lentement pour la rassurer.
— Shhhh, je suis là..., murmure l'Australien en prenant la tête de la Française pour la poser contre son torse.
La jeune femme se calme petit à petit pour se réveiller difficilement. Les larmes retenues par ses paupières closes coulent en abondance sur ses joues quand elle ouvre les yeux.
— Daniel... Qu'est-ce que tu fais là ?, demande la brune d'une voix rauque.
— Tu as fait un cauchemar...
— Oui, je sais, avoue Emmy en baissant la tête. Désolée de t'avoir réveillé.
— Je ne dormais pas.
— Mais comment tu as fait pour rentrer ?
— Dis donc tu poses beaucoup de questions pour quelqu'un qui sort d'un mauvais rêve, rigole l'Australien. Tu n'avais pas claqué la porte en rentrant.
— Désolée.
— Ce n'est pas grave Emmy. Tu veux en parler ?
— Je.... Je...
— Promis, je ne me moque pas. C'est généralement pas drôle de faire un cauchemar.
— Tu vas trouver çà certainement stupide, mais j'étais au volant de la voiture de Hartley. Enfin j'étais à sa place quand elle a pris feu. Ça s'est propagé et vous n'avez pas le temps d'intervenir. J'étais coincée et je me voyais mourir dans la voiture, avoue la brune en baissant la tête et ses larmes redoublent d'intensité.
— Oh non Emmy, souffle le pilote en resserrant son étreinte autour de la jeune femme.
— Je suis vraiment désolée.
— Il faut vraiment que tu arrêtes de t'excuser pour rien.
— Tu devrais aller te recoucher. Je te rappelle que tu as les qualifications demain.
— Et alors ?
— Tu vas être fatigué et c'est hors de question que tu rates tes qualifications par ma faute.
— Tu sais ce qu'on va faire ?
— Non mais tu vas le dire.
— Je dors ici, avec toi.
— Non mais non, si je fais un autre cauchemar.
— Raison de plus, je pourrais intervenir plus rapidement, sourit Daniel en se glissant sous les couvertures.
— Mais...
— Mais rien du tout, maintenant tu t'allonges et tu viens là, dit l'Australien en fermant les yeux et en ouvrant ses bras pour que la jeune femme s'y mette.
La jeune femme capitule, comprenant parfaitement que le numéro 3 ne dormira pas dans sa chambre ce soir. Elle se blottit contre lui avant de sombrer à nouveau dans les bras de Morphée.
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| THE DRIVERS & THE DRIVING INSTRUCTOR |
Fanfiction- Dans le cadre du Grand Prix de France, nous allons piéger une de nos fans..., sourit le pilote néerlandais en fixant la caméra devant lui. - Emmy suit la Formule 1 depuis sa plus tendre enfance et n'oublie jamais de regarder un Grand Prix, continu...
