Alma
Je sens ma cage thoracique se compresser fortement, mon souffle s'accélérer, des picotements envahissent mes membres. Il commence à faire chaud, beaucoup trop chaud. Je sens un filet de sueur perler sur ma lèvre supérieure.
Je sens mon cœur battre de plus en plus fort dans mes temples. Je ne contrôle plus rien. La panique me prend, la peur me tord les tripes et retourne mes boyaux. Je tremble de la tête aux pieds.
C'est reparti pour une énième crise d'angoisse.
Ma respiration se bloque dans mes poumons et un goût âcre envahit ma bouche. Je cours dégurgiter le contenu de mon estomac. L'acide me brule d'œsophage, et je suis encore prise de tremblement quand je me relève pour me brosser les dents.
Je n'ai rien n'avalé depuis 3 jours, mis à part de l'eau qui me donne la sensation d'éteindre le feu qui me consume de l'intérieur.
Mon reflet m'arrache une grimace, lorsque je remarque les cernes violacés qui entourent mes yeux ternes. Mon teint autrefois frais et lumineux me paraît terne et livide. Mes joues rebondies se sont creusées et me donnent l'air morne.
Je me recroqueville sur le tapis du salon, et me berce d'avant en arrière en me répétant que tout va bien se passer, ce n'est qu'un cauchemar. Bientôt je reprendrais le travail, je sortirais boire un verre, je pourrais faire mon petit footing du dimanche... Je reprendrais une vie normalement banale.
Ce qui m'angoisse et me frustre le plus c'est de ne pas savoir pourquoi est-ce que ces personnes sont à ma recherche, qu'est-ce que j'ai bien pu faire. Et entre nous, ces hommes-là n'ont pas l'air commode, ils ressemblent fortement à une organisation criminelle... la mafia surement, mais qu'est-ce-que j'ai à avoir avec eux ?
Dio mio !
Ils veulent me tuer ?
Qui est-ce qui pourrait m'aider ? Mon père souffre d'insuffisance cardiaque sévère et j'ai bien trop peur qu'il ne lui arrive quelque chose si je lui raconte mon problème. Ma mère c'est inenvisageable, elle irait directement le raconter à mon père avant qu'elle-même fasse un arrêt cardiaque.
Je suis fille unique et je n'ai que des connaissances éloignées. Je suis vouée à être seule et finir seule.
Je ne contrôle plus le flot de larmes que je retiens depuis bien trop longtemps. Les larmes déferlent les unes après les autres pour disparaitre dans mon cou. Je les essuies du dos de la main et tente vainement de réfléchir à une solution pour me sortir de ce problème.
Mais oui bien sûr !
Je me relève en vitesse, en trébuchant maintes fois avant d'atteindre mon téléphone. Je recherche dans les contacts un nom précis, mais ne le trouve pas. Toutes mes données ont été perdues dans mon ancien téléphone...
Mais je me rappelle avoir un petit agenda ou je note les numéros telle une grand-mère, ma mère se moquait souvent de moi. Ce souvenir, m'arracha un sourire en coin.
Je le retrouve rapidement dans ma chambre. Je l'ouvre et recherche dans la lettre P...
Pedro !
Je compose le numéro de mon cousin du coté de mon père, le cœur battant la chamade. Pedro vit en Sicile, et il est connu dans la famiglia pour être dealeur. Je ne sais pas s'il pourra vraiment m'aider mais au point où j'en suis...
Au bout de la 4ème sonnerie, il daigne enfin à répondre.
- Pronto (Allo) . Dit-il d'une voix rauque.
- Pronto Pedro. Dis-je d'une petite voix. C'est Alma, j'ai besoin de ton aide...ma voix se brise sur le dernier mot que je prononce. Je sens les larmes se déverser à nouveau...
- Alma, come va ? dimmi mia sorella (comment ça vas, dis moi ma soeur) . Dit-il doucement
Mes pleurs augmentent, tant l'espoir fait vibrer mon cœur.
- Je...je...je suis perdue Pedro. Je comprends rien, je n'ai rien fais... Ils me cherchent... Ils vont me tuer. Continuais-je dans un sanglot.
- Va bene (d'accord), calme-toi sorella, personne ne vas te tuer. Raconte-moi tout, je vais t'aider.
Je lui raconte alors tout ce qui s'est passé depuis mon emménagement à Naples, en passant par l'agression, aux trois hommes armés dans la boulangerie et en finissant par les deux 4x4 qui sont garés au bas de mon appartement depuis trois jours.
Je suis souvent interrompue par mes sanglots qui me provoquent de terribles tremblements et me compressent la poitrine m'empêchant de respirer correctement.
Un soupire provenant de mon interlocuteur se fait entendre dans le combiné.
- Va bene, je vais me renseigner comme je peux mais en attendant, tu ne sors pas de chez toi, tu n'ouvres à personne et surtout tu ne regardes pas par la fenêtre, éloignes toi le plus possible des fenêtres et fermes les stores. Tout vas bien se passer sorella, n'ai pas peur.
- Pedro, j'ai tellement peur. Peur de ne plus jamais revenir, de ne plus jamais voir ma famille...continuais-je d'une voix brisée.
- N'ai pas peur, je ne te laisserai pas seule sorella. On n'oublie jamais la famiglia. Reposes-toi, tu auras besoin de force les jours à venir. Je te tiens au courant dès que j'ai plus d'information. Va bene ?
- Va bene, grazie Pedro.
Une douleur lancinante me prend au cœur lorsque j'entends le bruit de tir dehors. Mes mains deviennent moites lorsque je m'approche prudemment de la fenêtre. Me rappelant les paroles de Pedro.
Je m'éloigne de la fenêtre et contiens ma curiosité. En emménageant ici, j'ai cru comprendre que le quartier été paisible, sans dealeurs, sans quelque conque danger.
Ces tirs me sont sûrement destinés, pour m'intimider... mission réussie, je suis plus qu'intimidée, je suis pétrifiée !
J'anticipe la crise d'angoisse qui pointe son nez, en réalisant des exercices respiratoires. Ce coup de fil m'a redonné un peu d'espoir. Je ne sais absolument pas le poste qu'occupe Pedro au sein de son organisation, mais il va surement m'aider, enfin je l'espère.
Je me rassure comme je peux en fixant la porte d'entrée. Je l'ai verrouillée à triples tours et j'ai même placé la commode du couloir devant, même si je me rends bien compte du ridicule de la situation, ça me rassure d'avoir une sécurité en plus devant ma porte.
Je me dirige alors vers la cuisine prise d'un élan de courage, je récupère tous les couteaux du tiroir et les places un peu partout dans la maison. Une grosse et lourde casserole dans les mains, je me sens prête à affronter n'importe quel homme.
Je suis bien consciente de mon absurdité, mais c'est le seul moyen pour moi de me protéger. Je n'ai malheureusement pas d'arme chez moi. Je pourrais bien regarder sur internet un tuto pour fabriquer une arme de fortune, mais je n'ai ni le moral ni la patience pour ça.
Je m'assois alors sur le canapé, ma casserole d'un côté et un couteau de l'autre. Je lutte contre les bras de Morphée qui m'appellent depuis trois jours déjà. Je ferme un œil, laissant l'autre détailler la pièce, puis l'autre. Je m'aventure alors dans un sommeil agité de cauchemars.
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Obsession destructrice
ActionUne obsession. Un mystère. Son âme apaise mes tourments mais sa présence déchaine mes démons. Il me berce pour dormir mais hante mes pires cauchemars. /// contenu violent et mature /// Œuvre commencé le 14/05/2022
