Chapitre IX

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Alma

Ma tête bourdonne désagréablement, et une douleur aiguë me scie les poignets. J'essaie de regarder d'où provient cette douleur mais ma vision ne me le permet pas. Les souvenirs me reviennent alors et je m'écroule sur ma chaise en pleurant en silence. 

J'ai honte, terriblement honte.

Mais pourquoi il me met une cagoule ? J'ai l'impression que je vais devenir folle à ne pas savoir ce qui m'entoure. Tellement de questions se bousculent dans ma tête, je suis dans l'incompréhension totale.

Qui est ce Dí Maria ? Si seulement je pouvais le savoir, ils me libèreront alors. Mais je ne connais pas de Dí Maria, c'est une affreuse erreur, et j'en suis la victime. Je ne sais même pas si je vais sortir d'ici vivante. 

Comment lui expliquer que je ne le connais pas, qu'il a dû se tromper de personne. J'ai bien essayé avant que ... avant que ...mes pleurs redoublent en repensant à la scène qui me hantera à vie. Tout cela j'ajoute à ma collection de traumatisme envers les hommes. 

Ces hommes, ces porcs qui se masturbaient sur mon visage sous le regard malsain du Figlio di puttana qui m'a parlé et qui je suppose est leur capo. 

Ce n'est pas la vie que j'avais imaginée. Je voulais juste vivre heureuse, avoir le boulot de mes rêves, adopter un chat et faire ma vie avec lui. Mais le destin en a décidé autrement, me voilà emprisonné je-ne-sais où, à attendre patiemment ma mort.

Mes parents doivent être tellement inquiets... mon pauvre père, j'espère qu'il va bien, que son coeur va tenir le choc. Au moins, je partirai avant eux, je ne vivrais pas leur départ comme je l'ai toujours redouté.

Et Pedro, j'espère que je ne lui ai pas créé de problème en lui demandant de se renseigner sur ma situation. Même si nous n'étions pas très proches, je le considérais comme le frère que je n'avais jamais eu.

Mon coeur se serre à la pensée de partir sans leur avoir dit aurevoir. La douleur au niveau de mes bras m'arrache un cris quand je bouge un peu pour me replacer correctement.

J'ai atrocement mal. Je ne sens plus mes jambes, mes poignets sont sciés par les liens qui les retiennent, mes bras sont tellement engourdis que j'ai l'impression qu'ils s'arrachent de mes épaules. 

J'ai faim, terriblement faim. Ma gorge me brûle et mes yeux sont tellement gonflés par mes pleurs qu'il m'est presque impossible de les ouvrir.

Mon ventre se retourne dans mes entrailles tellement j'ai la nausée. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là, mais je survivrai sûrement pas plus d'un jour supplémentaire.

Dí Maria qui es-tu ? Regarde à cause de toi ce que je subis... je ne te connais même pas.

Depuis mon arrivée à Naples, je ne tombe que sur des psychopathes, l'agression et maintenant ce monstre aux yeux verts.

Un bruit me sors de mes pensées, une porte qui grince et des pas qui s'approchent de moi. Mon coeur bat plus vite et je sens mes mains devenir moites.

Une chaise est tirée, et je sens une présence en face de moi, assise je suppose. Je devine aisément que c'est l'autre au yeux verts. Son aura est intimidante, il dégage de la cruauté et de la puissance. Il me fait peur, extrêmement peur.

Je retiens mon souffle quand je sens quelque chose m'approcher, une main ? Une arme ? Je ne sais pas à quoi m'attendre.

Un frisson d'effroi me traverse lorsque je repense à la main sectionnée de l'homme mort qui m'a caressé la joue. Je suis secoué par un violent haut de coeur à ce souvenir. 

Je sens sa main prendre le bout de ma cagoule et la tirer de manière à ce que mon visage soit dévoilé. Je sens mes cheveux devenus gras me coller au visage, j'ai chaud et sens des gouttes de transpiration perler au niveau de mon dos.

Je baisse ma tête pour éviter son regard empli de haine. Mes yeux se brouillent de larmes quand je vois mon haut déchirer, laissant apercevoir ma brassière noire. Je ne peux même pas me couvrir, mais mains sont attachées.

Je me sens tellement faible, tellement vulnérable et tellement humiliée.

Une main se pose sur mon menton. Je recule comme je le peux, je ne supporterais pas qu'il me touche non !

Il s'avance visiblement contrarié et me saisit à nouveau violemment le menton, de manière à lever mon visage pour affronter ses pupilles tranchantes. J'ai l'impression qu'elles contiennent toute la haine du monde.

J'y lis de la colère mais aussi de la peine, une peine bien cachée. Une peine tellement bien cachée que même lui ne doit pas la voir.

Je la connais tellement bien cette peine, cette douleur oppressante qui ronge de l'intérieur, j'ai vécu avec pendant de longues années, pensais-je.

Je me rends compte alors qu'on se fixe comme des fous furieux depuis maintenant quelques minutes.

Gênée, je détourne le regard vers sa main qui agrippe fermement un élégant couteau de chasse de couleur noire. C'est donc avec cette lame que je vais rendre mon dernier souffle?

Je retiens un sanglot en m'imaginant un tas de  scénarios sanglants. Je ferme les yeux fort, retiens mon souffle et attend qu'il me poignarde et me laisse me vider de mon sang.

Mais rien, il veut peut-être me sectionner un membre. J'en tremble de la tête aux pieds rien qu'en imaginant la douleur.

- Per favore, tuez-moi d'une balle dans le crâne, je ne veux pas souffrir. Suppliais-je d'une faible voix.

Il ne dit rien, le regard toujours fixé sur mon visage, il m'observe attentivement. Il caresse ma joue avec sa lame froide.

- Tu ne veux pas souffrir mais moi je veux te voir souffrir dolcezza. Dit-il sans ciller.

Il ne détourne pas le regard de mon visage.

Il fait glisser la lame sur mon menton, sur mon cou, entre mes seins et finit sa route sur mon ventre, près de mon nombril.

Je l'entends prendre une grande inspiration.

- Dis-moi ce que je veux entendre. Quelle était ta relation avec Dí Maria ? Que t'a-t-il dit avant de mourir? Dit-il sur un ton impassible.

Aucunes émotion ne traverse ses traits, il reste imperturbable.

- Je ne connais pas de Dí Maria, je vous en prie croyez-moi. Réussis-je à chuchoter malgré ma gorge sèche.

La lame froide transperce la peau de mon ventre nu et m'arrache un crie effroyable qui résonne dans la pièce. La lame sort de ma peau et la retransperce encore une fois, comme s'il dessinait quelque chose sur ma peau. 

Je hurle de douleur et me tortille pour échapper à la mutilation de ma peau.

Le souffle coupé, ma gorge en feu, je sens mes yeux fatigués par tant d'émotion.

- Non, non tu ne pars pas maintenant, j'ai encore besoin de toi dolcezza. Dit d'une voix qui me semble beaucoup trop loin.

Une douleur au crâne me tire de ma trans. Mes cheveux dans ses mains, il lance durement.

- Dimmi Alma ! Je suis plus que patient avec toi. S'emporte-t-il.

- Je ne me souviens de rien, ...je sais pas, ... je le connais pas... le médecin m'a dit ma mémoire... je sais pas...articulais-je luttant contre le brouillard présent dans mon cerveau. 

Je tente de rester lucide, mais la douleur est beaucoup trop épuisante.

Il se lève, porte la lame à sa bouche et lèche le sang présent sur l'arme tout en me fixant intensément. Un frisson de dégoût me traverse.

- J'ai dessiné un « E » sur ton ventre, comme ça tu garderas à vie une trace de moi. Dit-il calmement en s'éloignant.

Je sens ma tête partir en arrière et mon souffle se couper. 

Obsession destructriceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant