Les glycines se réveillaient au moins d'avril pour enlacer la pergola de leurs bourgeons fragiles. Ces mêmes bourgeons qui pleuvaient sur la table pour laisser fleurir un ciel timide de printemps. Des grappes de pétales venaient alors orner les tresses de bois, teinter les souvenirs enjoués d'une brume violette d'un début d'été. L'enfance, d'un mauve délavé, progresse doucement sous la chaleur écrasante d'un temps où le glycines ont cessé de fleurir.
Petite, j'aimais voir les fleurs émerger. Maintenant, je les vois par terre, piétinées. Quand je lève les yeux, je vois les fruits que je ne peux pas attraper. Quand j'aurai assez grandis ils seront déjà écrasés. Dans un lit de fleurs fanées, de fruits trop mûrs, je me tiendrai debout pour regarder les ramures nues des arbres morts quand seront tombées les dernières feuilles d'or. Sans fleur, sans fruit et sans feuille, il ne reste plus que le ciel à voir. Je me demande ce que ça me fera d'observer pleinement le bleu fatal de mon testament sans m'être jamais embaumée du parfum des fleurs, sans avoir goûté aux fruits avant leur chute, sans avoir dansé sous la lueur des arbres qui se meurent. Le temps passe comme si je n'existai pas, et la neige amnésique du souffle mortel étouffera mes paroles. Je pourrai crier mais je ne le fais pas et j'attends le temps qui passe, les fleurs qui fanent, les fruits qui murissent, les feuilles qui tombent, la neige qui se pose sur le lit d'un monde où je n'existe pas. Ne cherchez pas les traces de mes pas : dans ce monde, j'observe et vis comme si je ne vivais pas.
image: Monte Carlo: vue de Roquebrune, de Claude Monet
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Si le monde m'entendait
PoésieVoilà ce que le monde entendrait si mes pensées devenaient sons. Poésies de réflexion d'un miroir fracturé qui laisse entrevoir une vie d'observateur troublé par son propre monde intérieur. Poésies nocturnes auxquelles n'échappent pas le Soleil tart...