VI- UNE FACE CACHÉE

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Mars, Las Vegas, États unis

J'ouvre délicatement les yeux, peu pressée de revenir à la réalité. Mes paupières s'ouvrent finalement sur la chambre que je côtoie chez Ace, ainsi qu'un matériel médical disposé sur la commode.

Une chaise, dans un coin, est occupée par un jeune homme, qui m'est jusque là inconnu. Il a les cheveux en bataille, et ses lunettes mangent la moitié de son visage. Il porte une blouse blanche, et a un air professionnel.

Est-ce un médecin ? Il consacre visiblement toute son attention sur son téléphone dans sa main, qui projette des ombres fugaces sur son visage.

Je tourne ma tête de l'autre côté de la pièce : aucun signe d'Ace. Ok, ça commence bien... Je me racle la gorge pour capter l'attention de l'individu. Il se redresse instantanément, et en laisse tomber son appareil au sol.

Il me dévisage, de ses prunelles vert émeraude. Je constate ses cernes, preuve qu'il a veillé sur moi, le temps de mon inconscience. Contrairement à l'autre gaillard qui me sert de kidnappeur.

Aucun indice ne me permet de savoir l'heure qu'il est ; les volets sont fermés, et aucune horloge n'orne le mur. Il s'approche légèrement de moi, et me fait un signe de tête interrogateur.

Je lui réponds de la même manière, silencieusement, et il commence à m'inspecter. Au bout d'une dizaine de minutes que je passe à fixer le plafond, il prend finalement la parole :

-Tu as l'air de t'être bien rétablie... cependant, ton corps s'est affaibli ces derniers temps, et il n'est pas prêt de s'en remettre, du moins pas tout de suite. Essaye de bouger le moins possible, de te déplacer uniquement pour aller manger, ou faire ta toilette. J'ai ordonné à Ace de prendre soin de toi ses prochains jours. Et, également... j'ai peur qu'en faisant un malaise, si dorénavant cela se reproduisait, bien entendu, tu te cognes la tête en tombant... c'est pourquoi je lui ai aussi demandé de rester avec toi, tout le temps. Il ne te quittera sous aucun prétexte. J'espère avoir été clair.

Je m'immobilise, ébahie. Mon monde s'écroule. Encore une fois. Je souhaite avoir mal compris... Alors que j'espérais échapper le plus possible à sa présence en restant enfermée dans la chambre, le médecin m'annonce qu'il ne devrait plus me quitter ?

Si j'en avais la force, des larmes rouleraient le long de mes joues. Mais le poids de ses révélations me permettent juste de tourner la tête, pour enlever le visage de cet homme de mon champ de vision.

Alors que j'allais reprendre la parole, Ace ouvre la porte, grand sourire. Quand il m'aperçoit réveillée, il s'assied sur le lit, à mes côtés :

-Je vois que t'as fait la rencontre de Marius... t'as appris la bonne nouvelle ? Toi et moi, on se sépare plus !

Son comportement est lunatique... je peine à le comprendre. Je grogne de mécontentement, ce à quoi il répond par une grimace enfantine. Le dénommé Marius quitte finalement la pièce, nous laissant seuls. Et merde... Mon calvaire commence.

(...)

Accoudée à l'îlot central, je l'observe à la dérobée. Je me mords la lèvre ; une question me brûle la langue, mais je m'efforce de la retenir. Au bout du compte, je cède :

-Pourquoi, les premiers jours, tu agissais comme un salaud, et, maintenant, t'es... normal ?

Si ce dernier mot me coûte, je n'en laisse rien paraître. Il me détaille de son air amusé, et réplique :

-On est tous des diamants. On a tous nos faces cachées. Bah ça... c'est ma face cachée. Et, tu sais, au fond, j'aime pas jouer les gros durs. C'est le métier qui l'impose.

Somebody ElseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant