Mercredi 29 septembre, 10 :45, Paris 1er
On m'a souvent dit que les gens qui te font le plus de mal, sont ceux que tu aimes. Ils avaient raison. Je l'avais aimé, et aujourd'hui il m'a détruite comme je ne l'ai jamais été. Il m'a salie, souillée, abusée comme une vilaine poupée. Je n'étais qu'un jouet à sa disposition, et je haïssais cela.
Il avait saisi mon cœur entre ses grosses mains et l'avait détruit comme un vulgaire vase. Je n'étais qu'un objet avec lequel on pouvait s'amuser jusqu'à le détruite. Rien qu'un objet, un simple et insipide objet.
Je n'avais pas écouté le cours une seule minute, l'esprit bien trop ailleurs pour penser aux études linéaires. Des larmes noyaient mes yeux bruns et ses doigts en moi me revenait en tête comme un film interminable. Il avait abusé de moi et seuls Ilan, Eden et moi étions au courant. On détenait la clé de mon secret. Nous étions tous les trois possesseurs d'un souvenir traumatisant et douloureux, et j'aurais prié tous les dieux pour ne jamais devoir le partager avec Eden.
Il était là, assit à quelques mètres de moi, buvant les paroles de notre prof. Il avait peut-être déjà oublié. Il avait très certainement honte de moi et ne voudrait plus jamais me reparler, et je l'avais mérité. Qui voudrait être en lien avec quelqu'un comme moi ? Quelqu'un qui est mort à l'intérieur et qui ne voudra probablement jamais qu'on la retouche même avec un balai.
Je suis morte. Mon âme a quitté mon corps et désormais mes démons qui luttaient avec elle sont libres de me hanter jusqu'à me posséder. Je ne suis plus qu'un pantin, une poupée. On me tient par des fils et on me manipule comme un robot.
Il me fallait une aide. Liam avait raison, j'avais besoin d'aide plus tôt, mais désormais, je suis tellement détruite que même de l'aide ne m'aiderait pas. Je ne suis plus au pied d'une colline, au plus bas de la plaine. Non, aujourd'hui, en cet avant dernier jour de septembre, je me retrouve au pied d'une falaise, isolée du monde.
Seule. Je suis seule et j'essaye de me battre contre tout, mais je n'y arrive plus. On m'a vidée, ils m'ont eue, mes démons. Ils me possèdent, Ilan me possède. Je suis à lui, quoi que je veuille, quoi que je fasse. Il a marqué mon corps au fer rouge, à l'encre indélébile. C'est ici que je m'arrête dans ma conquête du bonheur. C'est fini, je ne serai plus jamais moi.
Mercredi 29 septembre, 12 :30, Paris 1er
La fine pluie me tombait sur la tête et je regardai d'un œil distrait les lycéens manger. L'odeur de l'humidité était légère mais elle suffisait pour m'apporter ce sentiment d'insalubrité constant. Les secousses de vent n'amélioraient rien et de plus, j'était seule. Encore et toujours, seule.
Ça ne me faisait plus rien, il avait déjà réussi à m'avoir, alors que ce soit une, deux, trois ou plusieurs milliers de fois ne changera rien à mon état. Ou peut-être que si, finalement. Peut-être que je serai réellement morte, peut-être me sentirai-je vivante. Dans ma tête tout se bouscule et ma raison se laisse dépasser.
Je pense à des choses impardonnables, mais au fond, qui peut m'en vouloir ? Le monde entier me déteste. Mes amies ne me parlent plus, ma famille ne me parle qu'une fois par jour pour aller manger ou me demander si j'ai fait mes devoirs, et Eden me hait comme au premier jour.
Se sentir bien nulle part est le pire sentiment qui ait été créé, et je ne le ressentais plus il y a quelque temps. Il a tout gâché.
Assise devant mon plateau, sur une table de pique-nique au fond d'un renfoncement, je regarde mon repas, en espérant qu'il se dissipe sous mes yeux. La faim ne me prend pas, je me noie avec ma salive. Mon estomac est retourné, il se tord devant la viande et les pommes de terre.
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HOPE
Storie d'amoreLors de son adolescence, Hope Diaz, une jeune lycéenne fraichement diplômée, entame une nouvelle vie. Car lorsque celle-ci va faire son entrée dans le monde des « grands », son quotidien déjà bien instauré prend une tournure angoissante. Hope renco...
