- Mes chéries... Je ne sais pas ce que je ferai sans vous.
En s'approchant, Lina constata que Faris s'occupait avec tendresse d'un bac de jeunes pousses fragiles. Il les nourrissait et les enduisait de toutes sortes de produits à l'aide de pipettes minuscules et autres outils de pointe car ce n'étaient pas des plantes ordinaires.
Leurs feuilles épaisses et grasses se gonflaient de Vitalisme une fois passé un certain âge et il était particulièrement ardu de les récolter sans tuer la plante.
- Amarillyas Andromaques. Les plus parfaites créatures en cette terre...
Les yeux clairs de l'homme brillaient d'admiration et d'amour pour les plantes qu'il prenait soin de bichonner à l'aide de gants protecteurs quand soudain, la porte de la serre claqua dans son dos. Il sursauta avant de faire volte-face pour rabrouer l'intrus qui avait osé le déranger dans ses soins délicats.
- Ah c'est toi Lina, bougonna-t-il avant de se reconcentrer sur son travail. J'imagine que tu n'es pas venue jusqu'ici pour m'aider.
Lina apparut dans les ténèbres, les cheveux légèrement plus courts retenus en une natte finement ciselée sur son épaule. Son regard brûlait de haine et de détermination face à l'attitude peu accueillante de son père. Elle s'apprêtait à en découdre.
- Pourquoi as-tu déprogrammé mes vacances à la maison ? explosa-t-elle sans parvenir à contenir sa colère.
- Tu as besoin de révisions. Tes résultats du dernier semestre sont en baisse et tu ne dois pas relâcher ton attention avant tes examens de fin d'année.
La jeune fille d'un tempérament normalement mesuré poussa un feulement de rage en donnant un violent coup de pied dans un saut en fer qui s'écrasa avec vacarme.
Faris se retourna une nouvelle fois en foudroyant sa fille du regard.
- J'ai besoin de quitter l'Académie ! Et toi tu comptes m'obliger à y rester tout l'été pour réviser ?
Ses narines se dilatèrent sous l'effet de la colère exactement comme sa mère lorsqu'elle était hors d'elle, et Lina du présent ne put que constater leur ressemblance frappante. Elle baissa lentement le bout de sa lame pour mieux s'absorber dans le souvenir.
- Calme-toi ou je te jette dehors, gronda Faris en tempérant sa voix.
Lorsqu'ils s'affrontaient ainsi, Lina et Faris ne parvenaient jamais à régler leurs différends car la colère était un trait héréditaire bien ancré chez le père et la fille.
- Non je ne vais pas me calmer ! hurla-t-elle au bord de l'hystérie. J'ai besoin de mon temps toute seule, pour écrire ! C'est si difficile à comprendre ?
- Tu pourras parfaitement écrire à l'internat, tempêta son père. Je sais que tu perds déjà beaucoup de ton temps libre à le faire. Et c'est précisément la raison pour laquelle tu dois rattraper ton retard ! Je ne saurai tolérer que ma fille soit un échec.
- Comme son bon à rien de frère ? compléta-t-elle en s'approchant assez près de lui pour sentir la chaleur irradier de son corps.
- Je n'ai jamais dit ça, gronda-t-il les dents serrées. Si tu ne te calmes pas immédiatement, je te jure que je te fais sortir d'ici moi-même.
Le père et la fille s'affrontaient du regard en dégageant de fortes auras hostiles l'un envers l'autre. Rares étaient les bons souvenirs partagés ensemble, et celui-ci n'en faisait résolument pas partie.
- Alors c'est donc ça... souffla Lina en sentant des larmes d'impuissance inonder ses yeux. Tu préfères me bannir de la maison plutôt que d'affronter tes propres travers. Comme tu l'as toujours fait avec Duncan !
Cette dernière vague de reproche fit céder une barrière dans l'esprit de Faris qui ne se remit en place qu'une fois sa fille projetée au sol. Elle se tenait le visage en pleurant, un regard de pure haine peint sur son jeune visage encore épargné par le deuil. Toutefois, elle apprit ce jour-là ce que pouvait être la haine envers ses propres racines.
- Pardonne-moi Lina, s'excusa Faris en tentant de la relever.
- Lâche-moi ! rugit-elle si fort qu'il recula d'un pas.
Les carreaux de la serre vibraient sous l'intensité de leurs émotions et toutes les végétaux ressentaient le Vitalisme de ces deux êtres parcourir leur membrane sensible. Les plantes étaient témoins du déchirement de cette famille, sans savoir qu'elles finiraient abandonnées à leur triste sort.
- Tout ça est de ta faute. Si Duncan et maman te détestent c'est uniquement parce que tu n'as jamais rien fait pour les garder près de toi. Tu finiras tout seul, comme un vieux débris au milieu de tes plantes et personne ne sera là pour les voir bouffer ta carcasse abandonnée !
Sur cette dernière salve meurtrière, la jeune Lina déserta les lieux en pleurant. Laissant Faris immobile et brisé dans sa serre adorée. Étrangement, le souvenir ne disparut pas immédiatement et la Lina du présent s'approcha doucement de l'image de son père.
Il pleurait en silence, le visage stoïque et le menton légèrement tremblant. Les mots durs de sa fille n'avaient pas laissés Lina indifférente. Elle se rendit compte de leur impact indélébile sur son père et l'accuser de tous les maux de leur famille était cruellement injuste. Chacun avait sa part de responsabilité dans cet échec, pas uniquement la figure paternelle, aussi imparfaite soit-elle.
- Tu as fais de ton mieux papa, murmura-t-elle en posant une main sur sa joue éthérée.
L'homme ne put ressentir cette caresse car il n'appartenait pas au même plan que Lina, pourtant il sembla se crisper et retenir sa respiration.
- Je suis désolée ma puce... Tu mérites bien mieux comme père, murmura-t-il à voix haute.
Ses yeux ne fixaient pas ceux de Lina, mais s'il le pouvait il verrait sa fille lui rendre un regard plein d'une tendresse oubliée. Le temps avait cicatrisé ses plaies et la maturité acquise dans le monde lui avait permis de relativiser le comportement de son père dans son enfance.
- J'ai eu le meilleur père que je pouvais avoir, répondit-elle en souriant.
Faris étira ses lèvres dans un fin sourire avant de s'essuyer les yeux et de disparaître comme un nuage dispersé par le vent.
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Mémoire Vive
ParanormalLina enterre sa mère. Pour faire le deuil de celle qui l'a mise au monde, elle décide de retourner dans sa maison qui l'a vue grandir afin de replonger dans ses souvenirs. Mais sa tranquillité sera de courte durée lorsque deux entités mystérieuses d...
