DEMETRIO
10 ans auparavant
Je sais à quel point mes cheveux sont noirs. Un noir de corbeau, de jais, de roche. Un noir sombre et clair.
Ma mère m'a souvent dit que sur mes cheveux se reflétaient les nuances de Véga, l'étoile la plus brillante de la galaxie de la Lyre.
La nuit m'a toujours bercé, avec la douceur des herbes contre mes mains, la lune qui se cache, son éclat qui se révèle. La magie opérait lorsque Véga scintillait de plus belle, en août, dans la baie de Naples.
Autour des maisons serrées de couleurs, la lune était là, moi non. Seul, on ne peut pas vraiment savoir comment le ciel nous regarde.
Dans les herbes qui ondulent, la mer qui glisse et mes cheveux qui se figent dans la brise salée, l'atmosphère était lunaire. La sensation d'une présence se ressentit. Mes doigts claquèrent, mon souffle créa un nuage avec ma cigarette. Quelqu'un était là.
Elle s'assit à ma gauche. Sa présence, dans mon dos, me rappelait celle de ma mère, lorsqu'elle me murmurait "Même les rois dorment, il serait temps pour toi d'en faire autant, mon amour.".
C'est alors que mes yeux quittèrent l'horizon calme d'été. Mes yeux se plantèrent dans les siens. A l'éclat de la lune, elle semblait être cette figure de Vénus. Ses yeux verts étaient transparents, l'océan semblait s'y être noyé ; sa figure fine et équilibrée révélait un nez légèrement en trompette mais droit. Ses joues étaient colorées, sa bouche rouge comme le sang, les lèvres légèrement entrouvertes lorsque son souffle mentholé s'étalait sur ma face. Ses grands yeux, lorsqu'elle inclinait sa tête, lui donnaient un air de beauté mystique, du style Romy Schneider avec un air de Monica Belluci à la Adriana Lima. Son gloss brillait de mille feux sur ses lèvres, ses longs cils recouvraient ses yeux d'émeraude où Véga se reflétait.
Il y avait un truc inexplicable dans son regard. Je crois que ça me ravageait. Au loin, j'entendais Playground Love de Air, et tout était parfait. Elle fit glisser ses cheveux derrière ses oreilles et sortit une cigarette, les jambes étalées sur l'herbe. Je ne savais pas d'où elle sortait, elle et son gloss rouge, mais tout était beau.
C'est alors qu'elle tendit sa clope, je la lui allumais, dans un geste qui m'étonna.
— Mon prénom c'est Eva.
Je souris. Putain !
— Demetrio.
Elle se leva. Dans un effort, je me redressais. Elle devait partir. Elle n'eût pas besoin de me le dire, je le sentais parfaitement.
— Merci pour ce moment, Demetrio. Je suis sûre qu'on se reverra, pour voir Véga ensemble.
Et elle partit, comme la brise d'été qui efface tout, qui emporte avec elle le souvenir. Mais jamais je n'oublierai...
Eva, fille de Vénus, qui scintille sous Véga.
♛♛♛
Dans ma tête,
Tout le temps. Elle est là.
Pendant longtemps. Elle a remplacé le souvenir encore brûlant de ma mère.
Je ne la connaissais pas. Elle ne me connaissait pas.
Elle hantait mes rêves, je la voyais partout.
Ensorcelé, hypnotisé par une inconnue, je reprenais le business de mon père, en la laissant de côté.
Mais un jour,
Oui.
Elle réapparu.
♛♛♛
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EVA
RomanceElle se redresse. Dans ces grands draps noirs, amples, qui entourent sensuellement son corps. Mes yeux se plissent. Le soleil est sorti. Comme son briquet. Et j'ai vu, lentement, la flamme dorée, luisante, danser sur le reflet de ses lèvres. Ses gr...
