Fugitif de mon coeur

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Si j'avais été informée que, lors de mon réveil, je serais dans un jet privé avec mon géniteur et que la nourriture serait en illimité, j'aurai sûrement fait une syncope de joie.

Pour moi, cette vie nouvelle est à la fois le pire des cauchemars et le fruit d'un rêve devenu réalité. J'avais l'espoir de revoir Darkoff, néanmoins, j'aurai préféré que cela advienne après une victoire éclatante plutôt qu'à la suite d'un moment de faiblesse où je n'ai pas su me tirer d'affaire. Je me sens honteuse et des pensées noires viennent brouiller mon cerveau. Sur une table éloignée, on peut voir onze armes de calibres différents disposées, ainsi que...

- N'envisage même pas cette option, je t'en empêcherai avant que tu sois capable d'en atteindre une, déclare l'homme à l'oreille de l'hôpital.

Il s'installe sur le siège en face de moi et allume son ordinateur portable, je le fixe sans saisir comment il aurait pu deviner mes réflexions.

- De quoi parles-tu exactement ? L'interrogeais-je

- De toi et de ses armes.

Je fais de grands yeux, est-ce qu'il m'avait observé les admirer ?

- Je peux très bien être fasciné par les armes sans pour autant avoir de mauvaises intentions.

- Je ne suis pas sûr de ce que tu peux bien avoir en tête, mais nous avons tous reçu un compte-rendu à ton sujet, et cela inclut des détails de ce genre. Nous sommes donc chargés de te surveiller, dit-il toujours absorbé par son écran.

L'altercation avec mon voisin d'en face vient à peine de se terminer que je sens une douleur aiguë, fulgurante, m'envahir tout à coup. Mon crâne semble exploser sous une pression insupportable, une douleur stridente qui perforent mes tympans et me fait perdre toute notion du temps. Mon ventre se tord sous une vive douleur, m'arrachant des gémissements étouffés. Instinctivement, je porte mes mains à mes oreilles, mes jambes se repliant sous moi alors que je me balance, cherchant à échapper à ce tourment. Mais rien n'y fait. L'agonie est là, omniprésente, me submergeant de toute part.

Je n'entends pas les premiers pas précipités de l'homme à l'oreille, mais je sens son ombre au-dessus de moi presque instantanément. Un léger souffle effleure mon visage, une main ferme mais délicate se pose sur mon épaule. Il ne dit rien au début, mais je sens toute l'inquiétude dans ses gestes, dans l'attention qu'il porte à chacun de mes tremblements.

- Lovana, regarde-moi, murmure-t-il, sa voix étrangement douce, presque implorante. Reste avec moi, ça va passer.

Il enlève doucement mes mains de mes oreilles, sa chaleur réconfortante effleurant ma peau, puis il se baisse légèrement, son regard cherchant le mien. Il attend. Mon souffle est haletant, chaque respiration m'arrache des éclats de douleur, mais je le fixe. Ses yeux sont pleins d'une crainte que je ne comprends pas. Une partie de moi aurait voulu le repousser, mais la douleur, elle, est plus forte que ma résistance.

Lorsque la crise se calme un peu, il se lève d'un coup et se dirige vers une petite armoire du jet. Il en sort une plaquette de pilules, les disposant avec une précision qui ne m'échappe pas, chaque jour de la semaine noté soigneusement au dos. Il revient vers moi, s'agenouillant sans me quitter des yeux.

- Le médecin... commence-t-il, d'une voix calme, mais son regard trahit une tension qui ne m'est pas familière. Il a dit que, avec ta perte de mémoire, tu aurais beaucoup de vertiges et de douleurs aiguës. Ça passera... mais uniquement quand tu retrouveras les pièces manquantes du puzzle.

Je sens ses doigts effleurer mes poignets alors qu'il me tend la plaquette. Il insiste sur la dernière phrase, ses yeux s'ancrant dans les miens.

- Les pièces manquantes... répète-t-il lentement. Tu te souviendras de tout, mais il faut être patiente. Un peu chaque jour. D'accord ?

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