Érotiquement intéressant

5 0 0
                                        

LOVANA

Nous déambulons depuis des heures dans les rues animées, entre les vitrines éclatantes et les conversations effervescentes qui résonnent autour de nous. Le bruit incessant des passants, des commerçants qui appellent à l'attention et des moteurs de voitures qui fendent l'air semblent effacer les pensées qui m'assaillent. Pourtant, malgré cette agitation extérieure, mon esprit s'échappe de plus en plus, englouti par un tourbillon de doutes et de préoccupations. Au lieu de me préparer à m'amuser comme je devrais, une voix intérieure, insidieuse, ne cesse de me répéter qu'il y a quelque chose de plus important à faire. Mais par où commencer ? Je n'ai pas de réponses. Aucune certitude. Tout semble flou, incertain. Mon regard glisse sur les gens, sur les choses, mais aucune image ne parvient à se fixer. Je me sens paralysée, prisonnière de mon propre esprit. Aucune décision à prendre, aucune initiative à saisir. C'est comme si le simple acte de choisir m'est devenu impossible. Moi, Lovana Darkoff, censée être une boxeuse accomplie, une athlète dévouée, je me sens vide. Cette vie qui m'a si longtemps guidée, cette discipline de fer que je m'imposais.Il ne reste plus rien de la femme que j'ai été. Plus de passion. Plus de détermination. Juste une version pâle et floue de moi-même, à peine reconnaissable, qui erre sans but.

Avant, chaque matin était une promesse : celle de repousser mes limites, de m'améliorer, d'être meilleure que la veille. L'entraînement était mon ancrage, mon échappatoire. Il m'a fallu sacrifier tant de choses pour être la meilleure, pour prouver que j'étais faite pour ça, que ma place était sur le ring. Mais aujourd'hui... je ne sais plus qui je suis. Il n'y a plus cette étincelle qui fait de moi une combattante. Aujourd'hui, pourtant, je me retrouve à sourire bêtement, à découvrir des fossettes que je ne savais même pas avoir, comme si j'étais redevenue une enfant. Une enfant qui n'a pourtant jamais existé. Je me demande alors : quelle version de moi déplaît le plus ? Celle qui se perd dans des rêves futiles, qui laisse son esprit vagabonder au gré de ses envies, ou celle qui, après tant de sacrifices, était prête à tout pour atteindre son but, sans compromis, sans faiblir ? J'aimerais pouvoir fusionner ces deux facettes, mais est-ce seulement possible ? Et si je le fais, ne risquais-je pas de perdre tout ce qui fait de moi une guerrière, cette personne que j'ai été ?

Le temps passe vite. Les heures défilent, emportant mes pensées avec elles. Et pourtant, Agostino n'est toujours pas là. Enfin, vers dix-neuf heures, après avoir fait toutes nos emplettes, nous prenons la route. Dans la voiture, les garçons se chamaillent bruyamment, leurs voix mêlées se percutent, lançant des paris absurdes les uns après les autres. Juana, quant à elle, s'est endormie sur mes cuisses, sa respiration régulière et tranquille contrastant avec l'agitation ambiante. Lorsque nous arrivons à destination, je n'ose pas la réveiller immédiatement. Nous restons là, jusqu'à ce que le moteur s'éteigne et que ses yeux s'ouvrent lentement. On se précipite pour nous préparer, suivant les instructions de Salvator : « Dans une heure, en bas, sinon on part sans vous. » Sous la douche, je m'active à toute vitesse, puis enfile une robe noire courte à dos échancré, avec des liens qui laissent deviner la peau. Je choisis des sandales à talons vert olive et les prends en main avant de plaquer mes longs cheveux en queue de cheval. Je suis prête avant l'heure. Juana finit de se préparer quelques instants après moi. Nous descendons précipitamment les escaliers.

En levant les yeux distraitement vers les garçons qui nous attendent dans l'allée, une chemise noire capte mon regard parmi toutes celles blanches. Il est là. Agostino. De profil, il incarne une élégance froide et distante, presque inaccessible. Il semble m'ignorer délibérément, ou peut-être feint-il de ne pas me voir. J'adopte la même attitude, un jeu silencieux, un échange invisible où nos regards s'effleurent sans se croiser. Je me force à détourner les yeux et à poursuivre mon chemin, comme si je n'étais pas affectée par sa présence. Ramirez, toujours aussi imprévisible, s'approche de moi et se penche vers moi avec une tentative de discrétion, qui frôle l'impudence.

DARKOFFDes histoires addictives. Découvrez maintenant