Note à moi même

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Je regarde Stanislas se faire traîner de force jusqu'au fourgon, ses poignets enchaînés, ses mouvements désordonnés sous la pression des agents qui le poussent. Derrière lui, plusieurs de ses hommes suivent, leurs visages abattus, leurs regards fixés au sol comme s'ils tentaient d'échapper à l'humiliation de cette défaite. Les portes du fourgon claquent violemment, un bruit métallique qui résonne comme une fin.

Est-ce vraiment fini ? Cette pensée me traverse, mais une autre la suit immédiatement : Et si ce n'était que le début ?

César s'approche, silencieux, un amas de téléphones dans les mains. Il les tend, sa mâchoire serrée, comme si le contenu de ces appareils pesait encore plus lourd que le reste de cette mission.

— Regardez moi un peu ça, lâcha-t-il en rompant le silence.

Les données qu'on découvre sur ces téléphones sont un choc, même pour moi. Des adresses, éparpillées dans toute la ville, chacune liée à une femme séquestrée. Stanislas ne se contentait pas de diriger son réseau, il était le geôlier d'une horreur bien plus grande que ce que j'avais imaginé. Parmi elles, il y avait cette jolie blonde, une peintre talentueuse, pleine de vie et d'avenir. Elle aurait pu finir comme tant d'autres, brisée, effacée, si nous n'étions pas intervenus à temps.

De loin, je l'aperçois. Elle est escortée par deux policiers, ses mouvements encore hésitants, sa silhouette frêle comme un oiseau blessé. Avant de disparaître dans la voiture qui l'attend, elle tourne la tête vers moi. Son sourire tremblant, rempli de gratitude, me fige. Je lui rends ce sourire, mais il me semble vide. Mon cœur se serre : ai-je vraiment fait assez ?

Je me détourne et rejoins les autres près du fourgon. Mes jambes sont lourdes, mon esprit embrouillé par tout ce que nous venons de vivre.

Sans un mot, Agostino s'avance. Il m'attire dans ses bras avec une délicatesse presque inattendue, une étreinte solide mais douce. Mon corps reste inerte contre le sien. Je ne réagis pas. Je suis parcourue de spasmes, mes nerfs encore secoués par l'affrontement. Les images de Stanislas, de son visage, de ses rires cruels, s'entremêlent dans mon esprit. Cet homme... Il était mon pire cauchemar, celui qui hantait mes nuits. Celui qui m'a volé une année entière, qui a détruit ma carrière, cette carrière pour laquelle j'étais née, celle qui me définissait.

Mes bras restent le long de son corps, incapables de bouger. Mes yeux se fixent sur le sol, sur ses chaussures noires, longues et impeccables, à côté de mes escarpins noirs usés et éraflés. J'inspire profondément, et l'odeur de son parfum vanillé m'envahit. C'est une odeur familière, réconfortante, qui semble vouloir apaiser mes pensées en ébullition.

Je lève légèrement la tête, mon menton venant se poser sur son torse. Je cherche un refuge, un abri dans ses expressions, mais son visage reste calme, presque neutre. Contrairement à moi, il ne semble pas perdu. Après tout, ce genre de mission est son quotidien. Avec un naturel désarmant, il entortille une de mes mèches autour de son doigt, un geste qu'il aime tant faire. Cela me tire un sourire, faible, mélancolique. Ce simple geste, si anodin pour lui, est pour moi chargé de sens.

C'est à ce moment que Darkoff surgit, imposant et plein d'énergie, comme à son habitude. Pourtant, cette énergie me semble déplacée, presque irréelle. Comment peut-il se tenir ainsi, alors que vingt de ses hommes viennent de tomber ? Alors que l'un de ses meilleurs agents lutte pour rester en vie ? Et alors que moi, sa fille adoptive, viens de faire face à l'homme qui a détruit ma vie ?

— D'après ce que j'ai entendu, tu as été formidable, mon enfant ! S'exclama-t-il avec fierté, un sourire presque éclatan.

Je recule légèrement à ses mots. Formidable ? Ce mot sonne faux, vide, creux. Est-ce tout ce qu'il trouve à dire après tout ce qui vient de se passer ? Je le fixe, mais il ne semble pas remarquer ma confusion.

DARKOFFDes histoires addictives. Découvrez maintenant