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Complètement illuminés

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« Certains ne deviennent jamais fous... Leurs vies doivent être bien ennuyeuses »
Charles Bukowski

Trois semaines s'étaient écoulées depuis la dernière date à Caen. Assez de temps pour mettre en place un plan pas piqué des hannetons. Un soir, après une virée au fast food, Anaëlle, Nathan et Noëmie s'étaient retrouvés à bord de la Clio pour étudier les éventuelles dates qu'ils pourraient faire. Anaëlle avait minutieusement tout répertorié dans un fichier Excel nommé : datesgringe.pdf. Elle avait également fait un code couleur. En rouge les dates qu'il était impossible de faire (beaucoup trop loin et trop coûteux). En bleu, les dates qui avaient déjà été faites. En noir, les dates passées mais non faites. En orange, les dates qui étaient envisageables. En vert, les dates qui étaient carrément possibles. Elle soumit son travail à ses amis afin de savoir ce qu'ils en pensaient. Noëmie et Nathan étaient partagés entre le rire et l'horreur. Sous leurs yeux, ils avaient la matérialisation de la folie à l'état pur.

« Clairement, il ne faut pas que ce soit à plus de trois heures de route. »

Petit à petit, la liste des dates qu'ils prévoyaient de faire se dessinait doucement sur l'écran du PC. La carte de la France était elle aussi étudiée et un périmètre des villes situées entre deux et trois heures de route étaient identifiées. Bien que cela leur avait demandé quelques heures de réflexion, tout s'envola quelques jours plus tard. Eux qui s'étaient initialement mis d'accord pour ne pas faire de longs trajets venaient de se retrouver et s'apprêtaient à prendre le départ pour Cenon, à 6 heures de route (sans péages) de là où ils vivaient. Ce qui les avait convaincus ? Un week-end entier en concert. Lors d'un énième regard sur les dates à venir et la position des villes, Anaëlle s'était rendu compte que deux villes étaient particulièrement proches. Cela pouvait leur faire un week-end sympa entre potes et justifierait l'aller-retour conséquent.

« J'suis carrément chaude. », s'exclama Noëmie.

Il n'avait pas fallu beaucoup d'arguments à Noëmie pour être séduite par l'idée. Quant à Nathan, une rapide discussion et projection du week-end qu'il pouvait passer le convainquit à son tour. À eux les routes de France et de Navarre, la folie les avait emportés. Certaines dates, à l'origine écrites en rouge, étaient miraculeusement devenues vertes et c'était le cas de ce week-end.

Le trajet qui s'annonçait pourtant long ne faisait pas peur à nos amis et la moindre distraction sur la route était bonne à prendre. D'ailleurs, cela commença dès leur départ. Devant eux, sur l'un des gros axes routiers qu'ils devaient emprunter, plusieurs camions de CRS se suivaient à la queuleuleu. C'était suffisant pour que les trois amis s'imaginent une multitude de scénarios plus loufoques les uns que les autres. Anaëlle, au volant, stressait à l'idée de devoir s'insérer entre les camions qui prenaient une bonne partie de la route. Quand leur chemin quitta celui des CRS, c'est avec l'une de leurs activités favorites que nos amis s'occupaient : le karaoké de bagnole. Ils repassaient tout le répertoire de chansons françaises dans les enceintes de la Clio et enchaînaient les fausses notes. Ils avaient tout prévu pour que le trajet puisse se passer au mieux et Noëmie n'avait surtout pas oublié d'acheter de quoi ravitailler les troupes. Au milieu des paquets de gâteaux, des paquets de bâtonnets de saucisson, du Coca-Cola se trouvait... une bouteille de Jack Daniel's. Bah quoi ? C'était un week-end festif, non ?

À bord de la Clio, elle prenait son rôle de barman à cœur. Bien évidemment, c'était du coca pour la conductrice car "celui qui conduit, c'est celui qui ne boit pas !". Noëmie ne lésina pas sur les doses de whisky pour elle et son ami. Après quelques bonnes heures de route, ils s'arrêtèrent sur une aire de repos histoire de faire une pause et de vider leur vessie. C'était des endroits qu'ils aimaient bien, ça leur rappelait les vacances, une sorte d'escale vers la liberté, une escalade de bonheur. D'ailleurs, en parlant d'escalade, un grand mur trônait au fond de l'aire de repos. Ni une ni deux, Nathan n'hésita pas et se dirigea avec entrain vers celui-ci.

ENFANT NULDes histoires addictives. Découvrez maintenant