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                Rico était en train de lui serrer la main lorsqu'elle approcha.

« Stock de bière, ok ! Motards, ok ! Reste plus qu'à remonter le moteur sans trouver de pièces en trop ! Bonjour !»

« Bonjour ! Anna, c'est ça ? Moi c'est Gabriel. Rico m'a parlé un peu de toi. Eh ben, il n'a pas menti, t'es mignonne comme tout ! »

Rico poussa un soupir, elle se mit à rougir, et Gabriel  afficha un large sourire devant les deux mines contrites qui s'offraient à lui. Heureusement, il ignorait ce qu'il s'était passé dans le garage une demi-heure plus tôt. Ils entrèrent et commencèrent à parler mécanique. Elle s'installa à califourchon sur sa moto, Gabriel sur un siège dans un coin, et Rico s'attela à la tâche.

« Qu'est-ce que tu as fait de Laurie, vieux ? » Elle tourna la tête pour faire semblant d'ignorer le regard noir que reçut Gabriel.

« Ça ne l'intéresse pas les journées mécaniques, elle. Je l'ai vue jeudi. »

Gabriel désigna Anna de sa canette.

« Elle sait que la mécanique, tu la fais avec une jolie petite minette de vingt-six ans ? »

« C'est une amie, et ça c'est ma vie, elle n'a pas à le savoir. Ça ne regarde que moi. » La colère semblait monter en lui.

Il rit. « Détends-toi, vieux ! Alors, c'est celui-ci ton 620 ?»

« Oui, la femme de ma vie ! Elle n'est pas trop sexy ? »

« Alors, ça fait comment quand Rico lui met les doigts dedans ? »

« Putain, Gab, t'as le feu au cul ou quoi ? »

Elle rit. « Ben, elle marche beaucoup mieux ! Ça reste une femme, elle aime bien se faire tripoter par un homme de temps en temps ! » Elle pensa en son for intérieur : « Tu veux jouer à ça ? Attention, je réponds aussi ! »

Rico éclata de rire et ils échangèrent un regard complice. Il se retourna, posa, comme à son habitude, une main sur sa cuisse, et se pencha pour attraper une clef sur le rebord de la fenêtre derrière elle. Ils échangèrent un regard : Rico rentrait aussi dans le jeu. Gabriel eût alors l'air de se sentir mal à l'aise. Mission accomplie !

« Le Bidu va mettre en vente son 749. 6000, il en veut cher ! »

« Ouais, mais en même temps, il a pas mal d'options. Il est vraiment bien. Je pense à lui racheter... »

« Pourquoi faire ? T'en as déjà trois ! En plus, t'as déjà un 749 ! »

« Je verrais, c'était juste une idée... »

La discussion se recentra alors sur des sujets mécaniques exclusivement. Ils se séparèrent vers une heure du matin. Rico la prit dans ses bras pour lui faire une bise d'au revoir. Elle fit une bise rapide à Gabriel. Rico la retint par la main.

« Je te redis quand je reviens, mais j'ai une journée de RTT mercredi, je viendrais peut-être l'après-midi. Je dois préparer la moto pour tourner sur le circuit de Prenois samedi. Ça te va ?»

« Bien, sûr, je suis de matin. Tu fais ce que tu veux ! »

Elle remonta chez elle, et se laissa tomber dans le canapé, avec la fin d'une quatrième bière dans la main. Elle avait toujours une fenêtre ouverte quand elle fumait. Mais elle n'entendit pas les motos repartir de suite. Ils discutaient en bas de son immeuble. Involontairement, elle tendit l'oreille.

« Pouah, mec, elle est vraiment super jolie ! »

« Je sais. Avant que t'arrives, on a dansé un slow... »

« Tu l'as embrassée ? Fais pas le con, Rico ! »

« Non. Déconne pas ! Par contre, elle n'a pas dit non quand je lui ai dit que j'avais vu que je lui plaisais ! »

« C'est clair, t'as vu les regards que vous échangez ! Il n'y a pas que de l'amitié, là-dedans ! Heureusement que tu lui as rien dit, à Laurie ! »

« Laurie, je m'en fous ! J'ai rompu avec elle il y a déjà deux mois. Je ne veux pas lui dire, à Anna, pour pas lui faire peur. Elle, tout me plaît, le physique, l'attitude et la personnalité ! J'ai chopé la gaule rien qu'en chahutant, comme un puceau ! Impossible de te dire ce que ça m'a fait de la tenir dans mes bras en dansant tout à l'heure ! Pouah ! »

« Attention vieux, elle est dangereuse. Tombes pas amoureux. T'as quinze ans de plus, tu la retiendrais pas longtemps la petiote ! ... Mais j'ai l'impression que c'est déjà presque trop tard... »

« Allez, viens on se casse, faut pas que je reste là, à imaginer des trucs... » Et elle entendit bientôt les moteurs vrombir et s'éloigner.

                « Ben, dis donc, pour un mec qu'était pas intéressé... » Lui dit sa collègue, Sonia, avec un large sourire. Anna venait de lui raconter sa journée de la veille. 

Elle se tordait les mains. Sa pensée était agitée, incohérente et monopolisée par le sujet Rico depuis le samedi précédent. « Il m'a envoyé un sms, il revient mercredi pour préparer sa bécane pour samedi. Il veut que je vienne le voir samedi. »

« Ben vas-y nunuche ! T'aimes bien les vieux, de toute façon !»

« Oui, mais je ne veux pas tout gâcher. J'aime bien aussi comme on est pour le moment ! .......On a dansé un slow dans un garage !!! » Sa voix était presque hystérique. « C'est bête, mais je trouve ça super romantique ! »

« T'as vraiment un grain ! » Et elles se mirent à rire. « Et toi, avec Christopher ? »

Revenue de pause, à 10 heures, elle se précipita dans le bureau de Sonia, sous les yeux arrondis de sa chef. Elle tenta de reprendre contenance, et l'air absolument pas naturelle, s'approcha de Sonia, et lui chuchota :

« Il passe me chercher en moto à la sortie, ce midi. Tu vas le voir !!! Hiiiiiiiiiiii !!! Tu me diras comment tu le trouves, mon vieux motard ! » Et elle sortit en trombe, sous les rires de sa chef et de Sonia. Elle passa le reste de la journée à compter les minutes et surveiller les pendules qui n'avançaient pas, alors que son stress montait. Puis, 12H15 ! Elle fila contrôler son allure devant un miroir, et se rua vers la sortie.

Elle enfila son blouson de cuir et ses bottes, et poussa la porte, le ventre noué. Elle avait entendu les vrombissements de sa moto s'approcher, et lorsqu'elle sortit, elle le vit s'arrêter devant elle, dans une figure acrobatique, son sac à dos retombant sur ses épaules. Elle se sentit rougir et s'avança pour lui dire bonjour. Il éteignit le moteur, et retira son casque, sans descendre de sa moto.

Elle s'approcha, ils se souriaient mutuellement. Il semblait beau comme un Dieu. Il l'attira à lui d'une main au creux de la taille et lui posa un baiser unique sur la joue. Elle se dégagea de l'étreinte :

« Eh ben, il a l'air en forme Papy ! »

« Heu, absolument pas... Je suis crevé... En fait, je n'ai pas grand-chose à faire sur le proto, alors je suis passé chercher de quoi faire le casse-croûte. On pourrait aller à Baume-la-Roche faire pique-nique sur les falaises. En plus on pourrait faire une petite sieste, tranquille, au soleil... Qu'est-ce que t'en penses ? »

« C'est carrément cool, ça ! Je te suis, mais pas trop vite, hein ! »

Never too late...Où les histoires vivent. Découvrez maintenant