— Bordel je le sens mal ! s'exclama Ilo.
— Moi aussi, souffla Téa.
Avant qu'ils n'aient eu le temps de réagir, Iloan était tenu fermement par un Savage qui le dépassait de plusieurs dizaines de centimètres.
— Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! se débattait Iloan.
L'homme ne le laissa pas bouger d'un millimètre. Sa poigne d'une fermeté de fer venait lui enserrer les poignets. Il lui avait passé son coude autour de la gorge. La brûlure était d'une telle ampleur qu'Iloan en avait des larmes dans les yeux.
Téa poussa un hurlement férocement strident.
— Lâche-le tout de suite sale brute !
L'homme n'obtempéra pas. Téa, armée de ses pauvres petits poings, ne déconcentra même pas l'homme qui reçut les coups qu'elle faisait pleuvoir comme s'il avait s'agit d'une brise légère.
Eloe et Asha tentaient de maîtriser les Savages. Pourtant, encore une fois, la bataille était perdue d'avance. Très vite, les rôles s'inversèrent et elles furent maintenues.
— Qu'on le brûle vif ! ordonna un vieillard en désignant Iloan.
Ce fut la goutte de trop. Les larmes ruisselèrent sur les joues du pauvre garçon qui se débattit de plus belle à coup de pieds. Téa se mit à mordre et griffer tous les pans de peau qui passèrent à proximité de son corps.
Elle avait du sang sur les mains et ne savait même pas à qui il appartenait. Sûrement un mélange du sien et de celui de violents Savages.
Cordélia du haut de sa dune perçut ce qui avait lieu.
— Que quelqu'un mette la Déesse à l'abri ! lança une voix.
Alors, un homme empoigna la frêle Téa dont les hurlements et les morsures n'eurent aucun effet.
Le vieux Sugo apparut dans la foule, comme par l'action de la magie dont il était, aux yeux des Savages, possesseur. De sa voix sage de divin prêcheur, il lança.
— Comme vous avez terrassé le nuage rougeoyant, mes valeureux soldats, terrassez le malheur et vous serez sauvés ! Séléné a dit "Hayaang itaboy ang pula dahil ito ang katangian ni Helios. Nawa'y maibalik sa akin ang pula ng galit, dugo at digmaan, para sa kapayapaan ng aking tapat." Que le rouge soit banni car c'est l'attribut d'Hélios. Que le rouge de la colère, du sang et de la guerre me soit restitué, pour la paix de mes fidèles. Louée soit la Reine Séléné. Papuri kay Reyna Selene.
Comme un mantra, un cri de guerre, les hommes répétèrent.
— Papuri kay Reyna Selena.
Ceux qui tenaient les torches les amassèrent au sol. Le brasier prit vite. Téa qui avait été mise à l'écart mais voyait toujours la situation désastreuse se mit à réfléchir à toute vitesse. Comment l'avait-on appelée ? La Déesse, lui semblait-il. Leur Déesse voulait la mort du malheur. Le rouge. Les cheveux d'Iloan étaient rouges. Les Savages priaient. Ils louaient Séléné. Elle avait trouvé.
— Attendez ! Je réclame ma prière ! Vous ne me rendrez pas le rouge sans l'avoir dénoncé, sali, humilié et sans m'avoir louée !
Elle attendit dans une panique grandissante le retour des Savages. Pour toute réponse, Sugo annonça.
— Prions Séléné, celle qui nous a sauvés. Qui réclame que le rouge, attribut d'Hélios, soit humilié. Louée soit la Reine Séléné. Manalangin tayo kay Selene, ang nagligtas sa atin. Tinanong niya na ang pula, ang katangian ni Helios, ay magdusa ng kahihiyan. Papuri kay Reyna Selene.
— Papuri kay Reyna Selene.
Téa soupira intérieurement. Son regard désespéré se tourna vers Cordélia. Celle-ci eut l'air de comprendre, ou l'initiative vint d'elle-même. Elle s'élança vers l'ouest, sûrement dans l'espoir de trouver du renfort.
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NOVA
Science-FictionEn l'an 6615, des astrohistoriens de la civilisation néo-terrienne de Nova découvrent la dernière relique de la vie terrienne "antique": un livre ! On l'estime datant du XXIe siècle et il est écrit en "paraglyphes". Cette découverte sera déterminant...
