Un brouhaha puissant enveloppait le couloir. Les bruits de pas pressés près de sa porte réveillèrent la jeune fille. Elle se leva de son lit de camp. Curieuse, elle se dépêcha d'enfiler une tenue noire, de s'emparer de sa carte de recensement et ouvrit la porte métallique. Le mouvement de foule la happa et elle eut juste le temps de fermer le battant de fer rouillé sur sa maigre chambre. Elle se laissa porter comme à son habitude et finit par déboucher sur la place centrale du Quartier 5. Un homme tira sur la manche de sa veste en cuir. La jeune fille sursauta. Un douanier.
— Ho ! cria-t-il. Tu m'écoutes quand j'te cause ?
La fille baissa les yeux comme elle avait fini par apprendre à le faire pour esquiver les ennuis.
— Immatriculation, ordonna l'homme.
— P52381210a6, annonça la jeune fille qui connaissait maintenant aussi bien son numéro qu'elle eût connu son nom auparavant.
Elle lui tendit sa carte. L'homme la saisit et confirma les informations données. Il attrapa le poignet droit de la jeune fille et releva la manche de sa veste. Il zyeuta son tatouage sur lequel étaient inscrits ce même matricule. L'homme tira sur sa manche et la poussa brutalement au poste suivant.
— P52381210a6 ? demanda une jeune femme en lisant son registre informatique.
— Oui, répondit l'adolescente.
— Date de naissance ? demanda la douanière en guise de vérification.
— 18 mars 6713, répondit la galérienne.
A la mention de son année de naissance, qui laissait deviner son jeune âge, la jeune femme grimaça. Cependant, elle ne dit rien de plus à ce sujet.
— Bien, assura la douanière. Par ici pour la suite du contrôle, Mademoiselle Heid.
La mention de son nom fut chuchotée. Cependant, Mëwenn y voyait là une preuve d'humanité. Elle retint un sourire de reconnaissance, pour ne s'attirer aucun problème. Tous les douaniers et contrôleurs n'étaient, malheureusement pas comme cette bienveillante douanière. La jeune femme lui indiqua du doigt une zone où des contrôleurs fouillaient les bagnards. En tournant son regard, elle vit une femme être jetée à terre. Un contrôleur vociférait, tenant visible le couteau que la femme gardait dans sa botte. Il se saisit d'un fouet et commença à lui lacérer la peau tandis que son enfant hurlait devant le spectacle d'horreur. La jeune fille frissonna. Elle fit discrètement tomber un couteau suisse de sa manche gauche et le fit glisser précautionneusement sous le poste de la douanière. Elle s'avança vers les zones de contrôle. Brutal, un garde lui saisit le bras droit.
— P52381210a6, lut-il.
La jeune fille ne répondit pas. Le garde se mit à la tâter, à vider ses poches, à relever ses manches. Mëwenn se félicita intérieurement de s'être débarrassée de son arme. Le second garde l'attrapa par le col et la jeta derrière la grille. Indemne, quoique un peu endolorie, Mëwenn fit quelques pas sur la place du Quartier 12. La zone de ravitaillement. Mëwenn doutait que seul le ravitaillement hebdomadaire ait excité ses compatriotes, dans les couloirs des dortoirs.Elle regarda donc d'un œil attentif la navette se posant sur le tarmac rouge. Des caisses de nourriture, emballées et plastifiées, furent jetées sur la place.
Vingt-cinq, dénombra Mëwenn.
Les gens s'en approchèrent sagement.
Dix-huit, compta-t-elle à nouveau.
Les galériens se frappaient les uns les autres. Certains se servaient de leurs dents pour déchirer les plastiques tout en donnant de leurs poings des coups au visage d'autres pensionnaires.
Cinq caisses, remarqua-t-elle.
Mëwenn jugea intelligent de commencer à rejoindre la mêlée. Elle refusait de rentrer chez elle les mains vides. Elle se jeta dans la foule et parvint, à grand recours de mains et de pieds à obtenir quelques boîtes de conserve, un sachet de petits pains, une brosse à dent, du dentifrice, deux bidons d'eau et une paire de chaussures neuves. Satisfaite de ses emplettes, Mëwenn laissa ses voisins à leur rixe. Elle s'éloigna.
La navette était toujours postée sur son tarmac. Elle vit descendre, comme toujours, des Oasii venus, par pure bonne volonté, disait-on, accomplir des soins dans les hôpitaux. Ils étaient entourés de leurs guerriers et de Rouges pour être protégés de l'échauffourée collective. Cependant, la navette ne partait pas. Mëwenn trouvait cela étrange. Une soute fut ouverte et des conteneurs s'écrasèrent sur le sol. Mëwenn se préparait à se battre pour en récupérer le contenu. Elle n'était pas la seule. Elle vit quelques-uns de ses compatriotes être matraqués par les Rouges qui gardaient les conteneurs. Cela la dissuada.
Les Rouges ouvrirent les verrous des grandes caisses métalliques. À la grande surprise générale, des vingtaines d'hommes, de femmes et d'enfants en sortirent. Au total, ils devaient être non loin de cent vingt. Mëwenn resta bouche bée. Elle n'avait jamais vu cette méthode de déportation. Ni encore une telle quantité de prisonniers amenés le même jour. Les Rouges les escortèrent à la douane. Au pire poste, selon Mëwenn. La zone de tatouage. L'endroit qui concrétiserait leur nouveau statut. Bagnard.
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Nous dédicaçons ce chapitre à Miss_Sencen, une Wattpadienne hyper sympa et la championne de notre 1er concours de nouvelles ! Big up à elle ^^ N'hésitez pas à aller jeter un œil à son compte !
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NOVA
Ciencia FicciónEn l'an 6615, des astrohistoriens de la civilisation néo-terrienne de Nova découvrent la dernière relique de la vie terrienne "antique": un livre ! On l'estime datant du XXIe siècle et il est écrit en "paraglyphes". Cette découverte sera déterminant...
