Le jour commençait à décliner. Mëwenn était assise sur son piètre lit de camp. Elle fixait le mur devant elle. Ses nouvelles chaussures étaient placées sous l'armature métallique de sa couchette. La brosse à dent qu'elle avait récupérée se trouvait déjà sur le bord de sa minuscule vasque, en compagnie du petit tube de dentifrice. Les boîtes de conserve étaient alignées sous la petite table ronde qui lui servait de vide-poche. Quant au sachet de petits pains, il gisait, éventré à quelques mètres d'elle.
Mëwenn croqua dans un morceau de pain blanc. Elle était affamée. Ses dernières emplettes avaient été si maigres que Mëwenn n'avait rien mangé durant plusieurs jours consécutifs.
Soudain, de forts coups à la porte la firent sursauter. Mëwenn se leva précipitamment et alla ouvrir. Un Rouge tenait une petite fille blonde par le col de sa robe grise. Il la jeta à terre sur le parquet de la chambre.
— P52381210a6, voici ta nouvelle camarade de chambre.
Mëwenn ne répondit pas. La petite fille rampa jusqu'au centre de la pièce. Le Rouge avait l'air terriblement hargneux. Il se retourna et continua sa ronde.
Va crever ! pensa Mëwenn en le regardant s'en aller. Puis, la jeune fille baissa les yeux au sol, là où se trouvait ladite camarade de chambre.
L'enfant sanglotait. Elle ne devait pas avoir plus de six ou sept ans. Mëwenn se demanda comment elle s'était débrouillée pour atterrir ici. Avec sa robe sale et son visage crasseux, elle faisait peine à voir. Mëwenn en déduisit qu'elle provenait du dernier arrivage.
— C'est quoi ton nom ? demanda Mëwenn.
La petite consulta son poignet en fronçant les sourcils.
— P6017630a6, lut-elle.
Mëwenn corrigea.
— Non, ton vrai nom...Moi c'est Mëwenn, dit-elle doucement.
— Birdie, susurra la fillette.
— Tu as six ans ? demanda Mëwenn.
— Comment tu le sais ? demanda Birdie, méfiante, en plissant ses yeux qu'elle avait bridés.
— Dans ton matricule, il y a P comme pensionnaire. 6017 comme ton numéro dans la liste des arrivées. 6 comme ton âge. 30 comme le temps que tu resteras ici. a pour années. Et 6 parce qu'ici, on est dans le Quartier 6, expliqua Mëwenn.
Birdie l'écouta religieusement.
— Donc... dit la fillette en louchant sur le poignet de Mëwenn, où était inscrit son matricule, tu es la pensionnaire numéro 5238, tu as 12 ans et il te reste encore dix ans à patienter avant de pouvoir partir d'ici ?
Mëwenn réprima un petit sourire.
— C'est presque ça. Mon matricule date de deux ans. Il ne me reste donc plus que huit ans à passer dans ce trou à rat. Quand j'atteindrai mon vingt-deuxième anniversaire, je serai enfin libre. Et j'ai 14 ans, pas 12.
Elle conduisit Birdie à la vasque.
— L'eau d'ici n'est pas potable. Mais tu peux toujours te débarbouiller le visage, suggéra-t-elle.
Birdie s'exécuta promptement. Tandis que la petite fille se nettoyait les joues et reprenait des allures de fillette toute sage, Mëwenn se résolut à la questionner.
— Comment es-tu es arrivée là ?
Birdie se retourna. Elle hésita à parler. Sa bouche s'ouvrit et se referma à plusieurs reprises.
— C'est...l'Empereur, souffla-t-elle.
— L'Empereur ? s'étonna Mëwenn.
— Chut ! lui ordonna Birdie en posant un petit doigt sur sa bouche toute rose.
Mëwenn obéit.
— Papa disait que c'était...un dictateur, souffla-t-elle.
Mëwenn écarquilla les yeux.
— Il ne l'aimait pas. Il le disait à qui voulait l'entendre. Un jour, un Rouge est venu nous chercher. Il nous a emmenés, Maman, Papa et moi dans un endroit qui sentait la vieille chaussette. On y est restés trois jours. Dans une cellule avec des barreaux en métal. Ma belle robe rose s'est même déchirée, dit Birdie. Du coup on m'a donné cette affreuse robe, terne et mal taillée !
Mëwenn soupira à l'idée que cela était ce qui dérangeait le plus l'enfant dans toute cette histoire.
— Ils ont battu Papa. Dix coups de fouet au début. Mais Papa continuait de dire que l'Empereur était mauvais, expliqua Birdie. Alors ils ont donné vingt coups de fouet à Papa. Et cinq à Maman pour lui servir de leçon.
— Lui servir de leçon ? demanda Mëwenn.
— Parce qu'ils disaient qu'elle avait mal choisi son mari. Et Papa a continué. Et Maman s'est plainte. Alors c'est moi qu'ils ont battu.
Mëwenn ferma les yeux de douleur.
— Vingt-cinq pour moi. Sans motif valable, pleura Birdie.
Elle montra à Mëwenn l'énorme zébrure qui s'arrêtait dans son cou. L'adolescente était révoltée. Pauvre enfant, songeait-elle.
— Et après, ils nous ont mis dans une boîte, avec plein d'autres gens qui n'avaient rien fait de mal.
Les conteneurs, comprit Mëwenn.
— Et on est venu ici. On m'a tatoué un numéro bizarre sur le bras et on m'a dit que maintenant c'était mon nom. Et puis, il y a eu ce Rouge qui m'a attrapée et conduite ici, termina Birdie.
— C'est affreux, dit Mëwenn.
La petite fille pleurnicha de plus belle. Mëwenn n'était pas très démonstrative. Cependant elle sentit qu'après ce qu'elle avait subi, cette petite fille avait besoin d'un câlin. Elle prit l'enfant dans ses bras et la laissa pleurer sur son épaule. Son raisonnement la mena à une conclusion qu'elle détestait. Quelque chose avait mal tourné sur Nova. La population était en danger.
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NOVA
Science-FictionEn l'an 6615, des astrohistoriens de la civilisation néo-terrienne de Nova découvrent la dernière relique de la vie terrienne "antique": un livre ! On l'estime datant du XXIe siècle et il est écrit en "paraglyphes". Cette découverte sera déterminant...
