Les vagues s'écrasent à mes pieds.
Le poids de mon téléphone dans ma poche me perturbe. Je serre mon carnet entre mes doigts pour me distraire.
Mes yeux étaient gonflés, ce matin, quand je me suis réveillé. J'ai essayé au maximum de le cacher, mais mes cernes ne trompent pas.
Un coquillage s'écrase dans la plante sous mon pied, mais je suis trop ailleurs pour y prêter attention.
Je crois que ça m'a fait du bien. De pleurer. D'y repenser. De replonger.
Les yeux perdus, je ne flanche d'abord pas lorsque je sens mon t-shirt se raffermir au niveau de mes côtes. Je pense au vent qui le tire sûrement en arrière.
Mais c'est quand je commence à sentir une odeur en particulier que mon corps se fige. Quelque chose de salé, de chaleureux qui vient se mélanger aux effluves de la mer.
Comment a-t-il fait pour me rejoindre aussi silencieusement ?
Un frisson parcourt mon dos quand je sens la trace de ses doigts, là, en suspension, tout près de mes hanches. C'est léger, et je retiens mon souffle.
Que fait-il ?
Je ferme les yeux pour me concentrer sur la constance de son corps derrière le mien, puis des vagues qui balayent la peau de mes pieds et sûrement les siens. L'empreinte de ses doigts s'imprime de plus en plus clairement par-dessus mon t-shirt, se posant délicatement. Un souffle m'échappe.
Un souffle beaucoup trop étouffé pour qu'il ne l'ait pas remarqué.
Soudain, ses mains se matérialisent en chatouilles qui me prennent par surprise. Je sursaute, et manque de tomber dans l'eau. Je me rééquilibre comme je peux.
Je relâche toutes les expirations que j'avais retenues dans un demi-sourire.
"C'est ta façon de me dire bonjour ?" je demande, levant les yeux au ciel.
"Je ne sais pas. Ça pourrait être quelque chose de différent demain."
Face à moi, ses yeux brillent d'une lueur de malice qui ne me laisse que très peu de doute. Je chasse ce qu'il essaie de me dire par là pour le détailler. Son t-shirt blanc est presque translucide au soleil et laisse entrevoir sa taille marquée.
J'imagine un instant mes doigts la rejoindre, ce que ce serait de, à mon tour, la presser et l'entendre soupirer.
Je relève le regard.
Le sien est plongé sur mon carnet, alors je le lui tends. Il n'attend pas pour l'ouvrir et reconnaître l'encre toute nouvellement déposée.
Je fixe ses pupilles qui basculent d'un côté à l'autre des lignes manuscrites.
Je suis tant perdu dans le temps que j'ai du mal à concevoir que la fin de l'été arrivera un jour. J'espère, au fond, que ce soit ça, la vraie temporalité ; ce trou qui s'est opéré depuis que je suis ici. Je ne veux plus qu'il se referme.
J'ai repensé à Arin hier. Beaucoup. Plus que je ne l'ai jamais fait depuis que je l'ai perdue. Je ne me rendais pas compte à quel point j'avais oublié le son de sa voix, les détails de sa peau ou les nuances de sa personnalité. Je réalise que j'étais tant obnubilé par mon deuil que j'en ai oublié de lui rendre hommage.
J'espère qu'elle me pardonnera.
Quand il a terminé sa lecture, il fixe encore un instant les lettres bleues.
"Je ne suis jamais allé à son enterrement." j'avoue.
Je ne sais pas vraiment ce qui me pousse à le dire. Mais j'en ressens le besoin. C'est un secret que je ne me suis jamais vu partager avec personne, et qui me ronge un peu plus chaque jour.
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NOYADE [Taekook]
FanfikceJungkook se noie sous les vagues impitoyables du deuil. Ses insomnies et ses difficultés à se nourrir révèlent un désir de se laisser mourir. Lors d'une escapade nocturne, il fait la rencontre d'un garçon, au bord d'une falaise, prêt à commettre l'i...
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