Le temps passait. Bobby, Athena, May, Eddie et Maddie veillaient sur Buck comme du lait sur le feu.
Il y avait des jours où il allait bien. Des jours lumineux. Il souriait alors sans y penser, riait même, savourant chaque instant, chaque présence, comme s'il emmagasinait ces moments dans un coin précieux de sa mémoire, de peur qu'ils ne lui soient retirés.
Et puis il y avait les autres jours. Ceux où son corps semblait trop lourd, son cœur trop fatigué. Les jours où la tristesse revenait s'asseoir à côté de lui, silencieuse. Il voulait être seul, disparaître un peu, mais il ne se blessait plus.
Quand l'envie de trancher sa peau se faisait sentir, quand cette pulsion lui brûlait les nerfs, il ne restait plus seul avec elle. Il appelait Eddie, ou rejoignait un membre de sa famille. Il parlait. Même si les mots tremblaient. Même si c'était difficile.
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Buck voyait désormais le psy du service, chez Athena et Bobby. Ce n'était pas un traumatisme lié à son métier qui l'avait conduit là, mais après ce qui s'était passé avec son ancien psy, le chef Simpson qui avait été mis au courant et prenait régulièrement de ses nouvelles, lui avait proposé de rencontrer leur psychologue.
- Comment allez-vous aujourd'hui, Buck ?
Le docteur Nolan était une jeune femme ronde, douce, avec un sourire sincère qui mettait immédiatement à l'aise. Lors de leur première séance, voyant à quel point il était tendu, presque recroquevillé sur lui-même, elle lui avait parlé de sa propre vie, de son mari, de sa fille. Elle lui avait même montré des photos de sa petite princesse.
Sans qu'il s'en rende compte, il s'était détendu. Elle était attentive, bienveillante, patiente. Elle l'était tellement qu'il lui avait confié des choses qu'il n'aurait jamais imaginé dire à voix haute. Et surtout, elle ne l'avait pas mis sous les médicaments, elle lui avait proposé des plantes.
- Mieux, répondit-il après un instant. L'autre jour, c'est moi qui suis allé chez ma sœur, avec mon père.
- C'est très bien, Buck. C'est une excellente nouvelle.
Il sourit, un peu gêné par la fierté qu'il lisait sur son visage.
- Et ... je suis aussi allé chez mon petit ami.
- Mais ce ne sont que de bonnes nouvelles. Je suis très fière de vous, Buck.
- Merci ... c'est grâce à vous.
- Non. C'est grâce à vous, Buck. Vous avez affronté votre peur, votre douleur. Moi, je n'ai fait que vous écouter.
- Vous pensez que ... que je vais m'en sortir ? demanda-t-il d'une voix brisée, les larmes lui montant aux yeux.
- C'est déjà le cas. Vous êtes sortis de votre cocon. Même si c'était pour aller chez des personnes que vous aimez, vous avez fait un pas immense. Vraiment immense. Et je suis très fière de vous.
- Merci, docteur.
Elle lui serra la main avec tendresse et lui tendit un mouchoir. Il lui rendit un sourire fragile en l'acceptant, le cœur un peu plus léger.
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Le docteur Nolan était partie après avoir bu un verre de thé glacé.
- Elle est vraiment adorable, dit Athena doucement.
Depuis ce qu'il s'était passé avec son ancien psy, il y avait toujours quelqu'un de sa grande famille à proximité. Une présence rassurante, même silencieuse.
- Oui ... elle l'est vraiment. Je suis content de l'avoir rencontrée.
- Moi aussi, répondit Athena en caressant sa joue avec tendresse, son regard rempli d'amour.
Il posa sa main sur la sienne, le cœur serré.
- Je suis désolé de t'avoir inquiétée, ma'. De t'avoir rendue triste.
- Je sais, trésor. Continue de te battre. Continue d'aller mieux. Ce sera le plus beau des cadeaux.
- Promis.
Il déposa un baiser sur sa joue. Elle lui sourit.
- Au fait, tu savais que Maddie lui a donné des affaires de Jee pour sa fille ? demanda-t-il après une gorgée de thé glacé.
- Vraiment ?
- Oui. Elles ont beaucoup parlé de leurs filles la dernière fois. Et comme Maddie voulait se débarrasser de certaines affaires, et que Taya est plus jeune, ça lui ira parfaitement.
- C'est bien. Je sais que Maddie avait du mal à voir toutes ces choses dans les placards.
- Oui, répondit-il avec un petit sourire.
Athena le regarda quelques secondes, puis reprit.
- Dis, mon chéri ... ce soir, si on commandait thaïlandais ? J'ai complètement oublié de faire les courses.
- Pas de souci, ma'.
- Merci. Demain, il faudra vraiment que je les fasse.
- C'est rare que tu oublies.
- Dure journée ... Je sais qu'il y a des mots interdits dans une caserne. Je vais bientôt croire qu'il y en a aussi au poste de police, soupira-t-elle.
Il l'enlaça doucement. Elle resserra aussitôt ses bras autour de lui, ses mains posées dans son dos.
- Rien de mieux qu'un câlin de ses enfants. Merci, mon chéri.
- Je t'en prie, ma'.
