Alejandro de Serafin mit moins de temps à se remettre de ses émotions que les hommes qui s'étaient emparés de lui. Il en tua deux et blessa gravement le dernier, qui s'évanouit près de la porte. Elena et Alejandro échangèrent un regard de défi, tandis que la jeune femme s'enveloppait à nouveau dans le grand drap en rougissant, mais cette fois, ce fut elle qui cilla. Le marquis était dans une rage noire et le bain de sang qui venait d'avoir lieu ne l'avait pas apaisé. Lorsqu'il fit un pas en avant, la jeune femme eut le réflexe de se précipiter en arrière, effrayée. Elle se prit les pieds dans un pan du tissu et tomba violemment sur une grande table de bois.
- Oh là, oh là, monseigneur ! fusa alors une voix traînante.
La Nuria venait de réapparaître près de la porte de service.
- La traitez pas comme ça, la pauvrette ! plaignit-elle en s'avançant vers Elena pour l'aider à retrouver pied. C'est qu'elle s'est faite entourlouper par les manigances d'la Muslo ! Elle respirait à peine, quand on l'a fait entrer ici !
- Elle respirait tout de même assez pour faire ta connaissance, siffla don Alejandro, le regard noir. Maintenant va-t-en, ou je t'étrille comme je l'ai fait à ceux-là !
- Est-il mauvais ! cracha la prostituée en se plaçant devant Elena. Je veux pas croire qu'ce soit votre oncle par le sang, mam'zelle ! Damné bougre ! A-t-il l'œil du démon !
Mais Elena, qui sentait combien la verve de Nuria la desservait, posa une main tremblante sur l'épaule de celle-ci et murmura :
- Nuria, il est venu pour me protéger, il... il ne me veut pas de mal...
- J'en dirais pas autant... renifla la prostituée. R'gardez-moi ce visage de pirate ! Non, j'bougerai pas d'ici tant qu'il aura pas rendu les armes, foi de Nuria !
Alejandro, qui, même au plus violent de sa fureur, n'eût jamais levé la main sur Elena, s'aperçut qu'il avait pris son sabre pour se mettre en garde et qu'il n'avait pas encore abaissé le bras. S'apercevant qu'il n'aboutirait à rien sans concession, il remit l'épée au fourreau et leva les bras.
- Je ne veux pas de mal à cette jeune dame, déclara-t-il sur un ton qui voulait dire le contraire. Nous devons simplement nous éloigner d'ici...
- C'est ça ! Pour qu'on la r'trouve zébrée d'rouge dans un fossé ?
- Je n'ai jamais donné le fouet à qui que ce soit, déclara alors le marquis. Fusse un baudet.
- Peuh ! Pouvez bien dire ce qui vous chante ! Je bougerai pas, et vot' nièce non plus !
Don Serafin comprit alors que la prostituée défendrait Elena sans doute jusqu'à la mort, et qu'elle n'avait de toutes les manières rien à perdre, et il croisa les bras.
- Soit. Et bien je ne bougerai pas de même, tant que vous ne m'aurez pas remis non ma nièce, mais ma femme.
La bouche de la Nuria s'arrondit sous la surprise.
- Je m'appelle Alejandro, don Serafin, ajouta le marquis en s'inclinant brièvement. Je ne me suis déplacé jusqu'à ce hameau que pour sauver Elena, ma femme, ici présente. Je n'ai aucune intention de lui faire du mal, car je crains que cette équipée aura été une punition déjà trop forte pour elle.
- Don... don... balbutia la Nuria. Don Serafin ? Le marquis de Serafin.
- En personne. Tenez.
Il tendit la main droite. La Nuria put se pencher sur une chevalière dorée, que le marquis portait sur l'annulaire. C'était un S surmonté d'ailes, et la pointe du blason était dirigée vers son ongle1.
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Faena Cumbre
Ficción históricaUn mariage arrangé entre deux êtres que tout sépare. Ils ont dix ans d'écart, elle le hait et lui doit sans cesse parer à ses fugues et ses pièges. Découvrez une histoire d'amour tumultueuse, qui donnera naissance au plus terrible des pirates des An...
