Chapitre Un (partie deux)

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Décembre 2193

Je le regarde, en train de marcher tranquillement vers moi, me souriant de toutes ses dents. Mon souffle se raccourci alors qu'il tend sa main et me caresse le visage tendrement. Je ferme les yeux et appuie ma tête sur sa main. Sa chaleur me parcourt, et je frissonne. Je sens alors ses lèvres se poser sur les miennes et s'emparer totalement de mon âme. Je ne réponds plus de rien maintenant. Il fait glisser ses mains le long de mes hanches et m'attrape par la taille. Je promène les miennes sur son corps et remonte sur son visage. Je pose mes doigts autour de sa mâchoire et j'approfondis mon baiser.

Soudain son regard se fige, et peu à peu son visage se désintègre. Et je me réveille en sueur comme tout les matins depuis une semaine, le cœur battant bien plus vite que la normale. Je regarde la pièce, essayant d'y retrouver une part de Zayn mais rien. Les murs sont blancs et il n'y a qu'une toute petite fenêtre bien trop haute. Il y a aussi une table et une chaise blanches pour seuls meubles de la cellule. Ça fait exactement sept jours que Zayn est mort. Et que je suis dans cet endroit lugubre.
  
  
 
L'heure de la toilette est arrivée. Comme chaque matin, on me sort de là, et on me guide jusqu'à la salle de bain pour les femmes. On referme la porte derrière moi. Je suis de nouveau emprisonnée. Et c'est quelque chose que je ne supporte pas. Je veux qu'on me rende ma liberté. J'ouvre la troisième porte des douches, parce que je sais que la première est cassée et que la deuxième est tellement rouillée qu'on attraperait le tétanos directement, même si l'on est vacciné contre. Je me dépêche de me laver, je sais que si je reste trop longtemps, ce n'est que de l'eau froide que je vais avoir. Évidement il n'y a pas de shampoing, je suis obligée de me laver à l'eau pure. Alors que je ferme le robinet, j'entends une voix qui résonne dans la pièce.


— Salut.
 

C'est une voix de femme, mais abîmée, éraillée. Je décide de ne pas répondre, après tout, elle ne me parle peut-être pas.
 

— Tu as fait quoi pour te retrouver là ?

  
Cette fois, j'en suis sûre. Elle s'adresse à moi. Je me racle la gorge avant de répondre.
   
— Rien qui ne puisse vous intéresser. Vous ne comprendriez même pas de toute façon.
— Qu'est ce qui te fait dire ça ?
      
J'ai l'impression de connaître cette voix, du moins de l'avoir déjà entendue. Une voix aussi usée que la personne qui la porte, j'imagine. Mais étonnamment, je sens que je peux lui faire confiance. Je pèse le pour et le contre et lorsque que je commence à ouvrir la bouche, j'entends la porte s'ouvrir et la voix d'un garde retentir.
            
Danyelle MacEnvey, vos dix minutes sont écoulées.Veuillez rentrer dans votre cellule.
       
Ce nom me dit quelque chose, j'aurais pu y mettre ma main à couper. Mais je n'ai pas le temps de me poser des questions qu'on vient déjà me chercher. Mon moment d'intimité est terminée pour la journée. Je repars dans cette cellule sans âme. Le gardien m'ouvre la porte, mais avant que je ne puisse m'y engouffrer, il s'effondre à terre. Je me retourne rapidement, sur mes gardes. Mais lorsque j'aperçois son visage, le mien s'illumine aussitôt.
      
Jude !
    
Il est venu me sauver ! Mais avant que j'ai le temps de me jeter dans ses bras, Owen sort de derrière lui. Mon frère ! J'ai l'impression que ça fait une éternité que je ne les ai pas vu. Je n'ai passé qu'un mois en 2014 et pourtant j'ai le ressenti que ça fait un an que je me suis absentée !
    
— Owen !
     
Je me jette dans ses bras. Il m'a tellement manqué. On a jamais été séparés aussi longtemps. Depuis la mort de nos parents, on a toujours été ensembles.
  
— Petite sœur. Je ne pouvais pas te laisser dans ce pétrin. Dès que j'ai appris que tu étais revenue, j'ai regroupé le plus de monde possible pour m'aider à te sortir de là. Mais ça n'a pas été facile, heureusement qu'ils m'ont tous aidé !
   
Derrière Jude, je vois une dizaine de personnes, tous travaillant pour l'ESSI. Je les remercie d'un sourire.
  
— Ever, il va falloir y aller, est-ce que tu es prête ? me demande Jude.
— Oui, de toute façon je n'avais rien avec moi.
  
Les deux garçons m'entraînent dans un couloir perpendiculaire à celui que j'ai l'habitude de prendre pour aller à la salle de bain. Owen est devant, un pistolet à la main. Je ne l'avais jamais vu aussi déterminé. Et il n'a pas pour coutume d'avoir une arme. Mais peu importe. Le principal est qu'il aille bien et qu'il me sorte de là.
  
Jude pose une main dans mon dos, en signe protecteur. Lui aussi m'a manqué. Quand je vois la lumière de la sortie, j'aperçois des corps à l'entrée, étalés par terre.
   
Ne t'inquiète pas, ils ne sont pas morts. Juste... évanouis.
  
En passant, j'aperçois le corps d'un des hommes qui m'avaient arraché de Zayn. Le souvenir est tellement violent et me fait tellement mal que je me jette sur lui et assaille son corps de coup.
  
— Ever arrête ! Me crie Owen. On a pas le temps pour ça et de toute façon il est inconscient. Dépêche-toi de filer avant que d'autres gardes arrivent !
   
Owen et Jude m'entraient vers la sortie, si bien que je refoule mon envie de démolir le garde. Je me vengerais. Je ne sais pas encore comment mais je les détruirais. Tous. Et un à un.
   
   
   
En sortant dehors, la lueur du jour me fait prendre conscience du monde dans lequel je vis. Il n'y a aucune joie de vivre. La seule chose qu'on fait ici c'est survivre. On ne peut pas prendre goût à la vie, c'est impossible. Soudain le XXIème siècle me manque. La beauté de Londres me manque. La vie là-bas me manque. J'ai envie de pleurer, de m'affaler sur le sol mais j'ai déjà écoulé toutes les larmes de mon corps. Et il faut que je garde mon énergie pour me battre.
  
Owen m'entraîne jusqu'à une voiture. Alors qu'on s'en rapproche, la porte s'ouvre et le Commandant en sort. Il a l'air grave et plus vieux qu'avant mon départ. Ça doit être la fatigue.
  
— Bonjour Ever. Je suis fière de vous revoir parmi nous. Nous avons eu quelques problèmes depuis votre départ. Il y avait une taupe dans l'équipe. On a réussi à s'en débarrasser mais malheureusement pas à temps pour empêcher la découverte du chronographe. Mais nous parlerons de tout ça plus tard, d'abord il faut s'en aller.
   
Le Commandant m'ouvre la portière et je m'engouffre dans une voiture si moderne que j'en ai le tournis. Owen et Jude le suivent à l'intérieur ainsi que les autres personnes de l'ESSI.
   
— On a du changer de lieu de regroupement, l'ancien bureau s'est fait découvert la semaine dernière, me glisse Jude à l'oreille. Tu vas voir, il y a eu beaucoup de changement depuis ton départ.
— Mais vous avez quand même pu concerver le chronographe ? je demande.
— Oui, mais on a eu chaud. En tout cas, je suis content que tu ailles bien, dit Jude en me souriant gentiment.
  
Il pose sa main sur la mienne et la presse doucement pour me témoigner son soutien.
  
— Ever, ce n'est pas tout, dit-il. Il va aussi falloir que tu nous racontes ce qu'il s'est passé là-bas en 2014. Et en détail, sans rien oublier.
    
Mon coeur se serre à l'idée de devoir tout décrire au bureau. Ma vie privée. Mon histoire avec Zayn. Et surtout sa mort. Non, je ne veux pas revivre ça.
   
— Pas... maintenant. Je ne me sens pas prête.
   
Je sens les larmes me monter aux yeux mais je tourne la tête et cligne des yeux pour les chasser. Je n'avais pas le droit de tomber amoureuse et je le savais très bien. Je ne peux pas le dire au Commandant, ni à l'ESSI. Ce n'est pas du tout professionnel. Je vais devoir prendre sur moi pour me rappeler sans émotion des One direction.
   
Je regarde par la petite fenêtre. Tout ici dans ce Londres paraît mort. Comme je regrette le XXIème siècle. Au moins je m'y sentais en sécurité, je n'avais pas besoin de me cacher. J'avais une longueur d'avance sur eux et je savais ce qu'il allait ce passer. Il est juste impossible de dire ce qui va arriver maintenant, je ne contrôle plus l'avenir et ça me fait peur. J'ai l'impression d'être seule contre le monde.
    
  
  
La voiture s'arrête et tout le monde descend. Je découvre un vieux bâtiment défraîchi, isolé et abandonné. Alors c'est vraiment là que se cache l'ESSI maintenant ?
  
— On est dans une zone peu développée de Londres, dans un quartier où il a y presque personne, déclare le Commandant. Et grâce à la parabole qu'on a installé sur le toit, le contrôle du Gouvernement ne peut pas nous atteindre. On est en sécurité pour le moment. Mais je ne sais pas pendant combien de temps. Allons, entrez.
  
Je suis Jude qui ouvre la porte en la coulissant. C'est très sombre à l'intérieur. Il allume les lumières et je découvre alors une pièce immense mais totalement vide. Je reste scotchée devant ce qui est sensée être le bureau. Où est passé les écrans de contrôle ? Le chronographe ? Et toutes leur affaires ?
   
Je regarde Jude se diriger vers un boîtier sur le côté gauche du mur, en bas. Il active quelque chose et soudain tout se brouille devant moi. Et en une seconde, tout est apparu. Ordinateurs et bureaux. Je retrouve enfin le siège de l'ESSI.
  
— Très ingénieux, dis-je au Commandant. Une seconde et j'ai cru que vous aviez été cambriolé.
— En fait, c'est Owen qui nous a aidé à construire l'illusion d'optique. Comme certaines personnes de l'ESSI sont mortes, et que nous avons du mobiliser toutes nos forces pour venir vous sauvez, nous avons du penser à un moyen pour laisser en toute tranquillité nos équipements.
    
Je regarde Owen. Mon frère fait maintenant parti de l'ESSI. Il a rejoint ma cause, et celle de nos parents. Et il les a aidé.
  
— Et ce n'est pas tout, continue le Commandant. Owen a beaucoup d'idées pour la suite, et des idées vraiment très intéressantes. Il représente un très gros atout pour l'ESSI. Bientôt on pourra enfin changer les choses et renverser le Gouvernement. Je pressens que quelque chose de fort va se produire prochainement. Très prochainement.

   

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⏰ Dernière mise à jour : Jul 30, 2016 ⏰

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