Julien
Une fois délivré de mon cauchemar et l'adresse de ma Brunette en poche, après quelques messages, je file jusqu'à chez elle.
Impatient, comme dans les mythes, avant la rencontre avec une Naïade. Une tentation irrépressible, mais qui me coûtera cher ! Il parait que leur vision pouvait provoquer des états de folie temporaire. Tant pis je tente le sacrilège de me baigner dans ses eaux.
Lorsque la porte s'ouvre, quel choc ! Mais à quoi je m'attendais ? Qu'elle m'attende en string ou à poil ?
Dans « détresse vitale », il y a l'urgence, mais surtout un appel au secours ! Redescends sur terre Julien, elle ne va pas bien !
Pourquoi elle m'a appelé ? On ne se connait pas après tout.
Mais la vraie question reste entière : pourquoi ai-je accouru ? Pour elle ? Pour moi ?
Je la dévisage de haut en bas. Elle est canon. Il n'y a bien que les danseuses qu'un jogging peut valoriser. Et ce putain de débardeur, qui dévoile le défilé entre la rondeur de ses seins. J'en vois trop ou pas assez !
Même les yeux rougis pour je ne sais quelle raison, cette fille m'attire.
A ses traits figés, je prends la mesure de l'insistance de mon regard. Elle tient mal debout et se cramponne à la porte restée ouverte.
« Tu es là ! » Lance-t-elle aussi déboussolée que moi de ma présence ici.
« C'est le principe, quand tu demandes à quelqu'un de venir et qu'il te répond qu'il arrive en te demandant ton adresse... »
Un sourire timoré s'insinue sur son visage, qu'elle pointe du doigt. Elle s'excuse.
« Désolée, je n'ai pas réussi à me rendre plus présentable...Si tu veux repartir, je comprendrais. Je pensais que j'arriverai à faire face, mais là, je pense que tu ne me seras d'aucun secours ! »
Des larmes perlent aux bords de ses yeux. Adieu la baise !
J'avance vers elle en l'enlaçant. Elle ne résiste pas et s'appuie contre moi. Elle est à bout. Mon nez se perd dans ses cheveux. Je pose un baiser appuyé sur sa tempe. Le parfum de son shampoing me ramène à notre dernière rencontre, bien plus fougueuse ! Une légère effluve d'alcool inhabituelle s'y mêle.
Je claque la porte avec le pied et la soulève. Ses gestes sont doux et sûrs, presque instinctifs, quand elle m'enserre de ses bras, et qu'elle referme ses cuisses autour de ma taille. Ses lèvres frôlent ma peau. Son souffle me caresse.
Ce bouillon de sensations m'excite. Elle me plaît, c'est indéniable et surtout insupportable ! Comment la consoler alors que je la veux ? C'est quand-même con de mourir de soif devant une oasis !
Avant d'installer ma Naïade accablée sur son canapé, je passe devant une bouteille d'alcool de poire. Je ne peux m'empêcher de rire.
« Anna ! On ne t'a jamais appris à te miner correctement ? »
Etonnée, elle relève la tête et fronce les sourcils. « Pourquoi ? »
« Comment tu peux te saouler à la poire ? Je n'ai jamais vu ça ! Whisky, Vodka, mais une liqueur ! »
« Tu te foutrais pas un peu de ma gueule ? Je n'avais plus que ça dans mes placards ! »
Après une courte pause, elle s'esclaffe avec moi de son originalité. C'est déjà un bon point. J'aime l'entendre rire.
Quel paradoxe ! Je me sens complètement perdu et, à la fois, pleinement à ma place. Perdu, parce que je découvre qu'une relation peut être honnête. A ma place, parce qu'elle a besoin de moi, Julien. Pas le médecin, ni le beau gosse, et encore moins du fils de M. Brichet Georges, dont elle ignore l'existence.
Rien à prouver. Je suis libre. Pourtant, je me lie à chaque fois un peu plus à elle. De mon plein gré. Merde.
Je m'assois sur le canapé. Anna passe ses jambes sur les miennes pour rester blottie contre moi. Cette situation me parait surréaliste ! Moi, je console cette fille que je n'ai croisée que pour baiser et que je dessaperais bien de nouveau.
Bon. Sachant qu'une femme éplorée écoutée, est encore plus chaude qu'une femme qui rit, je décide d'instaurer la confiance. Son visage à nouveau lové dans mon cou, je caresse son dos, sa nuque et l'incite avec calme à s'extérioriser.
« Plus sérieusement Anna, tu ne préfèrerais pas te soulager un peu du poids que tu portes, plutôt que de pleurer toute la soirée dans les bras d'un mec que tu connais à peine ? »
Assez merdique, mais je n'ai rien trouvé d'autre. Je suis meilleur dans l'action.
Elle relève son torse. Ses yeux me sondent. Elle cherche une accroche et l'assurance de pouvoir s'abandonner. Elle en a envie, besoin. Nous restons rivés l'un à l'autre. J'ai envie de passer mes mains dans ses cheveux, de prendre sa bouche, qu'elle arrache ma ceinture et me monte nue en amazone...Stop. Je switche sur la partie encore raisonnée de mon réseau neuronal.
« Anna, en écoutant ton message, je me doutais que tu étais mal. Je suis venu, alors qu'on ne se connait pas. Tu m'as proposé de repartir et je suis assis sur ton canapé. Quoique tu en penses, je ne suis pas qu'un connard ! »
Mes paroles l'engagent et elle me raconte la détresse de sa sœur, son cancer et son abruti de mec, Vincent. J'aurais préféré un petit ami de merde que j'aurais déjà supplanté, mais là, je vais devoir être plus patient.
Je me surprends à partager sa souffrance sans fausse note. Pas un geste disharmonieux, ni une parole dissonante ! Je ne l'embrasse surtout pas de peur de tout désaccorder. Je la laisse orchestrer notre conversation, parce que cette nouvelle symphonie me prend aux tripes.
Une fois la brûlure de sa souffrance apaisée, elle plonge ses iris verts dans les miens. Je m'y noierais volontiers. Elle enjoint nos lèvres et murmure.
« Merci Julien ! »
Il ne m'en faut pas plus pour retrouver ma trique ! Je repousse doucement ma Brunette avant le dérapage. Si je lui saute dessus maintenant, je peux dire adieu à ma crédibilité d'homme attentionné.
De toute façon, j'ai bien mieux en tête ! Un peu d'action pour retrouver ma zone de confort !
« Tu t'en vas ? » s'étonne-t-elle déçue
« Non. ON s'en va. Tu m'as demandé quelque chose dans ton message. N'oublie pas ! »
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Tant que je pourrai t'aimer (en cours)
RomanceSa vie casanière d'avant, Anna veut mettre une croix dessus. Cette fois, plus personne ne décidera pour elle. Elle change d'hôpital, d'appartement. Sa résolution première : lâcher la bride et rattraper le temps perdu. Elle croise alors la route de J...