5. Dans la forêt.

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ISIS

L'étrange troupe a quittée la clairière et s'enfonce dans les méandres de la forêt luxuriante depuis une bonne partie de la journée.
Isis songe que l'après midi doit à présent être bien entamé mais cela ne reste qu'une déduction; la végétation est si dense qu'elle en masque le ciel et plonge leur chemin dans une pénombre rendant l'ambiance oppressante, alors que les racines sinueuses des arbres percent le sol tels des pièges natuels ne cherchant qu'à faire trébucher les voyageurs imprudents.

La jeune femme marmonne un juron. Comme si cela ne suffisait pas, pour des raisons obscures, cette horrible créature aux écailles rouges répondant au nom de Yangën a insisté pour les accompagner, et ce au grand dam d'Isis qui garde constamment sa main posée sur le manche de son épée bâtarde. Pourquoi cet intérêt soudain pour sa personne et sa résolution de l'accompagner jusqu'à la Tour du Magicien ? Elle l'ignore. Et cela lui déplaît. Fortement.

Cela n'a pas semblé enchanter non plus le centaure, même si Isis le soupçonne d'apprécier secrètement les pitoyables joutes verbales qui l'opposent à cet insupportable lézard. Un genre de plaisir coupable en somme.
Et au moins, tant qu'il est occupé il ne tente pas de la charmer. Se satisfaisant de cette maigre consolation, elle en remercie secrètement les dieux, priant pour que cela continue.

De temps à autre, le hurlement de créatures qu'elle ne parvient, et ne souhaite pas réellement identifier résonne au travers des arbres, s'ajoutant au désagréable sentiment d'être epiée.

"C'est encore loin ?" Finit-elle par lancer au centaure, ayant décidé d'ignorer le dragon.

"Difficile à dire" Rétorque evasivement l'hybride visiblement occupé à débattre avec Yangën au sujet de la consommation de viande chevaline, ce qui arrache un rictus, entre amusement et exaspération à la jeune femme.

- Eh. Qu'est ce que ça peut te faire ? T'es une antilope.
- Déjà, c'est insultant et de plus, tu dirais quoi toi si je mangeais des lézards ?!
- J'en aurais rien à faire.
- C'est bien ça ton problème Yangën !

Isis soupire, renonçant à obtenir plus d'informations et se contente de suivre le mouvement, sans baisser sa garde. Son regard se pose un champignon gris couvert de mousse. Elle fronce les sourcils et sursaute, tirant son épée au clerc au moment où ce dernier se redresse, comme tiré du sol, dévoilant un petit être qui pose son regard bleu brillant sur elle.
Sans lâcher son arme, elle se penche, curieuse vers ce dernier qui se recroqueville à nouveau en poussant un petit cri craintif, redevenant parfaitement immobile.
Elle observe avec intérêt la créature à présent immobile. Est-ce un animal ? Un végétal ? Elle n'a encore jamais vu telle chose de sa vie.

"C'est un Fungì, l'humaine. Et il semble avoir parfaitement compris à qui il a affaire." Lance une voix moqueuse derrière Isis, qui ne se retourne pas, fascinée par la créature.

YANGËN

Bon. Vous vous demandez sûrement pourquoi j'ai décidé de suivre ce tandem improbable. C'est simple; la curiosité quant à l'intérêt du vieux mage pour cette fille et l'ennui. Surtout l'ennui. Je doit bien l'admettre.

A présent la fille en question s'extasie devant un fungì. Littéralement un champignon avec des pattes...alors qu'elle est aux côtés de la plus formidable et noble des créatures...*

" C'est un fungì, l'humaine. Et il semble avoir parfaitement compris à qui il a affaire."
Je lance, quelque peu exaspéré, attendant une réplique cinglante, je n'obtiens que le silence. Meme pas un petit grognement exaspéré...

Quelle déception. Enfin. Typique des humains. Cette espèce ne cessera jamais de me consterner, j'en ai bien peur...

À la recherche d'une once d'espoir, peut être même de réconfort, je tourne mon regard vers Satys occupé à mettre de l'ordre dans ses boucles noires et lève les yeux au ciel. Non, les humains ne sont peut être pas les pires des créatures de ce monde finalement.

" Bon. Combien de temps allons nous enco...

Je suis interrompu par un cri guerrier. Quelle impolitesse... Je me tourne vers l'origine de ce dernier. Isis, épée en main fait de grands moulinets avec ses bras alors que des dizaines de fungì, jaillissant des fourrés bondissent sur elle, aggripant ses bras et ses cuisses.

- Tu ne les à quand même pas caressés ?
- Et comment aurais-je put savoir que...

Elle s'interrompt en tombant lourdement sur le dos et Satys, galopant à son secours se prend lamentablement les sabots dans une racine. Il s'étale à ses côtés et se fait rapidement recouvrir par les petits êtres qui entravent ces deux fiers voyageurs. Non mais franchement. Que dire de plus ? C'est extrêmement embarassant d'avoir de tels compagnons de route...
Dégageant d'un revers de queue une piètre tentative d'assaut des champignons à mon attention, je prend le temps d'éclater de rire et m'élève d'un coup d'ailes sur quelques mètres, observant avec amusement la scène qui se déroule sous mes yeux.

L'humaine et le centaure, incapables de bouger se font difficilement traîner par une cinquantaine de petits êtres en direction des epais fourrés. J'interviendrais volontiers si je ne me cassait pas les côtes à force de rire**.

Finalement, mon grand et bon coeur l'emporte. D'un mouvement gracile et élégant, je courbe mon corps et pique à leur poursuite, esquivant avec aisance les branches sur mon chemin.

ISIS

Isis, entravée par les fungì aggripe toujours sa lame fermement. Malheureusement son bras étant collé à son torse de par la pression qu'exerçent ces petits êtres, son arme est désespérément inutile dans ce cas, et même gênante puisque l'acier froid frotte contre son visage. Mais elle ne la lâchera pas. Elle en a fait le serment.
Elle hurle un juron en se sentant trainée dans les profondeurs de la forêt. Comment ces petites choses d'à peine quelques centimètres peuvent être aussi fortes et hargneuses ?

Entendant un hennisement sauvage à ses côtés elle tourne vivement son visage et distingue des sabots d'antilope battre l'air avec acharnement. La situation serait presque comique, si elle n'était pas aussi désespérée.

Elle revient à ses propres ennuis au moment ou des branchages fouettent son visage, l'entaillant très légèrement, ce qui lui arrache une exclamation de douleur. Elle grimace, lorsque soudainement elle se sent extirpée du sol et arrachée de l'emprise des fungì par une force.
Hebétée, elle pose son regard sur son épaule; elle est à présent aggripée par une main écarlate qui l'entraîne vers la cîme des arbres.

Reconnaisant la main du dragon, elle songe un instant à se débattre mais un rapide coup d'oeil en contrebas l'en dissuade; le centaure a présent couvert de fungì est entravé et entraîné par ces derniers au travers des arbres.

" Ne me remercie pas l'humaine. Non vraiment. Ne me remercie pas."

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* Je parle ici bien évidemment de moi. Un dragon, terreur de la Terre et maître des Cieux. En tout modestie, bien entendu.

** Je vous assure que de mon point de vue, la situation est particulièrement cocasse.

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Prochainement, nous passerons par "Le Sentier des Fées". Bisous. 😘

Chroniques Forestières - Le Sceptre De Moringa.Des histoires addictives. Découvrez maintenant