- Mange mon ami, c'est peu mais ce sera tout." lui chuchota le chevalier en s'approchant d'un pas.
Attiré par l'odeur de la viande séchée de laquelle montaient un nuage de saveur couleur terre, l'animal renifla jusqu'à elle, entre-ouvrit juste ce qu'il fallait sa bouche et, étendant sa langue, il croqua son faible repas, l'avalant sans plus de cérémonie. Il colla son nez là où il y avait pu y avoir la tranche, reniflant encore quelques secondes comme pour s'assurer qu'il l'avait entièrement mangée. Il finit par lécher le sol et se recoucha, non sans émettre quelques grognements à l'attention d'Adalrik, qui était resté planté devant lui. Il n'était pas le bienvenue, et son innocent voyeurisme non plus : tout du long, il n'avait pas lâché les yeux émeraudes du félin.
Ses compagnons choisirent alors ce moment pour le convier à les rejoindre. Dans la marmite qui crépitait sur le feu, une douce odeur commençait juste à s'élever et embaumer les environs. L'animal observait la scène de derrière ses barreaux, remarquant que les hommes se distinguaient en deux groupes. Les premiers, dont il reconnaissait certains visages, portaient des armes ; les autres préféraient s'équiper de breloques et vêtements aux couleurs diverses et variées serrant leur corps plus qu'il ne le fallait. Il n'y avait pas de femmes. Ces deux groupes ne se mélangeaient que s'il y avait une nécessité, ou le temps de se servir un repas, les marchands qui employaient restant entre eux, et la troupe de gardes qu'ils avaient employé riant bon enfant et se satisfaisant de cette organisation. Les uns nécessitaient les autres pour vivre, auss ils restaient liés ainsi et partageaient sans plus de gaieté de cœur.
Cette hyprocrisie donnait le tournis au félin, qui se tourna dans sa cage pour les soutirer de son champ de vision.
La nuit s'avança et le convoi reprit sa marche. Adalrik tînt fermement ses rênes : c'était à son tour de rester éveillé.
A l'aube, ils quittèrent enfin la forêt morte de Myrkvior, qui laissait place à un paysage plus ou moins vallonné, plus sec et plus mort encore, complètement désert, que la forêt. Alors que la journée s'avançait, ils durent se couvrir de tissus pour se protéger des rayons ravageurs et incessants du soleil. Emmitouflés sous leurs voiles, ils se rationnaient en eau, maudissant honteusement Tarian et ses puits, ses lacs, ses rivières, qui s'étaient tous taris. Au sud, entre deux larges collines, s'étendait la mer, cette eau salée avec laquelle ils ne pourraient même pas se désaltérer.
Dans sa cage, non protégé du soleil, l'animal était étendu, haletant, sa langue était pâteuse. Il avait soif. Relevant la tête, son regard resta coincé sur la mer. Son sang bouillonna et le félin, dans un excès soudain de peur et de rage, se jeta contre les parois qui le retenaient.
Si la cage tenait un griffon, elle tiendrait bien cette bête-ci, si féroce soit-elle ! Du moins, c'est ce qu'espérait Adalrik.
- Si les barreaux se rompent, ce sera de ta faute."
Movrick, qui avait stoppé son cheval pour laisser Adalrik le rattraper, comptait bien lui rappeler qu'il était seul ici à vouloir garder l'animal sauf.
Face au déferlement de colère du félin, il se tût alors, retenant ce qu'il avait voulu ajouter, pour porter un regard accusateur vers le chevalier. Le félin, ne quittant plus l'horizon de ses yeux écarquillés qui s'étaient tout d'un coup assombris, feula, sifflant de colère, réveillant les hommes endormis. Il tourna sur lui-même, piétinant de ses pattes, grondant encore. Son regard traduisait une certaine détresse et se posait tout autour de lui. Parfois, ses babines se relevaient, l'animal se jetant sur les barreaux dans la foulée.
Au départ, Adalrik prit sur lui.
- Ce n'est rien, ça doit être la chaleur, il est en plein cagnard, sans drapures et sans eau." rétorquait-il à Movrick qui, s'il possédait le pouvoir de tuer d'un regard, l'aurait assassiné un bon millième de fois.
Il lui donna même un peu d'eau dans une coupelle, que le félin renversa d'un coup de patte en feulant. Movrick rit à côté de lui, d'abord de son calme puis de son air frustré, ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase : le chevalier pivota vivement le haut de son corps pour s'emparer de son épée puis il se retourna de nouveau vers le félin, frappant d'un coup sec dans la cage avec son épée. Ses yeux se plantèrent dans ceux de l'animal, qui bougeait frénétiquement la queue. Il tînt quelques secondes ce regard, plissant des yeux. Son visage était devenu autoritaire. Quand il pensa que le message était passé, il se rassit correctement sur son banc, mais derrière lui, il entendait le félin gronder, alternant graves et aiguës. Adalrik leva les yeux au ciel, bien décidé à l'ignorer.
Les jours qui suivirent défilèrent sur le même tempo, quasiment semblables.
Les deux équipes se relayaient, prenant sa garde durant dix heures consécutives, partageant quatre heures de pause entre chaque relais sur une journée. A midi, elles alternaient après une pause de deux heures. Lorsque la nuit avançait, ils reprenaient deux heures de pause, et une nouvelle journée commençait. Le paysage, triste et morne, les accompagnait peu importe les sentiers.
Par chance ou par hasard, ils ne furent pas la cible de groupes malintentionnés. Movrick, lui, gardait toujours un œil sur Adalrik, alors que Vardan lui laissait enfin plus de liberté au sein du groupe.
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Elestreÿa : l'Assemblée
FantasiDe l'Yggdrasil, le Royaume de Tarian n'a hérité que du mauvais : entre pénuries d'eau, chaleur étouffante et froid mordant, le pays ne connaît que de malheurs. En guerre contre Deras depuis trois ans, que se passera-t-il lorsque le messager du roi G...
