Je t'écoute

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Je viens de finir de raconter mon souvenir à ma psy et elle est en train de l'écrire dans son cahier. Ça n'a pas été facile, mais je dois admettre que je me sens un peu mieux. Joanne n'avait peut-être pas tort de prendre ce rendez-vous, mais je ne sais toujours pas si parler à une inconnue est vraiment ce dont j'ai besoin, c'est assez gênant. De plus, je sais que maintenant ma psy va me poser des questions sur mon père et ces derniers jours, ce qui n'est pas très rassurant. Je n'ai pas vraiment envie de continuer à lui parler, j'ai tellement hâte que l'heure soit passée.

Elle pose son stylo et me regarde.

– Je suis contente que tu m'aies parlé, je sais que ça n'a pas dû être facile. Mais, même si ça m'a permis de me faire une idée sur les raisons de ta présence ici, ce souvenir n'est pas assez. Si tu t'en sens capable, j'aimerais beaucoup que tu me détailles un peu plus ce qui t'as amené dans mon cabinet.

– Alors vous n'êtes vraiment au courant de rien ? Je veux dire, je pensais que Joanne vous aurait quand même donné quelques précisions avant de prendre rendez-vous.

– C'est la personne qui t'as accompagné, c'est ça ?

Je hoche la tête.

– J'ai comme principe de laisser mes patients me raconter eux-mêmes ce qui les amène ici, et, d'après ce que m'a dit ma secrétaire de la discussion qu'elle a eu avec Joanne, elle avait l'air du même avis. Alors si tu es prêt, je t'écoute.

Partager un flash-back avec elle ne signifie pas que je lui fais confiance, je me sens un peu en colère qu'elle pense que ça va être aussi facile que ça. De plus, elle m'a menti. Si elle possède des informations sur Joanne grâce à cette conversation entre elle et sa secrétaire, elle doit sûrement en avoir aussi sur moi.

– Je ne vous connais toujours pas, je ne vais pas me confier à vous. Je vous ai raconté ce souvenir uniquement pour que vous le gardiez pour vous, et pour aucunes autres raisons. Alors ça ne sert à rien de croire que vous avez gagné ma confiance, parce que ce n'est pas le cas !

– D'accord, calme-toi s'il te plaît, j'ai compris. J'ai fait une erreur et je m'en excuse. On pourrait peut-être repartir sur un sujet plus léger si tu le souhaites, que dis-tu de parler de Joanne ? De ce que j'ai compris tu vis chez elle pour le moment, c'est ça ?

Elle continue à me poser des questions, elle ne comprend pas. Et en plus elle me prend pour un idiot, j'ai très bien compris qu'elle veut connaître les raisons pour lesquelles je ne vis pas chez moi. Alors je reste muet.

– Michaël, ça ne sert à rien de faire ce que tu fais, si tu ne me parles pas je ne pourrai pas t'aider.

Je la regarde, toujours sans rien dire.

– Allez, je sais très bien qu'au fond de toi tu as envie de te libérer de tout ça. Alors parle-moi, je te promets que tu te sentiras beaucoup mieux après.

C'est peut-être vrai, mais je n'ai aucune envie de lui parler de ces derniers jours, ils ont été si durs.

– Vous ne comprenez pas, je ne veux pas revivre tout ce qui s'est passé. C'est tellement douloureux ! J'aimerais juste pouvoir tout oublier.

Et voilà, je me suis confié. J'ai encore été faible.

– Je comprends, je t'assure. Mais tout garder pour toi n'arrangera rien, tu dois exprimer ce que tu ressens...

– Vous voulez vraiment savoir ce que je ressens ! J'ai envie de crever ! Mais je sais que je ne peux pas, sinon mon père ne sera jamais puni. C'est pourquoi j'ai hâte qu'il soit jugé, pour pouvoir enfin partir pour toujours. Parce que c'est ce que je veux le plus au monde ! Je ne supporte plus ce monde horrible, toutes ces choses affreuses que les humains font. Et toutes ces émotions aussi qui nous rongent de l'intérieur. Je n'ai plus la force de me battre contre tout ça, c'est beaucoup trop dur, la vie est beaucoup trop dur !

Broken [En Réécriture]Des histoires addictives. Découvrez maintenant