Le Nid

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L'air peinait à se frayer un passage jusqu'à ses poumons. Elle ne parvenait pas à détacher ses yeux des siens, de ces iris ardents, monstrueux.

Lui restait immobile, paralysé par la douleur, par la honte. Ce même regard dans lequel Ellyn voyait une bête témoignait d'une tristesse à laquelle elle refusait de croire. Il n'avait jamais montré aucun signe d'émotion quelconque, à l'exception peut-être de la colère savamment maîtrisée dont il avait fait preuve chaque fois que ses actions ne lui convenaient pas.

Et cela s'expliquait si simplement désormais. Une bête était incapable de ressentir une émotion, un remord.

Immobiles, agenouillés à mêmes les pavés gelés, ils ne ressentaient plus le passage du temps, n'entendaient plus la clameur surprise et inquiète, ne voyaient pas la masse compacte de personnes qui se rapprochaient d'eux, scrutaient leurs visages, s'exclamaient de stupeur à la vue de la marque du Selkan.

Seul un petit cri d'avertissement, poussé par un orphelin inquiet, ramena Ellyn à la réalité. Elle eut tout juste le temps de reculer de quelques pas avant que les coups ne s'abattent sur Daën.

- Ordure !

- Monstre !

- Chimère !

- Chien !

Les insultes et quolibets fusaient de toutes parts alors que sa silhouette disparaissait sous l'ombre de ses assaillants. Ellyn resta plusieurs secondes à regarder son compagnon se faire rouer de coups, muette. Une part d'elle lui criait de faire quelque chose, qu'il ne méritait pas cela. Mais une autre, mesquine, se voulait vengée de ses mensonges, et le méprisait pour ce qu'il était.

Sa bataille intérieure se termina lorsqu'une forte explosion retentit tout près. La panique se répandit comme une flaque d'huile dans la foule alors qu'un nuage d'épaisse fumée grise se répandait, englobant tous et toutes dans un chaos où l'on ne pouvait plus distinguer ses propres pieds.

Quelques bruits sourds résonnèrent alors que quelqu'un se frayait un chemin à travers l'attroupement en bousculant tout le monde sur son passage. Et quand la fumée fut dissipée, il n'y avait plus trace ni de Daën, ni d'Ellyn. Et la rixe prit fin aussi vite qu'elle avait commencé.

***

Le yeux rougis et gonflés par les fumigènes, la gorge sèche, Ellyn émergea avec difficulté. L'arrière de son crâne lui lançait terriblement. On avait dû l'assommer. Elle voulut bouger, mais ses mains étaient entravées, solidement attachées à la chaise sur laquelle elle était assise par d'épaisses cordes qui lui brûlaient les poignets. Sa nuque était raide, et elle eut le plus grand mal à la mobiliser pour observer ce qui l'entourait. Elle sentait un regard peser sur elle, et en tournant la tête, elle se retrouva nez à nez avec Daën.

Lui aussi était attaché, à une distance suffisante pour rendre impossible tout contact entre les deux prisonniers, quand bien même l'un d'eux parviendrait à faire basculer sa chaise.

Il semblait mal en point. Son visage était gonflé et couvert d'ecchymoses, sa lèvre et l'une de ses arcades sourcilières étaient ouvertes et il semblait respirer avec peine, ce qui laissait croire à une ou plusieurs côtes cassées. Il n'avait pourtant pas l'air de chercher à se défaire de ses liens. Il restait stoïque, malgré ses blessures et le regard rempli de haine que lui lançait sa camarade de cellule.

L'échange muet fut interrompu par le son de bottes frappant le sol de pierre de l'autre côté de la porte. La poignée tourna lentement et un homme pénétra dans la pièce.

D'âge mûr, cheveux grisonnants effleurant la base de sa mâchoire carré, sa peau tannée par les années lui donnait un charisme particulier. Il dégageait une force tranquille, forçant le respect, accentuée par la danse de la lumière des torches qui donnait à son visage des allures de statue antique.

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