11. Elle était la Lune

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« - On va en boîte, ce soir ? elle demande.
- Si tu veux, je lance, sans sortir la tête de mon bouquin.
- Tu lis tout le temps ?
- Seulement quand les gens m'énervent, je la taquine.

Elle me frappe avec l'oreiller en souriant, puis se penche vers moi et m'embrasse.

- Tu m'aimes ? je demande.

Elle se contente de sourire et de reposer ses lèvres sur les miennes.

Dans le mélange de nos salives, dans la danse endiablée de nos langues, elle me fit comprendre ce qui n'avait jamais pu franchir la barrière de ses lèvres.

Je compris qu'en m'autorisant à balader ma langue dans les recoins les plus perdus de son monde, elle m'autorisait à comprendre. Comprendre ce qu'elle pensait, comprendre ce qu'elle ne disait pas.
Comprendre ces trois mots qui ne sortaient jamais d'elle.

Et c'est dans la démence et l'ivresse de nos regards ; dans le fracas et l'habilité de nos lèvres que j'ai vu la réponse à ma question :

Elle m'aimait, et c'était atrocement merveilleux.

***

Nous entrons dans l'immense pièce et le bruit incroyable de la musique et des gens recouvrit notre discussion. L'odeur d'alcool, de clope, la fumée qui s'échappait de leurs bouches, ne contenant pas que du tabac. Leurs corps collés, ces filles aux vêtements inexistants, ces mecs aux regards baladeurs, aux mains baladeuses, aux clins d'œils aguicheurs, aux propos vulgaires.
Cette ambiance trop étrange où les gens disaient s'amuser.
S'amuser comment ? En criant comme des tarés, en s'explosant les tympans avec une musique trop forte (et nulle).

- Comment font-ils pour s'amuser, je crie à Why pour me faire entendre à travers leurs cris.

Elle me mime quelqu'un qui boit, puis quelqu'un qui fume.

Alcool et joints.

- On va s'amuser, nous aussi ? elle demande.
- Je sais pas trop.
- Allez, Clyde, c'est bon, on a qu'une vie !

Elle m'entraîne par la main et je me laisse aller.

On avale quelques rires de travers, des shoots de sourires sincères et le bonheur cul-sec.

Ça peut pas être ça le bonheur, si ?

Être obligé d'être défoncé pour se sentir heureux ? Hors de question.
Je me remets les pensées en place, malgré mes idées floues.

- Why, on rentre, je dis.
- Mais on s'amuse bien ! elle rigole.
- Non, c'est pas s'amuser, ça !
- Maiiis siiii ! Alleeeezzz !

Sa voix est totalement éraillée. Ivre.
J'attrape sa main et la tire brusquement dehors, slalomant entre tous ces corps soûls.

Nous nous retrouvons bientôt dans la rue, seulement éclairée par les deux seuls lampadaires qui sont en état de marche.


La quantité d'alcool que j'ai ingurgitée me donne soudainement envie d'uriner.

« - Faut que je pisse, Why, je dis.

Elle acquiesce et rigole seule à cause de l'alcool.

Après m'être soulagé contre un lampadaire, je retournais vers elle.

THE BIG WHYOù les histoires vivent. Découvrez maintenant