Je montais les dernières marches et enfin j'arrivais sur le palier de l'appartement de Ken. Je toquai une première fois, pas de réponses alors je réitérai et puis j'attendis patiemment qu'il vienne m'ouvrir. Une chose que j'avais apprise avec lui, c'est que quand il broie du noir, vous nous pouvez pas le forcer à vous laisser rentrer dans sa bulle. Peut-être qu'après tout il a envie d'être seul et que j'étais venue jusqu'ici pour rien, et peut-être même que j'étais la dernière personne à qui il voulait parler.
J'étais sur le point de m'assoir sur une marche pour patienter, quand il ouvrit finalement la porte. Mes yeux rentrèrent directement en contact avec les siens. Il avait le visage terne, les paupières gonflées et des cernes monumentaux. Depuis quand tu n'as pas fermé l'oeil toi ?
Je m'approchai de lui doucement et arrivée à sa hauteur je finis par briser le silence qui avait envahi le sas depuis qu'il avait ouvert la porte.
- On m'a dit que tu ne sortais plus de chez toi.
Il se racla la gorge un coup avant de mettre les mains dans ses poches.
- Hum, je préfère me faire discret.
- Tes amis s'inquiètent Ken.
Il fit une moue avec sa bouche, en se mordillant l'intérieur de la lèvre comme il avait l'habitude de le faire dans ses moments de doute. Il était étrangement silencieux, j'aurais pu penser que je le dérangeais mais au contraire, j'avais l'impression que ça lui faisait du bien de voir une tête familière.
- Je peux rentrer ?
Il s'écarta de la porte d'entrée pour me faire comprendre que oui. Je m'engouffrai dans l'appartement et en arrivant dans le salon je remarquai instantanément le pochon de shit sur la table basse. Incrédule, je me retournai vers lui. Il remarqua mon regard, il comprit que je l'avais vu.
Je savais qu'il avait complètement arrêté ces merdes, chose qui n'a pas dû être facile vu la consommation qu'il avait auparavant. Je bouillais intérieurement, comment peut-il se remettre là-dedans alors qu'il a eu toute la peine du monde à arrêter ?! Je jetai de nouveau un rapide coup d'oeil vers la table basse pour voir qu'une bouteille de whisky était posée juste à côté. Ok, Julietta, ne t'énerve pas, tu empirerais la situation.
Je me retournai vers lui et le regardai aller s'affaler sur le canapé, il posa ses coudes sur ses genoux et enfouit sa tête dans ses mains. Je restais plantée là, au milieu du salon. Je ne disais rien, sachant très bien que si des mots sortaient de mes lèvres, ce serait sans aucun doute des reproches. Alors je me taisais, j'attendais que ce soit lui qui prenne la parole, ce qu'il finit par faire après de longues minutes de silence.
- La situation me dépasse Jules.
- Tu as peur ?
- J'ai peur de fou Ju. Je tiens à la vie.
L'angoisse se sentait à travers son timbre de voix, il paraissait si fragile, si touché. En même temps qui ne l'était pas ?
Je m'approchai de lui et m'installai sur le bout de canapé juste à ses côtés. Sans même anticiper mon geste, je posai la paume de ma main à l'arrière de sa nuque en pressant mon front contre sa tempe.
- Tu sais Ken, ce n'est pas en consommant ces merdes que tu te sentiras mieux.
Il se racla la gorge tandis que je redressai mon visage pour le regarder, je massais doucement l'arrière de sa tête avec le bout de mes doigts.
- Je sais, les gars l'ont oublié la dernière fois, dit-il en désignant le pochon du menton, j'y ai pas touché mais je te mentirai si je te disais que je n'y avais pas pensé.
- Je suis contente que tu ne l'ait pas fait.
Il releva la tête vers moi pour ancrer ses yeux dans les miens.
- Putain tout ça pour des fils de putes qui comprennent rien. Ils comprennent rien à la vie ou à la religion. J'ai la haine si tu savais. Dans quoi on vit ?!
Il avait élevé la voix sans le vouloir et je sentais que peu à peu la tristesse laissait place à la colère, chose complètement normale.
- Je suis tellement d'accord avec toi, si tu savais.
D'un coup, il se leva et envoya la bouteille de whisky valser à l'autre bout de la pièce, celle-ci s'éclata sur le sol sans manquer d'arroser le mur à proximité. Il attrapa des verres posés sur sa table basse et les envoya contre un mur. S'il continue comme ça il va tapisser son appart de verre brisé.
- Ken arrête.
Ma voix ne parut pas arriver jusqu'à ses tympans puisqu'il réitéra son geste. Étrangement je n'étais pas effrayée par cet excès de colère, au contraire, cela me rassurait. Chacun a sa manière de réagir dans les situations extrêmes, Ken lui, il pète tout ce qu'il trouve, c'est une réaction normale venant de sa part. Or c'est au moment où il écrasa son point contre un mur où il venait à peine d'éclater un verre que je décidai d'intervenir.
- Ken stop.
Je me lançai vers lui, et interceptai son bras avant que celui-ci ne rencontre le mur une fois de plus.
- Julietta lâche moi, je ne veux pas te faire de mal.
- Ne sois pas ridicule Ken, tu l'as déjà fait. Je te le dis, un coup de poing ne changerait rien.
En évoquant ce sujet de discorde, je savais que j'aurais son attention et qu'ainsi il arrêterait, du moins pour l'instant, de frapper dans le mur. Profitant de ce moment de « calme », j'attrapai son poing ensanglanté pour regarder à quel point il était entaillé. Bon, il y avait beaucoup de sang, mais cela restait superficiel. Je me détournai un instant pour récupérer un verre de whisky qui avait résisté à son pétage de plomb et le lui versai sur les entailles pour désinfecter. Je l'entendis siffler, bah oui ça pique, fallait y penser avant !
- Suis-moi, on va dans ta salle de bain.
Il me suivit sans broncher.
- Assieds-toi, dis-je en lui désignant le rebord de la baignoire.
J'attrapai la trousse à pharmacie, j'avais tellement l'habitude de cette situation, le nombre de fois où j'avais dû désinfecter ses conneries. Je désinfectai une dernière fois avant de lui faire un bandage autour du poing.
- Va falloir que tu trouves un moyen pour calmer ces excès de colère Nek, tu vas finir par te foutre en l'air.
Comme réponse, il relâcha sa tête contre ma poitrine, en m'enlaçant les hanches. Au début je fus surprise par ce geste mais je me détendis en enfouissant mon nez sur le dessus de son crâne qui se trouvait tout pile à ma hauteur. Je faisais des cercles dans ses cheveux avec mes mains pour essayer de le réconforter. Et puis nous sommes resté ainsi, pendant de longues minutes.
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Incompatibles - TOME 2
FanfictionDes mois sont passés depuis la séparation de Ken et Julietta. Chacun vit sa vie et ne regarde pas en arrière. Enfin, c'est ce qu'ils essaient de faire croire ... Lui pense qu'elle l'a oublié, qu'elle ne reviendra jamais. Elle, croit savoir qu'il es...
