Arrivée dans mon salon, je lançai l'album de Ken que j'avais déjà acheté quand j'étais à Bali. J'enfonçai mes écouteurs dans mes oreilles et poussais le volume au maximum. Bien installée sur mon sofa, je me concentrais sur le premier morceau : Martin Eden.
Comme à mon habitude, je n'étais pas d'accord avec certains des points qu'il avait exposés dans ce morceau, et je ne me gênerais pas pour lui en faire part. Mais mis à part ça, j'adorais la façon dont il exposait son ambition et son lien avec son équipe. Il se servait de son image de « babtou » présomptueux et j'aimais ça. J'aime le Ken sûr de lui à 100%, même si je sais qu'il n'a pas que cette facette.
Morceau suivant, Mon âme. « Tu doutes mon amour ? Écoute mon album, j'y mets toute mon âme ». Et une claque, d'une ! Ça c'est le Ken que je connais, ces paroles me coupaient le souffle par leur justesse. À tel point que je dut mettre l'album sur pause pour rassembler mes idées. J'avais l'impression qu'il avait synthétisé, sans rien omettre, certaines de nos longues nuits passées à discuter. Je me sentis concernée par une petite partie:
« Jolies courbes, elle était tellement belle nue
Amour bestial durant la pleine lune
On l'a fait dans tout l'appart' en renversant les cendars
Et les tonnes de papiers que j'ai à peine lu »
Une petite partie de moi se disait que ce n'était pas moi la fille dont il parlait, d'après ce que j'avais compris il avait tendance à remettre sur le tapis des histoires passées. Mais il faut avouer que la partie du cendrier brisé, me disait quelque chose ...
Je n'étais même pas à la moitié de l'album que j'étais déjà complètement bouleversée.
Le Horla me secoua légèrement pour sa violence. C'est un livre de Maupassant que j'avais lu, il y a quelques années maintenant. Mais je me souviens très bien de l'état de folie décrit par l'écrivain dans ses derniers textes, et de la peur aussi... que Ken compare son état d'esprit au sien... ça me donnait envie d'aller le retrouver pour le soulager de ces pensées. Bon Dieu Julietta, arrêtes-toi d'être si mielleuse.
Nique les clones... Rien d'étonnant c'est du Ken tout craché. Au fil de mon écoute j'avais la sensation d'être intrusive, de lire son journal intime. L'air de rien, cela me mettait mal à l'aise. C'est bizarre parce qu'au final je n'apprenais rien, je savais beaucoup sur lui, il se livrait beaucoup, mais quand même j'avais l'impression de faire quelque chose de mal.
Comment des milliers de personnes ne le connaissant pas pouvaient autant kiffer en écoutant ses sons, et moi, j'avais l'impression de rentrer dans son intimité ?
Culpabilisant finalement, je décidais de lui envoyer un message pour le prévenir de ce que je faisais.
« Je suis en train d'écouter ton album, pour de vrai cette fois-ci. »
Voilà, au moins quelle que soit ma réaction à la fin, il le saura.
Je continuais mon écoute et j'étais de plus en plus impressionnée... et fière. En fait mon ego était gonflé à bloc style « Ouais l'homme de ma vie c'est Nekfeu ouais ». J'étais fière de l'homme qu'il était devenu, et tellement épatée par son talent. Limite la larme à l'oeil la go.
Même pas la peine de parler de Rêve d'avoir des rêves, j'adore aussi. C'est une musique paisible et les paroles sont poignantes. J'aimerais dire que je commençais à m'habituer à me prendre des claques à chaque son, mais je ne m'y habituerais jamais je pense.
Tempête, du lourd. Qui ça étonne ? La partie de « j'aperçois des personnes derrière les persiennes » me fit tellement penser à la fois où il avait déboulé chez moi en panique parce qu'il avait reçu des menaces avec des photos. Cette histoire me parait être tellement lointaine mais en même temps elle est si récente.
J'arrivais finalement à Égérie et je me crispai rien qu'en voyant le titre s'afficher sur l'écran. Je l'avais tellement mal pris à la première écoute, j'avais peur de réagir de la même manière, mais d'un autre côté cela devait forcément être différent puisque ma relation avec lui avait évolué, non ?!
Je mis l'album une nouvelle fois sur pause à la suite de mon écoute de ce morceau. En fait, j'étais sceptique. Finalement il mélangeait tellement ses histoires que même moi j'avais du mal à m'identifier à la nana de qui il parlait. Je ne lui ai surement pas tenu les mains en lui demandant s'il m'aimait, je ne me serais jamais rabaissée à lui demander un truc pareil. Et puis finalement, cette chanson était plutôt un fantasme non ?
Je ne m'attardais pas plus, de peur de changer d'avis et d'encore m'indigner par sa tendance à me mettre dans le même panier que les nanas qu'il a sauté.
Je continuais alors, j'arrivai à Laisse aller, « y'a qu'en amitié qu'on est fidèle ». J'essayais de me raisonner en me disant que ce n'était que des paroles, mais cette phrase me restait en travers de la gorge.
Je montais en pression toute seule quand on sonna à la porte. Je mis le morceau sur pause, qui que ce soit, merci de venir à ma rescousse !
J'ouvrai la porte nonchalamment, mon esprit était ailleurs, oui ton esprit était concentré sur Ken plutôt hein Jules !
- J'ai pensé que je devais voir ça de mes propres yeux quand j'ai reçu ton message.
Je vous laisse imaginer l'expression de mon visage quand j'entendis la voix du rappeur dont j'étais entrain d'écouter l'album.
- Qu'est-ce, je me raclai la gorge, qu'est-ce que tu fais là ?
- Je peux rentrer ?
Je m'écartai de la porte pour lui faire comprendre qu'il était le bienvenu. À ce moment là mon cerveau ne répondait plus, et aucun raisonnement ne semblait se former. J'étais littéralement en pilotage automatique.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Tu bois quoi toi ?
- Vin blanc.
- Je te suis.
J'allais lui chercher un verre et le servis.
- T'en es où, me demanda-t-il tandis que je lui tendais son verre.
- Laisse aller arrivait à sa fin.
- Tu les écoutes dans l'ordre ?
- Oui.
- Cool, le message de la prochaine me plait bien, tu devrais être attentive.
- Parce que tu comptes rester là pendant que je l'écoute ?
- Bah bien sûr, jme suis pas déplacé pour rien.
- Non mais non.
- Comment ça « non »?
- Bah non c'est gênant. Ça te gène pas, toi ?
- Pas du tout, c'est mon album, j'en suis fier.
J'étais sur le point de rétorquer que c'était hors de question, mais je repensais à ce que m'avait dit Laure. Il faut que je lui montre que je m'intéresse à ce qu'il fait. Alors, même si j'avais des frissons rien qu'à penser à l'intensité du moment que nous étions sur le point de passer, je répondis « d'accord ».
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Incompatibles - TOME 2
FanfictionDes mois sont passés depuis la séparation de Ken et Julietta. Chacun vit sa vie et ne regarde pas en arrière. Enfin, c'est ce qu'ils essaient de faire croire ... Lui pense qu'elle l'a oublié, qu'elle ne reviendra jamais. Elle, croit savoir qu'il es...
