Chapitre 11

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Eris était non loin du passage comme à son habitude. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle ressentait autant le besoin de venir là aussi souvent, mais le faisait quand même. Le chemin pour s'y rendre était dangereux après tout, Tiun n'était pas un continent amical. La jeune noctus s'en fichait comme elle usait de son pouvoir pour se fondre dans les ombres et éviter ainsi tous les dangers qu'il y avait sur sa route. Assise les jambes dans le vide, elle laissait Noc (Son ombrillion.) se poser sur son épaule. De mauvaise humeur comme presque à chaque fois, il faisait des petits bruits contrariés en agitant sa petite bedaine noire comme la nuit. C'était son sale caractère qui plaisait à Eris, il lui ressemblait beaucoup.

-Encore en pétard parce que je suis là toi? T'es pas obligé de me suivre partout tu sais! Dit-elle en lui donnant un petit coup d'épaule, qui le fit grogner un peu plus. Je viens là parce que j'en ai envie et parce que je le peux! Peu m'importe qu'on ait le droit ou pas. Je te retiens pas, tu peux toujours partir. Ajouta la jeune fille aux yeux bordeaux qui regardait son compagnon d'un oeil avant de se concentrer sur le passage. Enfin, le passage. Elle avait comprit que cette ruine s'appellait comme ça en déchiffrant les signes qui étaient gravés tout autour à même la pierre sous la petite arche. Abîmée par le temps mais toujours debout elle semblait imperturbable. Eris ne sentait pourtant rien en émaner. Si la construction avait été un tant soi peu magique elle l'aurait su. Pour un "passage" c'était un monument des plus banal, bien qu'il soit perdu en plein milieu de la forêt de minuit. Ces derniers temps Eris se sentait en meilleure forme. Plus curieuse de cet endroit, plus forte aussi. Elle n'en était pas sûre, mais elle avait bien l'impression que l'ombre elle même devenait plus importante sur l'île, comme si elle grandissait. De son point de vue c'était une bonne chose qui à défaut de la surprendre un peu ne la perturbait pas plus que cela. Le plus curieux était ce besoin inexorable de toujours revenir là jours après jour. Enfin, nuit après nuit. C'était ça qui la mettait vraiment mal à l'aise. N'ayant personne à qui en parler elle se contentait de venir ici comme tout son corps semblait le lui demander. Elle restait là à fixer ce monument en silence en cherchant pourquoi elle semblait tant y être attachée.

C'était leur troisième jour de marche qui venait de s'achever. "Enfin l'auberge et les vrais matelas", avaient pensé Ankê et Erieka toute la journée comme ils se rendaient petit à petit compte que leurs dos avaient du mal à suivre le rythme. Même si leurs bagages étaient minuscules grâce au sortilège qu'ils mettaient dessus chaque matin. Du moins quand ils arrivaient à les faire rétrécir assez à leur goût. Erieka devait également supporter le poids de sa queue qui la tirait en arrière presque jusqu'à la faire tomber quand elle était trop fatiguée. Leur étonnement restait le même face à la facilité avec laquelle Rohork portait son sac énorme sur son dos sans jamais s'en plaindre ou avoir l'air d'en souffrir. Peut être était-ce dû à son habitude de dormir à la dure? Un questionnement qui fit passer le temps à ses deux amis qui ne se rendirent pas tout de suite compte qu'ils approchaient de la taverne dont le naga leur avait parlé la veille. C'était la première fois que les deux humains voyaient un bâtiment construit comme celui là. La taverne était construite à moitié sur un arbre qui encadrait la porte tout en remontant vers l'étage, encadrant aussi les fenêtres avant de passer par dessus le toit et de le couvrir de son feuillage. La pancarte de la bâtisse était tout simplement pendue à une des branches qui avait poussé en avant par dessus le pas de la porte. Faite de bois et de chaux on la confondait presque avec l'arbre lui-même, sans compter les autres sur le bord du chemin qui la camoufflaient comme si elle faisait partie de la forêt. Même les vitres légèrement teintées ne faisaient pas bizarre ni ne contrastaient avec le reste. Tout était harmonieux. Les deux humains n'avaient plus de doutes quant à pourquoi Rohork avait décidé de s'y arrêter alors qu'il pouvait dormir n'importe où. Une fois à l'intérieur ils purent se rendre compte que là aussi l'arbre avait eu raison de l'endroit. La configuration donnait l'impression que la taverne avait été bâtit après qu'il ait poussé. Le sol était fait de planches parfois légèrement écartées mais robustes et dans un coin une bande de musiciens jouait un air entraînant qui donnait un charme singulier à la grande pièce. Les habitués de l'endroit regardèrent à peine les nouveaux arrivants. Ici l'ambiance était bonne. Il n'y avait pas de temps à perdre avec les regards de jugements ou les bagarres. Ceux qui cherchaient à se battre étaient mis dehors avec un coup de pieds aux fesses. La tavernière (Une femme assez âgée mais qui semblait tout aussi robuste que son commerce.) reconnut le naga et l'accueillit en lui faisant un câlin bien ferme. Ce qui ne manqua pas de le mettre mal à l'aise sous le regard amusé de ses amis. Mais ils ne restèrent pas amusés longtemps. Lorsque Rohork précisa qu'ils étaient avec lui, la tavernière qui répondait au doux nom d'Urma vint les serrer tout aussi fort, même si elle avait marqué un moment d'hésitation avant d'hausser les épaules en approchant de la jeune fille. Il y avait dans sa façon de traiter tout le monde de la même manière quelque chose qui rappelait un peu mémé. Mais ce n'était pas le moment d'être triste ou nostalgique comme elle leur montrait leur chambre, après que le naga ait insisté pour payer pour eux. Du peu qu'elle pouvait entendre bien que son ouïe soit meilleure, la jeune fille comprit que la dernière fois Rohork était resté bien une semaine et que visiblement son niveau de beuverie était supérieur à la moyenne. Un détail qu'elle partagea avec son frère adoptif pendant qu'ils choisissaient chacun leur lit. Au moins cette nuit ils n'auraient pas à tous dormir dans la même pièce. Ankê ne se rendit pas compte que c'était ce qui le mettait mal à l'aise, blâmant le fait que Rohork ait payé pour eux. Erieka avait enfouit ce détail loin au fond de son esprit lorsqu'elle avait comprit que boire faisait partie du plan pour cette soirée. Une nouvelle aventure. L'alcool ne l'avait jamais attiré plus que ça, elle préférait s'en tenir au thé ou au café. Ankê était bien plus expert en la matière. Pas un buveur né, mais un bon adversaire. Cela ne lui prit pas longtemps pour se rendre compte que c'était même prévu. Ankê et Rohork allaient s'affronter dans un tel duel. C'était amusant comme idée, mais un souvenir en particulier lui démangea le cerveau. Pratique mais flippant parfois cette ouïe. Finissant de se changer pour mettre une robe plutôt qu'un pantalon et une chemise, Erieka rejoignit Ankê qui lui aussi avait opté pour une tenue différente. Il fallait bien profiter de la pièce à laver où l'on pouvait décrasser ses vêtements sales après tout.

Reflets d'Obsidienne Tome 1Où les histoires vivent. Découvrez maintenant