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J'arrivais à la soirée comme on arrive au monde: agressé dans tous les sens. La calme de la rue se faisait remplacer par le brouhaha de la foule mêlé à la musique environnante, l'odeur d'air frais se métamorphosais en alcool, sueur et autres fumées psychotropes, ma peau jusque là doucement caressée par la brise de printemps était désormais moite et tripotée par n'importe qui passant à côté, ma langue auparavant mentholée de ma toilette précédente était désormais inondée d'un alcool amer et ma vue jusque là posée sur une route sereine était encore une fois envahie par l'image de ce garçon dansant avec grâce et provocation. La chaleur montait en moi en tant que colère ardente. Il avait l'air tellement serein, trop serein. J'avais envie d'aller le secouer, lui dire qu'il y avait une vie dehors, qu'il fallait qu'il se réveille, que l'insouciance n'était pas la clé pour vivre sereinement, mais impossible. Mes pieds ne bougeaient pas du sol, je restait juste là à l'observer. Pourtant lorsque ses yeux rencontrèrent les miens et qu'il partit en direction du couloir je pus le suivre, pour la première fois depuis des semaines j'avais trouvé les resources nécessaires pour aller le voir. Je le suivais de près dans le couloir, j'étais persuadé qu'il m'avait vu et entendu mais il ne déniait pas se retourner, continuant d'avancer de sa démarche gracieuse dans un énième geste provocant. Il entra dans une chambre, j'étais toujours à sa suite. Dans le noir, je cherchais ou il avait bien pu s'installer avant de voir qu'il était tranquillement assis en train de fumer sa cigarette sur le balcon, où je me dirigeais alors.

Il fit mine de ne pas me remarquer, continuant de regarder la ville alors que je m'installais face à lui avant de sortir mon propre tabac.

Je regardais son visage au reflet de la lune, le trouvant encore plus beau que d'habitude, et ça m'énervait encore plus. Il m'énervait, et pourtant il m'obsédait.

- Pourquoi tu m'obsède? Les mots s'échappèrent de mes pensées pour papillonner dans l'air jusqu'à ses oreilles.

- Ce serait à moi de le savoir? Répondit-il en un doux sourire.

- Je ne voulais pas le dire, me défendis-je.

- Mais tu l'as pensé un peu trop fort, rit-il.

- Arrêtes, lançais-je durement.

- Arrêter quoi? Demanda-t-il innocemment.

- De rire de tout! Explosais-je. De rire de tout. Tu n'as aucune conscience de danger, de limite, de quoique ce soit! Ça me tue!

- Qu'est-ce qui te tue? Répondit-il à l'interrogative dans un sourire insolent. Que je fasse tout ça parce que c'est dangereux, insensé... ou bien que toi, tu n'aies pas le courage de le faire?

Un ange passa. Son sourire ne se fit que plus grand alors qu'il tira sur sa cigarette, ne quittant pas mes yeux du regard. Bouche bée, je restais incrédule.

- Tu...

- Arrêtes un peu de te voiler la face, on sait tous qu'on devrait vivre comme ça. J'ai juste le courage de le faire, parce que je me fiche de ce qui peut arriver. Peut être que toi ça t'inquiètes parce que t'as un avenir tracé et je peux le comprendre mais moi du futur j'en ai pas. Je sais pas ce que je veux faire, pourquoi je veux le faire. Je décides mes journées le matin même et c'est comme ça que je me sens bien, c'est comme ça que n'importe qui se sentirait bien. Si ça te bouffe autant, fais juste comme ça, un jour. Juste un jour, lâches la pression. Tu verras, ça fait du bien.

Il avait tout lâché d'un coup, il avait finit les larmes aux yeux. Je ne savais pas pourquoi il en était arrivé à vivre comme ça, si c'était un choix ou une nécessité, mais le souffle de ses quelques phrases avait réussi à éteindre le feu haineux dans ma poitrine pour y poser un poids que je ne réussis à éliminer qu'en m'agenouillant pour me pencher en posant ma main sur la sienne, autant pour me rassurer que pour le consoler.

happiness ; johntenOù les histoires vivent. Découvrez maintenant