Est ce qu'on peut avancer le temps ou le faire reculer? Est ce qu'on peut arrêter d'exister? Est ce qu'on peut figer nos pensées? Est ce qu'on peut oublier à volonté? Peut être, si on l'espère très, très fort...
J'ai toujours été du genre à croire ce qu'on dit dans les dessins animés, même plus grande. L'union fait la force, le plus important c'est ce qu'on est à l'intérieur, des trucs du genre. Mais surtout, ce que j'ai toujours retenu, c'est qu'il faut y croire.
Ça me paraissait stupide de le dire. Pour moi c'était simple d'y croire, de croire en la vie, de croire en le monde malgré ses peurs. Il n'y avait que quelques mots dans cette phrase, rien à comprendre, rien de caché.
En fait cette moralité, si je peux l'appeler comme ça, m'était utile.
J'ai toujours eu affreusement peur de ce qu'il y avait autour de moi. Des gens, des objets, des menaces cachées, de l'avenir... On m'a souvent dit de me calmer, d'arrêter d'être "parano". Au bout d'un moment, je me le disais moi même. Je ne voulais pas laisser la peur l'emporter, les héros gagnent toujours et même contre leurs propres peurs. Alors je me répétais cette phrase, inlassablement. Il faut y croire.Malgré tout ce qu'il y a devant soi, malgré tout ce qui pourrait y avoir, malgré les pièges que la vie nous tend, il faut y croire. Ça ne coûte rien d'y croire et ça nous rend fort. Y croire, par dessus tout, y croire.
Mais maintenant, ai-je encore la possibilité d'y croire? J'y ai cru, quand j'avais le vieux journal de papy entre les mains, j'ai cru pouvoir chasser des fantômes. J'y ai cru, quand j'ai commencé à assembler différentes pièces du puzzle, j'ai cru pouvoir comprendre. J'y ai cru, avec le groupe formé dans l'hôpital, j'ai cru qu'on pouvait y arriver.
Mais maintenant, c'est différent. Ce n'est pas que je n'arrive pas à y croire, oh que non. C'est que je ne veux pas y croire.
Je ne veux pas y croire car cela me ferait trop mal, car cela briserait en milles morceaux ce que j'ai mis tant de temps à construire, toutes ces certitudes sur lesquelles j'ai cru pouvoir me reposer se sont affaissées.
Je le savais. Je savais que je ne pouvais faire confiance à rien ni à personne, encore moins à moi même. Je le savais mais jamais je n'aurais pensé que les certitudes, choses que j'ai toujours cherché, pourraient autant me briser.Le pire dans tout ça est que jamais je n'oublierai ce que j'ai vu.
Je me suis réveillée, dans une chambre sans trop savoir ce que je faisais là. Un rêve, au début ce n'était que ça. J'avais juste une vague impression d'avoir rêvé quelque chose mais que des petits morceaux, à peine des bribes pouvaient se constituer dans mon esprit embrumé. Mais, peu à peu, j'ai commencé à me souvenir. C'est fou ce que ça semblait réel, ces visages, ces gens... Pourquoi? Je devais délirer, toute cette histoire me tournait dans la tête et, peut être qu'au final je suis bonne pour l'hôpital psychiatrique. C'est ce que je me disais.
Mais je sais que c'est vrai, j'en suis plus que persuadée. Oui, je sais qui c'est, je sais qui est X.
Et ça a plus d'importance que ce que je croyais. Au fond, c'est logique, la folie de mon grand père n'était peut être pas qu'une histoire que s'inventent les adultes qui ont peur de la différence ou ne sont pas capables de la comprendre. En fait c'est réel, tout à fait réel.
Ses yeux ont peu à peu reflété la noirceur de ceux qui ne savent se sortir de la douleur. Mais pourquoi? Peut être qu'il a participé à tout ça aussi, qu'il est coupable de la douleur que je ressens au fond de ma tête.Oh que oui. Même si il n'a rien à voir avec mes hallucinations il en est coupable. J'ai plus mal que jamais.
Je me sens trahie, sale, humiliée. Je me sens perdue, déchirée, anéantie. C'est comme si mon cœur était de verre et qu'il venait de se briser. C'est comme si ma tête se transformait peu à peu en enfer vivant qui brûlera à jamais au fond de moi. C'est comme si il m'avait tuée sans que rien ne me touche. Je ne suis plus qu'une âme qui ne ressens rien d'autre qu'un feu, un feu venant d'une faille atrocement douloureuse, la faille de l'enfer, protégée par des flammes d'une telle violence que nul ne peut les traverser.
Je suis l'enfer.
Je leur demanderai, en fait même sans leur autorisation je le ferai. Je vais enquêter, vraiment, laissant des gens derrière moi si il le faut. C'est maintenant mon seul but.
J'entends une voix qui me sors de mes pensées, on me dit que mes parents et mon frère sont là. Ils entrent.
Je les regarde sans vraiment les regarder, les écoute sans vraiment les écouter, comme si ils étaient invisibles et que leurs paroles ne faisaient aucun sens.
Ils me disent qu'ils étaient très inquiets et qu'ils ont essayé de me voir plusieurs fois, en vain. Je n'étais pas là, ou j'étais blessée... Ils m'ont dit que ça irait mieux dorénavant et m'ont expliqué deux ou trois choses sans importance. On leur a expliqué que les hallucinations étaient fausses mais on ne leur a pas dit pourquoi. Tout ce qu'ils savent c'est que leur fille va bien.
Le problème c'est que c'est faux, leur fille ne va pas bien. Mais ça, ils ne le savent pas, ils croient ce qu'ils voient et entendent. Ils ont vu le visage rassurant des médecins et leurs paroles sécurisantes. Mais ce n'est pas logique, que voient-ils sur mon visage? Du vide? Je suis certaine qu'il n'y a rien devant eux, pas de Léa, juste un énorme vide. Je le sens en moi.
Je veux participer à l'enquête de la police, je veux savoir, je veux le voir! Même si je devrais déterrer un corps moisi dans un cercueil, je le ferai! Parce que j'ai besoin de le trouver, de le regarder, de pouvoir regarder une dernière fois ses yeux et les courbes de son visage, regarder une dernière fois cette personne qui m'a donné si souvent la force d'y croire. Je veux le trouver.
Pour lui cracher dans la figure.
Voila ce qu'il aura de moi, ni fleurs, ni carte encore moins de belles paroles entrecoupées de sanglots! Mais juste un jet de salive portant tout mon mépris.
Quand je me suis retournée j'ai juste vu des dizaines de personnes qui me fixaient. Chacune portait un nom, un nom qui était dans le livre d'expérience. Chacune avait un visage, un visage qu'on peut trouver sur le meuble avec les photographies.
J'ai le livre d'expériences serré entre les mains, on me l'a fait parvenir après que j'ai beaucoup insisté. Ma mémoire s'en souvient très bien, elle a décidé d'être d'une efficacité extraordinaire, elle se souvient de chaque nom que j'ai vu dans mon rêve en plus de chaque photographie associée. Peut être que des produits ont augmenté mes capacités cérébrales? Un effet secondaire? Bref, qu'importe, j'ai lu tous les noms et ils apparaissent tous dans mon rêve, tous sur l'étagère, sauf celui de X.
En fait c'était pas compliqué à deviner, la réalité m'est apparue tellement brusquement que je ne pouvais que comprendre.
Devant tous ces gens mes grands parents me faisaient face. Ils étaient comme sur les photographies d'eux, habillés de la même manière, avec le même âge... Pourtant tout le monde me regardait, tout le monde me regardait, me fixait droit dans les yeux sauf une personne, mon grand père.
Si toutes les personnes qui me regardaient faisaient parti de l'expérience il ne reste plus beaucoup de choix.X est ma grand mère.
Ce qui signifie.
Que c'est mon grand père qui l'a tuée.

VOUS LISEZ
Histoires De Minuit
HorrorDans la maison qui appartenait à son grand père mort quelques jours plus tôt, Léa est venue ici pour deux jours. Mais le séjour risque de se prolonger. Léa va t-elle résister à la folie? Va t-elle trouver la fin de l'énigme? Mais surtout, comment di...