Chapitre Vingt et Un: Intuition

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  La voiture est secouée pas des cailloux. Ils pensaient sans doute que c'était le moment idéal pour passer des vacances sur la route.

<<Ils ne savent pas! ILS NE SAVENT PAS! S'exclame-t-il violemment après avoir tenté de contenir ses émotions, en vain.>>

  J'essaie de rester impassible face à son expression émotionnelle quelque peu violente. Pour nous c'est pas les vacances.. Je souffre aussi mais dans cette famille c'est à moi de rester calme. Théo a tellement pleuré qu'il s'est endormi et ses rêves semblent agités, d'après ce que je vois dans le rétroviseur. Bordel.

  On est allés au commissariat juste après la disparition de Léa. Théo était sur le sol, en larmes, incapable d'expliquer ce qu'il s'était passé. D'après des professionnels il a été drogué. Ça me révolte tellement que je préfère me contenir. Pour ne pas, je sais pas, buter le premier innocent qui passe. Perdre son sang froid ne sert à rien. À rien du tout!
  Selon les policiers, les nouveaux amis de Léa, Chloé et Mathéo un truc comme ça, seraient arrivés peu après nous, n'ayant pas plus d'informations à nous faire parvenir. Bref ils sont inutiles.

<<Bordel qu'est ce qu'elle a fait??! Elle n'a rien fait! On va la retrouver, il le faut et on fera payer celui ou celle qui lui a fait subir tant de choses!

  Je lui jette un coup d'œil rapide et lui conseille de ne pas crier parce Théo est à l'arrière. Il ne m'écoute pas. Enfin si, il parle légèrement moins fort. C'est que j'ai une route à suivre moi!

-Tout ça parce parce qu'on est allés dans cette maison! On aurait pas dû!

  Je tente d'en placer une mais me bloque au dernier moment. À ses mots mon esprit est envahi d'une image nette, comme le cœur de mes pensées et m'est présenté avec une violence inouïe comme la vérité absolue. Mais bien sur!
  Arrivée à un certain point de la route je tourne violemment le volant en dérapant, envoyant voler des cailloux et de la poussière de tous les cotés, la voiture penche dangereusement sur le côté pendant une fraction de seconde et se rétablit provoquant une légère secousse à l'intérieur du véhicule.
Puis je m'arrête soudainement pour reprendre mes esprits.

-... Chérie?

-Mamaaaan il se passe quooooi??!!

  Je respire un grand coup puis fixe le rétroviseur comme si le sens de la vie était imbriqué dedans. 

-Il faut aller à la maison de papy. Je déclare.>>

  Personne n'oppose de résistance. Tant mieux. On a déjà un drame familial à gérer.


  La porte grince fortement. Je la pousse d'un coup malgré les interdictions de la police et une odeur forte de vieillesse et de pourriture parvient à mes narines.

<<Papa, maman, ça pue... Se plaint notre fils.

  Fabrice se penche vers lui et lui dit de rentrer dans la voiture. Théo refuse et s'accroche fermement au jean de mon mari. Il ne peut pas venir, c'est trop dangereux! Je prends une voix dure et lui ordonne de rentrer dans la voiture et de ne pas en sortir. Il me fixe quelques instants et finit par s'effectuer en marmonnant quelque chose d'inaudible. J'ai envie d'être désolée mais si je flanche une seconde je perdrais mon sang froid, le seul truc qui me fait tenir debout.
  Et là j'ai vraiment, vraiment, besoin de tenir debout.

 Je ferme la voiture à clé en priant presque pour qu'il ne lui arrive rien et me place devant l'entrée de la maison. Tout semble profond, sombre et ténébreux. On dirait qu'un être maléfique c'est installé ici avec son lot de sorcelleries obscures.

  Mon mari prend son téléphone en tant que lampe de poche et entre afin de trouver un interrupteur, je le suis de près. Hors de question de se perdre dans la noirceur. D'ailleurs je ne vois plus rien si ce n'est la lumière du téléphone et la panique commence à pointer le bout de son nez! Calme toi! C'est pas le moment! Je me répète. 
  Enfin j'entends un grésillement et tout s'illumine! Je frotte mes yeux quelque seconde et finit par m'habituer à la lumière.

  La police à tout mis sous plastique et a sans doute désinfecté l'endroit. Pourtant une petite voix me souffle qu'ils ne sont pas allés au bout, cette maison est bien trop grand et c'était celle de papa: les passages secrets c'était son truc à une époque. De plus, le bâtiment est encore interdit d'accès ce qui signifie que les forces de l'ordre n'ont sans doute pas fini leur inspection. Et qu'on est un peu hors la loi. 

-Ils sont plus compétents que nous, qu'est ce qu'on fout là? Je murmure, malgré moi.

  Fabrice se tourne vers moi tout en inspectant les lieux du regard.

-C'est de notre fille dont on parle. C'est pour elle qu'on est là.

  D'une manière ou d'une autre, il a raison. Alors je commence mon inspection de façon plus sérieuse et pragmatique. J'essaie d'établir un plan, on va pas rester là bras balants!

-Il ne faut pas se séparer. Par contre on est quand même deux paires d'yeux, je commence. 

Il me fixe. Il semble très inquiet.

Je continue légèrement plus vite.

-Le grenier est tout au bout de la maison. On commence par là puis on va vers l'autre bout, séparant les pièces en deux à chaque fois afin de chercher plus vite. On cherche des indices, n'importe quoi d'intéressant. Ok?

  Sachant très bien qu'il n'y a pas matière à discuter il exprime tout de même son accord en inclinant légèrement la tête. Puis nos pas se dirigent en direction de l'endroit sur lequel j'ai jeté mon dévolu en premier, pour une raison précise: Ce lieux, est celui que je redoute le plus. 

  La montée des marches n'est pas le moment le plus fastidieux ou effrayant mais je commence à trembler de tous mes membres. Puis Fabrice ouvre la porte après une profonde et lente inspiration. 
  L'intérieur de la pièce empeste le moisi et de décomposition. La tête me tourne et j'ai du mal à rester debout, je m'appuie sur le mur à côté de moi et fixe les ténèbres. La masse d'obscurité qui s'étend devant moi me semble encore plus profonde que celle de la maison, comme si il s'agissait d'une créature, incarnation du mal, qui se serait étalée de tout son long dans le parallélépipède qu'est le grenier, de toute façon bien trop petit pour qu'elle puisse y respirer. En toute logique, la porte étant ouverte, la créature, avide d'air pur, n'hésiterait pas une seconde avant de m'aspirer dans son monde de songes oubliés et de créatures cauchemardesques . 

  Puis je tombe au pays des rêves.


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⏰ Dernière mise à jour : Aug 30, 2020 ⏰

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