Le lendemain au travail, Emma convoqua ses collègues en salle de pause. Elle savait qu'il fallait prévenir le maximum de monde en même temps pour empêcher toute déformation venimeuse dans ce milieu de femmes serpents...cependant, l'organisation du travail en crèche fait qu'on ne peut pas réunir tout le monde en même temps sur le temps de travail. Elle allait prévenir alors, seule à seule, Eglantine et Paula en qui elle avait confiance. L'annonce de sa démission ne leur fit pas le choc attendu...elles acquiescèrent compatissantes ...elles le sentaient, en tant qu'amies, qu'Emma était à un tournant de sa vie. Eglantine l'interrogea :
- Tu vas faire quoi alors ? tu as trouvé un nouveau poste ?
- Non, je n'ai rien, absolument aucune piste. Je ne suis même pas sûre de vouloir être encore éducatrice. J'ai l'impression d'en avoir fait le tour.
- Tu te souviens quand tu disais que tu voulais ouvrir un café littéraire ?
- Oui, une idée farfelue...je me suis renseignée mais je n'en ai plus envie non plus. Je ne sais pas, j'ai juste besoin de m'échapper de tout ça, de faire le point.
L'annonce de la démission d'Emma ne fit sensation qu'une journée. Les parents la questionnèrent également. Elle répondait simplement qu'elle partait vers de nouveaux horizons professionnels. Le travail reprit normalement, sans inquiétudes. Ses collègues savaient qu'Emma ne tarderait pas être remplacée. En rentrant chez elle, Emma ne se sentait pas plus soulagée. C'était comme si démissionner avait été une formalité, alors que quelques mois auparavant cela lui semblait impossible. Soit elle devenait imperméable aux événements de sa vie, soit elle était sur le bon chemin, et que c'est pour ça que ça ne l'inquiétait pas plus.
Au moment de dîner, installée devant le canapé avec sa salade composée, Emma reçut un appel. Agence CielImmo. C'était Madame Manchecourte qui lui proposait une visite, le lendemain vers 18h. Emma était toute excitée. Elle regarda autour d'elle :
- Je t'aime petite maison douillette, mais j'ai besoin d'avancer...
Comme un signe du destin, un sifflement se fit entendre dans la maison. Le vent passait dans un coin ébréché de la porte d'entrée. La maison semblait d'accord, « bon vent ! ».
Le GPS conduisit Emma sur un grand parking où quatre superbes voitures noires étaient garées. Le parking se trouvait aux abords de maisons en briquettes rouges, toutes closes par des haies de petits arbustes verdoyants. De charmantes petites maisons, au bout d'une rue. Il y'avait un gros camion de déménagement et aussi une benne. Des ouvriers sortaient d'une des maisons en portant des poubelles noires remplis de gravas. Emma attendait devant le numéro 3, lorsqu'elle reçut un sms de Madame Manchecourte :
"Bonjour. Je ne peux vous faire la visite en personne. Un de mes agents est dans le secteur, il est chargé de le faire. Tenez moi informée pour me dire ce que vous pensez de la maison. Cdlt."
Elle scruta la façade, le toit, la maison paraissait solide et en bon état. Elle vit des personnes en costume sortir de la maison en travaux.
Un homme en costume noir tournait le dos. Il tenait une pochette dans sa main. Emma ne voulait pas paraître indiscrète en les regardant. L'homme de dos, avait les cheveux très noirs, le couple en face de lui, d'une quarantaine d'années souriaient en se regardant. Ils se tournèrent tous les trois pour examiner la maison. Emma comprit qu'il devait s'agir de l'agent immobilier. Ils se serrèrent la main et l'homme en costume se retourna vers la maison où Emma s'était adossée contre la barrière. Philippe ! Philippe était agent immobilier. Emma se sentait défaillir. Elle s'appuya sur ses mains pour se redresser du muret, pris une grande inspiration et afficha un sourire sur son visage rougissant. Il était à tomber par terre en costume, tout droit sorti d'une série judiciaire à l'américaine. Il regardait en direction d'Emma, il interrompit son avancée, pencha la tête et se remit en marche plus enthousiaste et souriant...Oh lala, oh lala faisait le cerveau d'Emma.... Il la regardait avec ses beaux yeux noirs et perçants et lui tendit la main.
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Emma Asgored
Short StoryEmma, la trentaine passée, étouffe. Différents maux la rongent. Petit à petit, elle va en comprendre l'origine, et (re)construire sa vie, comme elle le décide. Comment dire merde à tout quand on est bien élevée, polie et respectueuse? Comment avance...
