Chapitre 5

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Il déposa délicatement le récipient fournit de pâtes en milieu de table.

Fumant, l'odeur tentatrice pour un met si simplet.

Dabi continuait de fixer le plat avec circonscription, tandis que le policier s'aidait déjà d'une louche pour se servir.

-Tu ne peux pas savoir si tu ne l'a pas goûté. 

La remarque coupa court les pensées de Dabi, qui se rembrunit. 

Il détestait que même lors d'un court instant, le policier était si réceptif aux doutes culinaires qui l'inquiétaient. 

Cela devait lui donner l'impression narcissique qu'il le comprenait, et avec une facilité insouciante.

Une insulte silencieuse d'un égo démesuré.

-Je n'ai rien dit. Fit Dabi le visage fermé.

-Tu regarde le plat comme si j'avais servit de la mygale saupoudré d'arsenic.

Alexander avala une bouchée pour contrer ces dires. Il reprit.

-Mange, si tu veux reprendre des forces.

-Je ne pense pas justement que ce soit le plat le plus adéquat pour un malade.

-On a trop tendance à sous estimer le pouvoir des pâtes mon cher ami.

Nullement amusé par ces propos absurdes Dabi arqua d'un sourcil.

-Arrête de débiter des conneries.

-Sur les pâtes ?

-Oui. Et aussi. Je suis loin d'être ton ami. J'ai accepté de rester ici parce que ça m'arrange. Parce que c'est le meilleur moyen pour moi de survivre. Mais pense bien qu'au moindre doute, à la moindre entourloupe. Je me ferai une joie de cramer ta jolie gueule d'ange.

-Tu trouve que j'ai une gueule d'ange ?

-Ce n'est pas la question.

A croire que le dispositif interne de son système d'audition l'assourdissait aux menaces.

Dabi devait se rendre à l'évidence : les futures tentatives d'intimidation seraient alors vaines avec un tel spécimen à l'oreille pathologique. 

Le silence méprisant était désormais la meilleure des stratégies.

C'est dans le silence donc que Dabi se servit les pâtes à la sauce tomate industriel.
Immondice de la surconsommation contemporaine.

Il en avala une bouché, la pâte visqueuse glissant dans sa trachée sans le moindre effort. 

C'était mangeable. Mangeable.
Ses interprétations gustatives devaient être faussées par la faim. Cela ne pouvait être que ça.
Une défense biologique de ses papilles pour entraver un potentiel affamement autodestructeur. 
Anorexie mon amour. 

Il continua son ingestion, mais le geste était plus de l'ordre mécanique qu'une véritable dégustation. Après tout, qu'y avait il à déguster ? Ce n'était qu'un plat bon marché. Acheté dans une firme international qui reproduisait à l'identique la même merde dans les quatre coins du globe.     

Comme si il avait lu dans ses pensées -encore- Alexander demanda :

-Et qu'est ce que sa majesté aimerait bien manger la prochaine fois ?

Prochaine fois ?

Parce qu'il y aura une prochaine fois ?

Sûrement.

Ses blessures ne guériront pas de sitôt, et même avec ses attributs physiques sur-développé Dabi préconisait au moins un mois avant d'atteindre un semblant de rétablissement.

Son regard transperçait désormais le policier coupable de cette scène ridicule qui valait les meilleures parodies de la série "Friends".

Lui et ses enfoirés de collègue l'avait salement amoché.

Il sentis un crépitement fulminant dans sa paume. Témoignage de sa colère retenue.

Lentement il ferma les paupières tentant désespérément de se calmer.
Manquerait plus qu'il foute le feu à la baraque.

La tactique "tu ne mérite aucune réponse ou remarque de mon humble personne" se trouva être infructueuses quand le détective prolongea les propos suivant :

-Ne le prend pas trop personnellement. Ce n'étais qu'une question. J'essaiye de faciliter au mieux ton... séjour ici.

Dabi eut un sourire narquois et brava son vœux de silence.
Fourbe tentation de la répartie.

-La faute à qui si je suis contraint audit séjour ?

-Toutes mes excuses, j'aurai dû te laisser crever dans le caniveau.

-Les pâtes sont dégueulasses. 

Détournement de la discussions.
Dabi détestait la répétition. Si le policier voulait des remerciements il avait raison. Il aurait mieux fallut qu'il le laisse crever. 

-Bouffe. Fit Alexander engouffrant une autre bouchée.

-C'est un ordre ?

-Un conseil. Je ne fais que l'étalage des bénéfices qu'apporte l'alimentation sur la santé.

-Je ne pense pas avoir eu vent de pseudo propriété médicinal chez le ravioli.

-Le raviolo. 

-Quoi ?

-Des raviolis. Un raviolo. 

Dabi dévisagea le policier sidéré. Souriant celui ci renchérit.

-Des spaghettis. Un spaghetto.

-Est ce que tu peux me préciser d'une chose. Parce que je ne suis pas sûr mais... jusqu'où exactement va ta connerie ? 

La réponse fut terrifiante :

-Tu n'as pas idée.

Un malheur n'arrive jamais seul.Où les histoires vivent. Découvrez maintenant