Ana savait que le passé pouvait être dur à raconter. Elle ne le forcerait pas. Mais parfois, se confier soulageait le cœur. Et puis elle n'allait pas mentir, elle était plutôt curieuse. Elle reprit la lettre que Nori avait déposée au sol pour la relire, pendant qu'il fouillait dans le reste du dossier.
Dans la pochette en cuir, Nori découvrit deux photographies. L'une datait de sa naissance, alors qu'il n'était encore qu'un tout petit bébé dans les bras de ses parents, debout devant leur maison.
Et l'autre, un peu plus récente, avait été prise lors de son entrée à la nurserie. Un petit sac contenant ses jouets préférés sur le dos, il avait un regard effrayé et larmoyant. Ce n'était pas lui sur la photo mais un enfant brisé, en miettes. Un jeune garçon qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait, pourquoi la vie était si dure avec lui...
Même s'il restait souvent nostalgique, il n'était plus dans cet état, fort heureusement. Et depuis sa rencontre avec la joyeuse Ana, il réapprenait à croquer la vie à pleines dents, à faire confiance aux autres. Il espérait ne jamais replonger dans un gouffre sans fin de souffrances inutiles.
Il reprit ses recherches et découvrit quelques papiers officiels attestant qu'il vivait à la nurserie sud d'Atlantis, sous la direction de Navile et des nourrices travaillant dans l'établissement. Il vit que ses parents avaient signés ce papier. L'avaient-ils fait de leur plein gré ? Ou les avait-on forcés ? Cela pouvait aussi être faux. Ils auraient pu s'arranger pour qu'il aille chez ses grands-parents, oncles ou tantes. Quoique... Peut-être que ceux-ci lui avaient déjà tourné le dos après l'incident.
Ils avaient abandonné un enfant suite à l'erreur de ses parents. Autrefois il était plein de colère envers cette famille cruelle. Maintenant, il était bien content de ne pas vivre chez eux.
« Alors tu as trouvé quelque chose d'autre ? Qui pourrait nous aider à essayer de décoder la lettre de ta mère ?
- Non rien. Deux photos inutiles et la paperasse de... de mon adoption. Ici, à la nurserie.
- Tu te sens bien ici ? Tu as l'air d'être si... Libre. C'est étrange à dire mais tu n'as pas d'attaches. Pas de famille te dictant ta conduite. Pas de regard noir si tu leur fais honte. Tu as l'air d'un oiseau solitaire montant sans répit vers le ciel. Libre de ses mouvements. Vers une destination connue de lui seul...
- C'est beau ce que tu dis Ana. En réalité, j'avais beaucoup de colère en moi après l'arrestation... Je haïssais cet endroit. Les nourrices bavardes, Navile, les bébés criards. Mais au fil du temps, je prends du recul. Je vois l'amour des nourrices pour les petits. Je vois la confiance de Navile. Je vois l'innocence de tous ces bambins. Je sais que j'ai une grande liberté de mouvements par rapport à tous ces enfants de cueilleurs d'algues obligés de travailler. Mais je ne sais plus qui je suis. Je me sens si perdu parfois...
- C'est normal, on passe tous par là. Et puis l'adolescence est la période de remise en question. Tu reprendras petit à petit confiance en toi. Mais saches que tu n'es pas seul. Tu as toutes les nourrices avec toi, Navile, moi-même, mon grand-père également. Je n'ai pas expérimenté ce que tu as vécu. Mais je n'ai jamais connu mes parents. Je me sens parfois.... à part. Rejetée. Différente. Et seule.
- Tu es pourtant tellement joyeuse ! Et tu parais tout sauf timide.
- C'est un masque, une façon d'oublier qui je suis au fond. J'essaye de faire en sorte que l'on se rende compte de ma présence. Qu'on ne m'oublie pas. Je veux me sentir exister aux yeux de certains.
- Je te comprends. Pendant longtemps j'avais l'impression d'être invisible. Je n'avais pas grand-chose à faire ici. Les nourrices travaillaient, les bébés dormaient, je ne sortais pas. La peinture m'a beaucoup aidé à m'évader...
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Aquarius
FantasyLes chroniques du Connectus, tome 1 : Aquarius. Nori est un adolescent comme les autres, ou presque. Il vit dans un fabuleux monde aquatique qu'aucun d'entre vous ne connaît. Mais un passé difficile à digérer pèse sur ses épaules car il a grandi san...