Chapitre 17

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  « Tiens, bonjour Nori. Comment vas-tu ? Navile se porte bien ?

- Oh, bonjour monsieur, répondit l'adolescent en sursautant. Bien et vous ? Oui elle est en bonne forme.

- Grand-père ! intervint Ana. Que fais-tu ici ? Un souci ?

- Non, ma petite Ana. Je rentre un peu plus tôt car je suis très fatigué. Je ne tiendrais pas la journée. Les soldats m'ont autorisé à revenir à midi, et à profiter de la suite de la journée pour me reposer. Mais je ne m'attendais pas à voir Nori de sitôt. Ne le prends pas mal, jeune homme, ta présence ne me dérange pas du tout ! Que dirais-tu de manger avec nous, ce midi ?

- Ce serait avec plaisir, merci.

- Bien. Très bien. Je vais aller me reposer un peu avant de préparer le repas. Profite-en Ana ! Pour une fois que je mets la main à la pâte, rit-il »

  Les deux adolescents observèrent le vieil homme rentrer dans sa maisonnette en sifflotant. L'aura respectueuse qui émanait de lui les détendit aussitôt, après les douloureuses explications de Nori.

  Ce retour dans son passé, dans ses souvenirs, l'avait tout retourné et bouleversé. Alors qu'il luttait pour garder la tête haute, Ana avait réussi à lui faire quelque peu oublier ses douleurs pour profiter du moment présent. Mais ce récit l'avait fait replonger. Même si, étrangement, il se sentait plus léger, presque rassuré.

  « Tu sais, lui dit son amie, tu ne devrais pas te faire souffrir autant. Tu n'y es pour rien. Et ne t'occupe pas du regard des autres, peut-être qu'ils sont simplement jaloux de l'endroit où tu vis. Tu es mieux logé et nourrit que beaucoup d'entre nous, et tu n'es pas obligé de travailler. Et puis, à notre âge, les parents nous énervent plus qu'autre chose, on a qu'une envie : c'est de les étrangler !

- Même si je sais très bien que je n'y suis pour rien, ça n'enlève pas la douleur. D'ailleurs, tu ne m'as jamais parlé de tes parents. Je croyais que tu vivais avec ton grand-père.

- Oui, je vis avec lui car ils sont décédés lors qu'un accident aux champs. Les soldats étaient partis en pause quand un requin a voulu faire son dîner. Et des ouvriers sans défense ont servis de plats de choix... Ça devait être horrible ! J'avais à peine un an, mon grand-père me gardait à la maison la journée, déjà, donc je n'ai ni souvenir de mes parents, ni souffrance d'un deuil. J'adore mon grand-père, et je suis fier de vivre avec lui ! Même si parfois il m'énerve, avoua-t-elle.

- Il est tellement gentil et sage, je trouve.

- Il est surtout juste. Il sait toujours différencier ce qui est bien de ce qui est mal. Il a le cœur sur la main. »

  Ils sourirent en pensant à ce vieil homme extraordinaire. Nori, les rares fois où il avait pu le voir, avait déjà remarqué combien il était respecté dans le quartier. Il prenait toujours des nouvelles des uns et des autres, paraissait plus inquiet pour eux que pour sa propre vie. Il était toujours calme et un sourire bienveillant éclairait constamment son visage. Même ses cheveux très pâles, dus à son âge avancé, lui conféraient une auréole d'ange au-dessus de la tête !

  « Nori, arrête de penser à eux, gronda Ana en faisant référence aux parents du jeune homme.

- Ils ne sont pas toujours dans ma tête ! Je pensais plutôt à ton grand-père, expliqua-t-il d'un ton légèrement vexé.

- Oh, pardon, j'avais cru un instant...

- Ce n'est pas grave. Je pense savoir pourquoi je souffre tant. C'est moi qui me puni. J'ai longtemps eu mal à cause de leur trahison. Je ne voulais pas croire qu'ils avaient fait quelque chose d'horrible ! Je préférais me voiler la face. Maintenant que sa lettre a... Que ma mère a avoué avoir commis des actions rebelles, je suis triste de n'avoir pas écouté Navile lorsqu'elle me disait que je devais éviter de penser à eux, qu'ils avaient fait des choses mauvaises et qu'ils ne me méritaient pas mon intérêt. Après, ils restent mes parents biologiques.

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