Corvis (auteur du remarqué Fin d’un Monde de notre première anthologie) s’interroge ici : l’obscénité et la pornographie, poussées à incandescence, ne peuvent-elles pas toucher aux plus intimes racines de l’être et provoquer dépersonnalisation et folie furieuse ? Un récit expérimental, jusqu’au-boutiste, sans concession, mené par une écriture hallucinée, compacte, frontale. Déconseillé aux âmes sensibles et aux adultes non accompagnés.
Les soupirs du voyeur (Corvis)
Je bande.
Tourbillon de plaisir, spasmes et langue brûlante sur ma verge.
Vision hachée, brume vaporeuse et souffle court.
Happé dans le mouvement ondulatoire et le rythme de piston, je distingue le monde à travers un voile de sueur, en brefs instantanés, sans prendre vraiment conscience de l’entière situation.
Un grain de beauté sous mes yeux et le goût de son sein dans ma bouche.
Une chambre embuée nimbée de rouge et les gémissements du lit.
Son visage aux yeux clos, ses cheveux en cascade, et ses lèvres brillantes à chaque extrémité.
Des fesses qui se compriment, s’ouvrent, frémissent, et l’odeur d’algue fraîche et de rosée acide.
Un lotus entrouvert aux pétales humides, et mon sexe englouti jusqu’au socle dans un fourreau fiévreux pour un baiser profond.
Je ne saisis pas toute l’ampleur de la symphonie, mais au milieu du flou extatique je perçois les différentes partitions.
Les flashs saccadés se succèdent au rythme des contractions, elle crie par à-coup, et j’agrippe fermement son bassin.
La vue brouillée par mon souffle chaud, je contemple ce corps aux joues écarlates, aux seins blancs et lourds qui gigotent comme s’ils cherchaient à s’enfuir, aux hanches larges et souples que mes doigts pétrissent.
Et la fente rose, telle une serrure de chair entre ses cuisses, où ce membre épais qui n’est plus le mien va et vient en cadence, s’enfonce en palpitant et ressort plus dur encore, à mesure que l’excitation afflue vers son point de non-retour.
Je sens la sève brûlante qui remonte comme d’un pipeline et demande à sortir.
Dans quelques secondes l’orgasme va éclater.
Je vois mon sexe dardant quitter son réceptacle et l’attrape à pleine main. En offrant sa poitrine, ma camarade de jeu gémit une supplication qui se perd dans le brouhaha de mes pensées. Les doigts collés sur son amande, elle me regarde tirer vigoureusement sur cette verge impressionnante qui pourrait être la mienne, fièrement dressée en étendard.
Dans un dernier spasme électrique, je lâche la bête et laisse la pression faire son travail.
Un geyser blanc et chaud jaillit de la prune aveugle au bout de mon corps, et se répand en petites flaques épaisses sur la poitrine de ma compagne.
Mon pénis est un arroseur automatique, crachant son plaisir à intervalles réguliers alors que mon corps tout entier tremble sous les décharges.
La respiration haletante et la peau piquetée de frissons, je ferme les yeux pour reprendre mon souffle.
Et puis c’est le réveil.
Le soleil filtre doucement à travers les persiennes.
Mes yeux encore englués de sommeil s’ouvrent à demi.
VOUS LISEZ
Folie(s)
Fantasy18 textes échappés de l'asile. Les Fous ont la parole ! Folie joyeuse, tragique, douce ou furieuse, folie visionnaire, délirante, compulsive, criminelle ou simplement géniale... Mais aussi : folie qui ouvre sur un autre monde, qui efface les limites...
