Chapitre 8 - Breakdown

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« Les flocons tourbillonnaient au-dessus de ma tête.

Le froid venait griffer mes joues roses devenues pâles.

Je n'avais plus de larmes pour pleurer mon désespoir.

J'aurais pu être morte que ça n'aurait pas eu d'importance.

Les flocons tourbillonnaient au-dessus de ma tête.

Uniques et fragiles.

Faisant naître un tapis blanc à mes pieds.

L'épais manteau de neige m'enveloppait.

M'enfermant dans un cocon glacial.

Réduisant la chaleur de mon corps à néant.

Etais-je vraiment en vie ? »

Bastogne, Belgique - décembre 1944

Les hautes silhouettes immobiles des arbres semblaient nous regarder de toute leur hauteur, se demandant ce que des créatures aussi insignifiantes pouvaient bien faire là à se massacrer.

Le froid. Encore et toujours le froid. Le froid glacé et mordant. Impitoyable.

Moi qui d'ordinaire n'avait rien contre les saisons froides, que ce soit l'automne ou l'hiver, je devais bien avouer que je ne pouvais plus voir la neige. Ni le froid en lui-même.

J'aurais tout donné pour avoir vingt degrés et un joli soleil. Ou juste être loin d'ici. Très loin d'ici.

Je n'étais pas à l'aise. A cause du froid mais aussi à cause du temps pour réfléchir que l'on me donnait. Je me demandais certains jours si j'avais fait le bon choix presque trois ans en arrière. Je secouais la tête. Me poser ce genre de question n'était pas utile. Presque ridicule même.

J'avais agi en écoutant à la fois mon cœur et ma tête, et poussée par la volonté d'agir. Moi qui avais déjà subi la mort de Jonathan. Mon doux Jonathan.

Ça va Emma ? me demanda Lipton en passant près du trou que j'étais en train de creuser.

Je relevais la tête et je me rendis compte que j'avais creuser un peu trop profond. Beaucoup trop même. Perdue dans mes pensées je m'étais défoulée sur ce sol dur et gelé. Littéralement.

Oui, ça va Lip, répondis-je presque machinalement.

Je crois que tu as assez creusé.

Oui, admis-je. Je pense aussi. Je pensais à autre chose.

Ton frère ?

Non, juste moi.

Lipton s'assis dans mon trou, puis il sorti sa gourde pour boire une gorgée d'eau. Je plantais ma pelle dans le sol et je m'assis à mon tour en soupirant. Je sentais de la sueur perlée sur mon front, gelant presque immédiatement avec le froid glacial qui régnait autour de nous.

La vie peut filler en un instant, dis-je. Même un simple trajet en voiture peut tout changer.

Je le sais, fit Lipton en tournant son regard vers moi.

Je l'interrogeais du regard.

Je l'aie vécu, ajouta Lipton en voyant mon regard. J'ai perdu mon père quand j'avais 10 ans dans un accident de voiture.

Je suis désolée Lip, dis-je

Cela fait un moment maintenant. Même si je pense à lui constamment.

Into the fireOù les histoires vivent. Découvrez maintenant