-point de vue de Lucy-
C'était une belle matinée. Un peu nuageuse, mais les nuages étaient blancs et parsemait le ciel comme du coton délicat.
J'avais entendu ma sœur se lever tôt ce matin-là. Elle était partie sans mot dire et je me doutais bien de l'endroit où elle allait. La veille de son départ, elle ne pouvait aller qu'à un seul endroit : sur la tombe de Jonathan.
Elle me touchait. Elle avait perdu son mari il y a plusieurs années, mais malgré ça elle l'aimait toujours. Et elle l'aimerait sans doute toute sa vie.
Je me levais à mon tour, et comme souvent, j'aidais la gouvernante pour mettre la table du petit-déjeuner.
Emma revint rapidement après et je profitais des dernières heures que j'avais avec elle.
Ma sœur aînée avait l'air soulagée. Et je ne posais pas plus de questions.
Je me souvenais encore quand elle était venue me rendre visite au cabaret, se cachant dans un coin sombre de la salle pour m'entendre chanter. Puis elle était sortie de l'ombre dans laquelle elle se cachait pour m'adresser un sourire sincère mais m'avait paru à des années-lumière de ce qu'elle avait pu vivre ses dernières années. A croire que la musique adoucit tous les cœurs et les esprits.
Je la revoyais parfaitement dans son uniforme de lieutenant, qu'elle portait fièrement, faisant toujours passer son devoir avant le reste. Son beau visage était marqué, et ses prunelles n'avaient plus la même étincelle. Mais elle n'en restait pas moins sublime.
Emma était ma sœur aînée, mon modèle, mon héroïne aussi. Et je savais que quand elle partirait à nouveau elle me manquerait terriblement.
Tu vas partir combien de temps ? demandais-je à Emma alors qu'elle rassemblait ses affaires.
Je ne sais pas Lucy, répondit-elle. Plusieurs mois sans doute.
Tu es engagée jusqu'à quand ?
Lucy, commença Emma.
Dis-moi, insistais-je. S'il te plait.
Jusqu'à la fin de la guerre, me répondit-elle.
Autrement dit cela pouvait durer des mois. Ou des années. Je m'avançais vers elle et je la pris dans mes bras.
J'espère que tu reviendras bientôt, soufflais-je.
Je suis très bien entourée, fit-elle en se détachant. Ne t'en fait pas.
-/-
Emma venait tout juste de passer le seuil de la maison de famille. Et elle me manquait déjà. Tout comme la première fois qu'elle était partie en 1941.
Ma sœur ainée était la femme la plus courageuse que j'aie jamais connue.
Deux jours plus tard j'avais pris ma décision.
En me réveillant ce matin-là je voulais faire plus. Chanter me paraissait bien dérisoire. Nous étions en pleine guerre, mes deux ainés étaient au front et ils affrontaient mille dangers. Moi j'étais incapable de faire de même. Incapable de prendre les armes ou de tuer qui que ce soit. Mais je pouvais aider. Et je voulais aider. Mon père nous avait dit qu'ils avaient besoin d'aide à l'hôpital, et notamment au dispensaire. C'était maintenant ou jamais.
Je commençais donc l'été à apprendre à soigner. Mon père m'apprenait les gestes de base. Et je pouvais voir dans son regard de la fierté.
Les semaines s'écoulèrent ainsi jusqu'à l'automne. Je passais mes journées entre l'hôpital et le dispensaire, très vite prise sous l'aile bienveillante des infirmières et des médecins. Pas tous, et mon père m'avait prévenue, mais certains se montrait parfaitement aimables avec moi. Je ne vivais pas non plus ce qu'avait pu vivre Emma, mais elle serait devenue médecin, et une médecin femme dans un monde d'hommes c'était encore difficile à imaginer pour certains. A son grand regret. Et au miens aussi.
VOUS LISEZ
Into the fire
Hayran Kurgu« En 1941 j'étais heureuse. Et puis ma vie à basculer. Je m'étais engagée après la mort de mon mari pour devenir une guerrière. Une combattante. » Dans cette histoire on va suivre le personnage d'Emma Andrews, infirmière envoyée en tant qu'espionne...
