Emma refusa catégoriquement d'abandonner Ruby, surtout en voyant l'état dans lequel elle se trouvait. Elle ne la lâcha pas d'une semelle, pas même lorsque Graham la menotta pour l'embarquer dans le véhicule de fonction. Grimpant à son tour dans sa propre voiture, elle les suivit de près, laissant ainsi tout le loisir à sa collègue de se trouver un moyen de retourner au tribunal, seule.
Elle resta au poste de police pendant près d'une heure à plaider la cause de la brune, à leur expliquer que ce n'était pas une méchante fille et qu'elle ne méritait certainement pas d'être traitée de cette manière. Placer la victime, et non le bourreau, derrière les barreaux, elle n'aurait jamais cru réassister à une scène pareille.
Se faisant presque mettre à la porte par les policiers, elle promit à l'adolescente de venir la voir, le lendemain matin, à la première heure. A l'extérieur, elle ne put se retenir et asséna un violent coup dans le bras de l'inspecteur Humbert en lui faisant savoir que garder une mineure, blessée, était un abus de pouvoir de sa part. Soupirant, l'officier de police lui expliqua qu'il préférait savoir où se trouvait exactement le père de Ruby avant de l'emmener se faire soigner à l'hôpital, il n'avait aucune envie de croiser cet homme dans les urgences.
Agacée par la situation, elle demanda à l'inspecteur de lui accorder une faveur, une seule et après elle partirait. Graham, face à sa mine déterminée, ne put le lui refuser alors, elle partit précipitamment jusqu'au premier fast-food qu'elle trouva pour acheter un menu complet. Elle le lui confia, lui faisant savoir que l'adolescente devait manger pour prendre un antidouleur qu'elle lui donna également.
« Je m'en occupe, vous pouvez partir sereinement. » Assura l'homme avant de retourner au poste de police.
Seule, dans le froid de la nuit, elle chassa nerveusement une larme qui roula le long de sa joue. Comment la brune en était arrivée là ? Depuis combien de temps supportait-elle cette situation sans se plaindre ? Pourquoi n'avait-elle pas vu les signes ? Pourquoi n'avait-elle pas cherché à creuser plus loin ?
Elle savait très bien que Ruby avait du mal à parler de sa famille. Sa mère, Anita, avait mis les voiles peu après sa naissance, la laissant seule avec son père et ses grands-parents. Son père, Quinn, n'avait pas tardé à disparaitre à son tour, finissant de nombreuse fois en prison pour des délits mineurs.
Elle avait grandi seule, sans repère stable, et elle se renfrognait toujours lorsque le sujet de la famille était abordé. La blonde n'était pas complètement aveugle, elle avait bien vu son malaise, son agacement, sa retenue quand elle parlait de ses grands-parents malades mais elle n'avait jamais réellement cherché à briser cette carapace.
Elle savait, mieux que personne, à quel point les relations familiales pouvaient être compliquées mais surtout, tout le courage qu'il fallait pour en parler. Elle avait donc attendue, laissant à l'adolescente tout le temps qu'il lui était nécessaire pour s'ouvrir. En faisant preuve de patience à son égard, elle avait espéré en connaitre un peu plus sur elle mais, les mois passant, leur relation était restée au point mort.
En voyant les évènements de la journée, elle ne put s'empêcher de se sentir responsable. Ce mur, elle aurait dû s'armer d'une masse pour le détruire voir même le faire exploser au C4. Elle aurait dû faire tout son possible pour passer au travers et découvrir la vérité, peut-être qu'elle aurait pu la sauver.
Assise au volant de sa voiture, elle mordilla fortement l'intérieur de ses joues pour ne pas se mettre à pleurer. Elle était devenue juge pour aider les jeunes qui se trouvaient dans la même situation qu'elle, pour les aider à s'en sortir, pour leur permettre d'aller de l'avant, pour les protéger de leur tortionnaire. Tous ces beaux objectifs qu'elle s'était fixés en obtenant son diplôme, elle les regardait partir en fumée sans pouvoir les retenir.
VOUS LISEZ
Juge Mills.
FanfictionLa juge Mills n'a que mépris pour les délinquants juvéniles avant de prendre conscience des difficultés sociales auxquelles ils sont confrontés, et de la responsabilité de la société dans leur dérive criminelle.
